Le cinéma selon… Éric Besnard et Guillaume De Tonquédec

EspritDeFamille.

« Le cinéma selon… » consacre ses lignes à une série d’entretiens menés auprès de réalisateurs français à la sortie de leur long-métrage en salle. Avec passion, humilité ou humour, ils livrent leurs perceptions du 7e Art et leur conception du métier. Confidences, réflexions, introspections, bienvenue dans l’intimité de ces faiseurs d’images.


Éric Besnard, scénariste et réalisateur depuis 22 ans, signe son nouveau long-métrage, L’esprit de famille, comédie qui évoque la persistance des êtres aimés dans la vie de leurs proches, quand ils ont disparu. Aux côtés de François Berléand (le père) et Josiane Balasko (la mère), Guillaume De Tonquédec interprète Alexandre (le fils aîné), un auteur lunaire et égoïste qui, petit à petit, va quitter sa bulle imaginaire pour se reconnecter au monde. Si ce film est la première collaboration du duo Besnard/De Tonquédec, elle n’est pas la dernière : depuis, ils ont travaillé ensemble sur Délicieux, le prochain film du réalisateur. Rencontre avec deux artistes de cinéma, deux penseurs-rêveurs, deux amateurs d’histoires…

Devenir comédien, un idéal de vie

Guillaume De Tonquédec : « J’aime bien raconter cette histoire, je ne sais pas si c’est un souvenir ou si c’est vrai : c’est moi enfant regardant la télévision qui venait de débarquer chez nous, – c’est un poste locatel en noir et blanc, on louait la télé, c’est-à-dire qu’on rendait la télé, elle ne nous appartenait pas, on n’était pas assez riche pour ça, elle est d’ailleurs arrivée assez tard chez nous –, moi en train de regarder la télévision avec mes parents mais de regarder mes parents regardant la télévision et me dire, « c’est marrant mais pourquoi mes parents rigolent ou sont émus devant cette petite boîte ? Et qu’est-ce qui se passe dans cette boîte ? Qu’est-ce qu’elle a de magique cette boîte ? Et je me suis aperçu que c’étaient des histoires, qu’on racontait des histoires à mes parents. C’est quand même beau ! Moi, ce sont mes parents qui me racontaient des histoires et je vois une boîte qui raconte des histoires à mes parents. Si je pouvais être dans cette boîte et procurer comme ça, à eux mais aussi à d’autres, des émotions, faire rire, et faire pleurer… c’est un idéal de vie en fait ! Surtout quand on est timide, qu’on n’ose pas affronter le réel ou les autres. Donc je me suis dit, si je pouvais être dans cette boîte, ce ne serait pas mal et je me suis aperçu que c’était un métier : comédien. »

Eric Besnard et Guillaume De Tonquélec. Delphine Le Nozach

Être comédien, une envie altruiste

GDT : « Même si c’est naïf et je revendique la naïveté de cette histoire, il y a quelque chose qui me reste profondément de ce souvenir : que ce soit un film, une pièce ou un téléfilm, c’est cette envie de raconter une histoire aux autres, à travers des rôles. Évidemment, ça flatte l’égo parce qu’on se voit sur un grand écran quand il s’agit du cinéma, mais je ne crois pas que ce soit la démarche première. Ce qui me plaît c’est ce rapport de partage, où on raconte quelque chose aux autres qui pourra les faire réfléchir aussi. C’est peut-être ma façon de faire de la politique, si la politique c’est la vie de la cité, pas forcément l’appartenance à un parti. Essayer de faire réfléchir pour aider à améliorer les choses. Ou essayer simplement de divertir. Divertir, au sens fort, ça consiste à amener les gens vers quelque chose d’autre que ce qu’ils vivent, pour quelques minutes ou quelques heures. Donc c’est plutôt une envie altruiste d’aller vers l’autre en lui racontant une histoire grâce à un personnage. »

Écrire pour rendre le réel tolérable

Éric Besnard : « Je n’ai pas toujours fait du cinéma, je suis d’une famille de cinéma mais j’ai exploré d’autres voies. Écrire, je l’ai toujours fait, c’est mon besoin. J’ai essayé de faire autre chose, j’ai même essayé d’être saxophoniste de jazz et j’ai vu que j’étais complètement incompétent. Écrire, j’y ai plaisir. Ce n’est pas une question de compétence, c’est que ça me procure un profond plaisir. Et maintenant, ça dépasse le plaisir, c’est un besoin. Si je n’écris pas dans la journée, je vais moins bien que si j’écris. C’est ma façon de rendre le réel tolérable. »

Eric Besnard et Guillaume De Tonquélec. Delphine Le Nozach

Mettre en scène pour sculpter le réel

ÉB : « La mise en scène, c’est tout à fait autre chose. La mise en scène, c’est quasiment le contraire de l’écriture. Pour écrire, je suis tout seul chez moi avec mes enfants, ma famille, je peux écrire n’importe où, je suis complètement libre. C’est un rapport de l’idéal au concret. La mise en scène, c’est exactement le contraire. Il faut se demander comment est-ce qu’on assume sa subjectivité dans le réel, on sculpte le réel et on emmène les gens avec nous. Vous êtes obligatoirement en danger. Ce que je cherche dans la mise en scène, c’est le danger. »

Architecte naval et Capitaine

ÉB : « La mise en scène, c’est comme un capitaine sur un bateau. Vous savez que vous allez avoir des tempêtes. Donc je suis architecte naval, scénariste ; et je suis capitaine de bateau. Mais je ne suis pas armateur, c’est le producteur. Ce sont deux métiers complètement différents. Et quand vous avez la chance de faire les deux, c’est très agréable. »


Eric Besnard et Guillaume De Tonquélec. Delphine Le Nozach

Cet entretien a été réalisé grâce au précieux concours de l’UGC Ciné Cité Ludres et Nancy dans les locaux de France Bleu Sud Lorraine.

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