Menu Close
Un employé inspecte des fioles d’un vaccin contre la Covid-19 produit par SinoVac dans son usine de Pékin le 24 septembre 2020. (AP Photo/Ng Han Guan)

Le futur vaccin contre la Covid-19 doit déclencher une mémoire immunitaire… en vue d’une prochaine pandémie

Les athlètes savent qu’il existe deux approches différentes pour entraîner leur corps. En soulevant des poids lourds, ils peuvent arriver à atteindre une force maximale. En revanche, la musculation avec de faibles charges, mais un nombre élevé de répétitions est idéale pour développer la résistance nécessaire aux sports d’endurance.

Microscopie électronique à balayage d’un lymphocyte T humain (aussi appelé cellule T) provenant du système immunitaire d’un donneur sain. NIAID, CC BY

Il existe également deux façons d’entraîner notre système immunitaire. Ce dernier peut répondre à des pathogènes dangereux de deux manières, chacune générant une attaque de l’agent infectieux par les anticorps et les globules blancs appelés lymphocytes T. Toutefois, le type de cellules T et d’anticorps diffère selon que l’agent pathogène se trouve à l’extérieur de nos cellules, comme c’est le cas pour de nombreuses bactéries, ou à l’intérieur de nos cellules, comme pour les virus.

La production d’une réaction antibactérienne n’est pas forcément le moyen idéal pour venir à bout d’une infection virale. En fait, une mauvaise réponse immunitaire peut même exacerber la maladie, comme cela a été observé chez des souris vaccinées atteintes du coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère (SARS-CoV), identifié en 2003.

Notre première exposition à un agent pathogène, qu’elle se fasse naturellement ou par la vaccination, peut entraîner notre système immunitaire à adopter l’un de ces deux mécanismes lorsque nous entrerons en contact avec le même agent pathogène ou un agent similaire pour le reste de notre vie. Les immunologistes appellent cela « la mémoire immunitaire entraînée ».

Première exposition

Microscopie électronique en transmission colorisée du coronavirus qui a causé l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SARS) de 2003. Particules virales oranges en bordure d’une cellule infectée verte. (NIAID), CC BY

Nos programmes de recherche couvrent les domaines de la transmission virale, des réponses immunitaires aux virus, des agents pathogènes respiratoires tels que les virus de la grippe et de la conception de vaccins, notamment contre le SARS-CoV-2, qui est responsable de la Covid-19.

Nous aimerions souligner l’importance de l’immunité entraînée en lien avec les vaccins contre la Covid-19, car elle peut avoir des implications sur la capacité de notre système immunitaire à réagir de manière appropriée aux coronavirus hautement pathogènes futurs.

Microscopie électronique à transmission colorisée montrant le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRMO) qui est apparu en 2012. NIAID, CC BY

Au cours des 17 dernières années, on a vu éclore trois grandes épidémies de coronavirus hautement pathogènes : d’abord le SARS-CoV en 2003, ensuite, le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient en 2012 et maintenant, le SARS-CoV-2. Si on se base sur le fait qu’un nouveau coronavirus hautement pathogène survient environ tous les dix ans, nous devrions nous attendre à voir apparaître d’autres virus de ce type à l’avenir. Cela signifie que la campagne actuelle de développement de vaccins contre la Covid-19 devrait tenir compte de futures épidémies.

La façon dont nous montrons aujourd’hui à notre système immunitaire à réagir au SARS-CoV-2 pourrait influencer la réponse de notre corps à de futurs coronavirus. Les vaccins, s’ils sont bien conçus, offrent la possibilité d’induire un type d’immunité entraînée optimale pour déclencher des réponses immunitaires protectrices, non seulement contre le SARS-CoV-2, mais aussi contre de futures infections par des coronavirus.

Protection contre la tuberculose

Certains scientifiques ont proposé d’exploiter le concept d’immunité entraînée dans un contexte similaire. Plus précisément, des éléments indiquent que les personnes ayant reçu un vaccin contre la tuberculose pourraient être partiellement protégées contre le SARS-CoV-2.

Microscopie électronique à balayage de la bactérie Mycobacterium tuberculosis. NIAID, CC BY

La tuberculose est une maladie respiratoire causée par une bactérie. Contrairement à de nombreuses bactéries, celle-ci vit à l’intérieur des cellules tout comme les virus. La formule du vaccin utilise une bactérie vivante, mais atténuée (affaiblie), et très semblable à celle qui provoque la maladie. Comme il s’agit d’une bactérie vivante, elle peut infecter les cellules de la même manière que la bactérie de la tuberculose.

Il en résulte une réponse immunitaire appropriée, du même type que celle qui est optimale contre les virus. Les scientifiques en ont conclu que le vaccin contre la tuberculose pourrait entraîner le système immunitaire de manière à ce qu’il puisse réagir de façon idéale à d’autres agents pathogènes qui vivent à l’intérieur des cellules, comme le SARS-CoV-2.

Évaluation des réponses

Microscopie électronique à transmission colorisée du SARS-CoV-2, le virus qui cause la Covid-19.. NIAID, CC BY

Les chercheurs mettent l’accent sur les aspects quantitatifs des vaccins candidats contre la Covid-19, notamment en calculant le nombre d’anticorps générés. Un peu partout, des organismes de réglementation en santé s’apprêtent à approuver des vaccins contre la Covid-19 qui réduisent la charge de morbidité, mais n’engendrent pas une immunité qui préviendrait complètement l’infection et la transmission. Mais ils doivent être prudents et veiller à ce que ces vaccins n’entraînent pas notre système immunitaire à avoir une réaction non optimale.

En évaluant de manière approfondie la nature et la durée de la réponse immunitaire induite par un futur vaccin contre la Covid-19, nous pouvons obtenir des réponses ciblées, efficaces et durables. Concrètement, les développeurs de vaccins devraient tenir compte de ces questions :

  1. Le vaccin a-t-il induit une réponse immunitaire optimale contre les virus ? Une réponse antivirale équilibrée devrait comprendre des anticorps pour empêcher le virus d’infecter les cellules hôtes et de se répliquer à l’intérieur de celles-ci ainsi que des lymphocytes T pour tuer les virus qui passent la barrière des anticorps. Il est important que les anticorps soient du type antiviral.

  2. Y a-t-il eu des réponses d’anticorps dans les voies respiratoires, et ces anticorps neutralisent-ils efficacement le virus ? On s’attache beaucoup à mesurer les anticorps dans le sang, mais le SARS-CoV-2 infecte la surface des muqueuses, dont celle des voies respiratoires, et il est essentiel de s’assurer que le vaccin induit des anticorps à ces endroits précis. De plus, il faut noter que les réponses des anticorps appropriées contre les virus sont généralement d’une ampleur bien moindre que celles dirigées contre les bactéries extracellulaires. Une grande quantité d’anticorps peut sembler un résultat prometteur, mais c’est loin d’être aussi important que le type et l’emplacement de ceux-ci.

Le message à retenir est que nous devrions insister sur le maintien d’exigences très élevées pour un vaccin contre la Covid-19 — il devra induire une réponse immunitaire appropriée sur le plan qualitatif et qui nous protégera contre l’infection par le SARS-CoV-2.

Comme un athlète, nous devons éviter de former notre système immunitaire d’une manière qui va à l’encontre de l’objectif final. Pour une vision à long terme de notre santé, il faut que notre système immunitaire soit entraîné de manière à déclencher une réponse des plus efficaces possible contre de futurs coronavirus hautement pathogènes, dont certains pourraient s’avérer plus dangereux que le virus actuel.

This article was originally published in English

Want to write?

Write an article and join a growing community of more than 115,200 academics and researchers from 3,746 institutions.

Register now