Le chef libéral Justin Trudeau et sa femme Sophie Gregoire-Trudeau célèbrent la victoire à Montréal, dans la nuit du 21 au 22 octobre. La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

Le travail de Justin Trudeau est devenu beaucoup plus compliqué

Justin Trudeau s'est maintenu au pouvoir, mais son travail est maintenant beaucoup plus complexe et il exigera tant de la conciliation que de la réflexion.

Bien que les libéraux aient une minorité assez forte en termes de nombre de sièges pour éviter d'avoir à former une coalition avec les autres partis, Justin Trudeau ne peut se permettre d'être désinvolte.

Ça ne risque pas de se reproduire. La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

Contrairement à 2015, il ne peut revendiquer le monopole du vote « progressiste », surtout à la lumière de gaffes bien documentées comme son voyage en Inde et la publication de ses photos où il se noircit ou se brunit le visage.


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Le message des électeurs, c'est qu'ils ne sont pas satisfaits des libéraux. Mais cela ne veut pas dire qu'ils souhaitaient élire les conservateurs, comme en témoigne la piètre performance d'Andrew Scheer au chapitre du nombre de sièges (même s'il a fait légèrement mieux que Trudeau pour ce qui est du vote populaire).

Bien que cette élection n'ait pas mené à une surperformance de Singh dans le nombre de sièges qu'il a raflé, tant le NPD et le Bloc Québécois voient leur pouvoir et leur influence réels au Parlement augmenter considérablement.

Les Libéraux, affaiblis, ont un choix à faire: faire cavalier seul, au cas par cas, en empruntant des politiques de droite aux conservateurs et de gauche au NPD, ou s'engager dans un programme plus ciblé et progressiste qui permettrait une plus grande stabilité avec une entente plus officielle avec ce parti.


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Pas aussi divisé qu'il n'y paraît

Le Canada peut sembler un pays divisé, mais les blocs partisans ne sont pas aussi uniformes que la carte électorale ne le laisse croire.

On pourrait penser qu'il n'y a pas d'électeur progressiste dans les Prairies, ni de politicien fédéraliste fort au Québec, si l'on jette un coup d'oeil au décompte des sièges sans tenir compte du pourcentage de voix des électeurs. Mais ce n'est pas le cas. C'est surtout que les opinions sont peu représentées dans notre système majoritaire uninominal à un tour.


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Les libéraux ont perdu des piliers de longue date, comme Ralph Goodale, de la Saskatchewan, et ils n'ont maintenant aucun représentant dans les Prairies. Cela signifie que Justin Trudeau devra peut-être envisager certaines mesures inhabituelles, comme la nomination d'un ministre du Cabinet issu du Sénat, afin d'assurer une représentation régionale au prochain Parlement.

Ce n'est pas courant, mais le premier cabinet canadien avait cinq des 13 ministres nommés par le Sénat. Les premiers ministres libéraux et conservateurs ont utilisé cette astuce dans le passé pour obtenir une représentation régionale dans l'Ouest et au Québec respectivement.

En 1979, par exemple, le premier ministre Joe Clark a nommé le sénateur Jacques Flynn, du Québec, comme ministre de la Justice en raison de son manque de représentation dans cette province.

Tout cela est parfaitement légal, mais cela souligne le retour au régionalisme politique au Canada, avec un bloc conservateur des Prairies à l'Alberta et une victoire considérable du Bloc Québécois au Québec.

Ce qui semble clair c'est que ce gouvernement minoritaire -qui évoluera aux côtés de quatre gouvernements minoritaires au niveau provincial - devra faire en sorte que les partis collaborent davantage.

C'est une bonne chose, car le but de la démocratie est de converser et de négocier.

Trouver un terrain d'entente

Bien que les questions les plus pressantes de la gauche et de la droite semblent diamétralement opposées - par exemple, l'urgence climatique à gauche et la construction de pipelines à droite - il y a d'autres questions importantes sur lesquelles il faut se concentrer, comme investir dans les soins de santé et les services de garde, et revoir la responsabilité démocratique en envisageant une réforme électorale.

Il est fort peu probable que les libéraux de Trudeau réexaminent ce dernier point à la lumière de leurs actions passées, mais cela contribuerait grandement à refléter plus fidèlement le genre de représentation que les Canadiens souhaitent.

Cela éviterait également au prochain premier ministre d'avoir à nommer des ministres issus d'un Sénat non élu afin d'assurer une représentation régionale au Cabinet.

Les élections sont terminées, mais les problèmes urgents auxquels le Canada a été confronté pendant la campagne électorale n'ont pas cessé de l'être. Le premier ministre va devoir se réinventer et s'engager dans des compromis importants pour obtenir le soutien stable des partis de gauche. J'espère que ce sera dans l'intérêt collectif du Canada.

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This article was originally published in English

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