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Le triple défi de l’investissement à impact dans les pays émergents

Illustration d'un investissement à impact.
Fin 2020, la taille du marché de l’investissement à impact était estimée à 715 milliards de dollars. Flickr, CC BY-SA

Le terme « investissement à impact » (II) est apparu pour la première fois en 2007 lors d’une réunion de la fondation Rockefeller. Il se définit comme un investissement avec l’intention de générer un impact social et environnemental positif parallèlement à un rendement financier.

Bénéficiant du soutien d’acteurs institutionnels puissants au niveau international (G8, OCDE et Nations unies), l’II ne cesse de croître. Fin 2020, la taille du marché de l’II était estimée à 715 milliards de dollars par le Global Impact Investing Network (GIIN), un réseau d’acteurs considéré comme majeur au sein de l’écosystème de l’II.

Un écosystème complexe

Les investisseurs d’impact sont généralement divisés en deux types principaux : les investisseurs privés d’impact (IPI), qui comprennent des fondations ou des investisseurs pour compte de tiers comme les fonds de capital-investissement, les fonds de pension et autres investisseurs institutionnels ; et les institutions financières de développement (IFD), qui sont des institutions financières soutenues par le gouvernement.

Côté demande, c’est-à-dire celui des besoins de financement, les acteurs sont des entreprises sociales, des coopératives, des entreprises à but lucratif ayant une mission sociale et des entités à but non lucratif qui ont besoin de capitaux pour se développer dans une perspective sociale ou environnementale. Ils vont des petites aux grandes entités.

Par exemple, aux Philippines, de nombreuses entreprises sociales à but lucratif se développent, comme Filipina Home-based Moms, une organisation qui forme les mères philippines aux compétences numériques pour les aider à se préparer aux emplois en ligne. Dans un autre domaine, Futuristic Aviation and Maritime Enterprise développe un transpondeur qui permet de suivre les petits bateaux de pêche en mer pour accroître la sécurité des pêcheurs.

Le GIIN estime que la réalisation des objectifs de développement durable des Nations unies (ODD) d’ici 2030 dans les pays émergents coûtera environ 2 500 milliards de dollars par an.

Dans ce contexte, l’orientation de nouveaux flux de capitaux privés vers les entreprises sociales crée une opportunité pour les pays émergents de progresser vers la réalisation des ODD en complément du secteur public qui fait bel et bien partie de l’écosystème de l’II dans les pays émergents.

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Notre recherche récente sur les pays émergents en Asie détaille les principaux défis auxquels l’investissement à impact reste aujourd’hui confronté s’il veut gagner en efficacité.

Premier défi : limiter les risques pays

Un cadre de gouvernance adapté comprend une administration publique efficace, le respect de l’État de droit, un faible niveau de corruption et l’exigence de transparence dans les procédures suivies par les entreprises sont nécessaires au développement de l’II, car ils permettent de diminuer le risque pays pour les investisseurs.

L’OCDE propose à ce titre un cadre qui constitue un outil aux gouvernements pour promouvoir l’II. La première étape consiste à définir le cadre juridique dans lequel fonctionne le II.

C’est par exemple ce qu’ont fait les Philippines et la Thaïlande en adoptant une définition juridique des entreprises sociales. En revanche, l’absence de définition des II par le gouvernement indonésien a pu constituer un obstacle à son développement.

Deuxième défi : développer les intermédiaires non financiers

Pour parvenir à une compréhension mutuelle entre l’offre et la demande d’II, les échanges de connaissances et d’expériences sont essentiels afin de mettre en évidence ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas et de s’assurer que des incitations appropriées sont en place des deux côtés.

Du côté de la demande, les fonds d’investissement, les structures d’aide à l’élaboration de contrats et de soutien au renforcement des compétences managériales sont de plus en plus utilisés pour soutenir l’émergence et la croissance des entrepreneurs sociaux. En outre, il est nécessaire que les entreprises locales comprennent mieux les règles du jeu. L’échange de bonnes pratiques peut leur être très utile. C’est pourquoi les réseaux sont essentiels pour faire correspondre l’offre à la demande.

L’Asian Venture Philanthropy Network (AVPN) est un bon exemple d’un tel réseau. Il existe également des accélérateurs américains comme Dao Ventures, ou encore la fondation Rockefeller.

Troisième défi : mesurer l’impact non financier

L’évaluation de l’impact de l’II est difficile tant au niveau de la mesure que des données en II. Certaines de ces difficultés ne sont pas nouvelles. L’impact social de la microfinance a fait l’objet de nombreux débats. Des avancées ont été réalisées dans ce domaine avec l’élaboration par le GIIN des Impact Reporting and Investment Standards (IRIS), un catalogue de métriques de performance utilisées par les investisseurs d’impact pour mesurer les rendements sociaux de leurs investissements.

Ces métriques constituent l’un des premiers outils permettant aux investisseurs de mesurer et de comparer l’II entre les investissements ou les portefeuilles. Il y a également des alternatives telles que la méthodologie Lean Data du Fonds Acumen. Cependant, il existe un consensus concernant les nombreuses limites des dispositifs de mesure existants.

Approches spécifiques

Les questions qui sont en jeu pour les II dans les pays développés – normalisation des procédures, transparence, danger du « blanchiment d’impact » (« impact-washing ») – existent également dans les pays émergents mais comportent quelques spécificités.

Premièrement,la normalisation doit être tempérée par la nécessité d’approches spécifiques (locales et idiosyncratiques). Sinon, elle peut imposer aux entreprises des démarches ne permettant pas un pilotage adapté du développement alors qu’elles sont coûteuses en ressources.

Deuxièmement, les défis de la transparence doivent être contrebalancés par la question du pouvoir politique, car les défis de la transparence diffèrent selon que les pays sont démocratisés ou non. Le défi de la mesure de l’impact concerne tous les pays mais en un sens, il est accentué pour les pays émergents en raison de l’insuffisance des systèmes d’information et parce que l’impact social est plus important que l’impact environnemental et les difficultés de mesure y sont plus nombreuses.

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