L’école face au « crash test » du coronavirus

Le 12 mars 2020, à Jacou, près de Montpellier, devant une école primaire fermée en raison de l'épidémie de Coronavirus. Pascal Guyot / AFP

Le 12 mars 2020, lors de son allocution télévisée, le président de la République a décrété une mobilisation générale contre le coronavirus. « Nous sommes en train d’apprendre de cette crise », a-t-il également assuré. Pour le système scolaire, la situation constitue en effet un véritable « crash test », dont nous pouvons déjà tirer les premières leçons.

Les mérites de l’existant

Parmi les mesures prises, l’une des plus importantes est la fermeture, pour une durée indéterminée, de tous les établissements scolaires.

Les problèmes que cette décision soulève montrent, en premier lieu, l’importance du service offert. L’école assure deux grandes fonctions : garder les enfants et les jeunes, tout en leur permettant d’apprendre. Sa fermeture inopinée apporte, a contrario, la preuve de son rôle capital dans la vie de la nation. Il devient évident que système scolaire dont nous disposons est un bien commun national, qui constitue une chance, et qui mérite absolument d’être préservé, et, si possible, amélioré.

Coronvavirus, les premières réactions à la fermeture des écoles (France 3 Hauts-de-France).

On sait que l’éducation est l’une des trois dimensions essentielles dans l’indice de développement humain (IDH), publié dans le cadre du PNUD (Programme des Nations-Unies pour le développement). La durée moyenne de scolarisation, et la durée attendue de scolarisation, en sont deux indicateurs significatifs. Le fait que près de 12 millions d’élèves soient concernés par la fermeture montre l’importance de l’effort collectif de scolarisation qui a été accompli par la nation, effort dont elle peut être fière.

On critique souvent notre système scolaire en lui reprochant son incapacité à lutter contre les déterminants sociaux de la réussite. L’ampleur des difficultés soulevées par la fermeture montre en tout cas sa réussite incontestable pour ce qui concerne le service de « garde » qu’il assure. Nos enfants et adolescents sont, normalement, à l’école, et non livrés à eux-mêmes.

Et la compétence et le dévouement de nos médecins et soignants, que chacun peut constater à l’hôpital et en ville, montrent d’ailleurs que notre système assure, bien plus honorablement qu’on ne le dit souvent, sa fonction de formation.

Les fragilités à combattre

Le premier enseignement majeur est donc que l’école est un bien précieux, qu’il faut préserver et conforter, « quoi qu’il en coûte » ! La première façon de le faire est alors de corriger ses faiblesses. Précisément, la nécessité de faire face au virus, avant même la décision de fermeture, vient d’en révéler quelques-unes.

La première concerne directement les problèmes d’hygiène et de santé. Tout établissement scolaire mériterait de bénéficier d’une infrastructure sanitaire décente, pour ce qui concerne en particulier les toilettes. Il faudrait en faire très rapidement un état des lieux, pour déboucher sur un véritable « plan Marshall » de mise à niveau. De même, les services de médecine scolaire, et d’assistance sociale, devraient être consolidés. Il faut y engager les moyens nécessaires.

Enfin, a été mise en évidence la nécessité de conforter la solidité du pôle « pilotage » des établissements, dans le cadre de l’instauration d’un système de communication fiable entre le ministère, les familles et les écoles. Il est temps de reconnaître, institutionnellement, l’importance des rôles et missions des directeurs d’école, piliers centraux de ce système de communication.


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Par ailleurs, les difficultés d’information ressenties par les familles montrent que les fichiers et documents administratifs n’ont pas seulement des effets négatifs. Et que, en cas d’évènements extraordinaires, tels qu’épidémies ou accidents graves, il est indispensable de disposer d’outils permettant de ne pas perdre de temps dans la communication d’informations essentielles entre toutes les parties prenantes.

Les manques à combler

Enfin, le moment de crise que nous vivons permet de repérer deux domaines où l’action de l’école est pour l’instant, sinon totalement absente, du moins nettement insuffisante, sans qu’elle puisse toutefois en être tenue pour totalement responsable.

Le premier domaine est celui de la lutte contre les rumeurs et les « fake news ». Les périodes d’anxiété sont propices à la naissance et à la propagation de rumeurs. On voit se multiplier des réflexes populistes et xénophobes. Des esprits faibles se laissent aller à des actes de violence raciste contre des asiatiques. Manifestement, le combat contre l’ignorance et la haine est loin d’être gagné. L’école n’est pas la seule à pouvoir le mener. Mais ne devrait-elle pas s’organiser pour être davantage encore un instrument de lutte contre ces plaies de l’humanité ?


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Le second domaine est celui de l’enseignement à distance, qui, paradoxalement, pourrait permettre de repenser et de transformer le « présentiel ». Le ministre de l’éducation a insisté sur la nécessité de permettre aux enfants de continuer à travailler, à la maison. Cela exige le bon fonctionnement, pour tous et sur le temps long, d’un dispositif comme « Ma classe à la maison ».

Cette plate-forme d’enseignement à distance pourra-t-elle bien assurer des millions de connexions simultanées ? Par ailleurs, cela suppose de mettre du matériel informatique à disposition des 5 % d’enfants qui n’en ont pas, et que leur condition sociale condamne actuellement à vivre en « zone blanche » numérico-pédagogique.

Comment faire face à la fermeture des écoles ? (France 3 Corse, reportage du 11 mars 2020).

Mais cela conduit aussi à penser différemment, et le rôle de l’enseignant, dans son travail de construction des contenus, et l’usage qu’il en fait, ainsi que le rôle de l’apprenant, dans la diversification de ses moments et activités d’apprentissage. Autrement dit, la crise du coronavirus pourrait être le temps fort d’une réflexion sur les apprentissages et la rénovation du travail pédagogique, en lien avec la révolution numérique.

Les importantes difficultés qu’éprouvent actuellement les familles du fait de la fermeture des écoles apparaîtront peut-être plus supportables si elles débouchent ainsi, à court ou moyen terme, sur une amélioration significative du fonctionnement de l’école, pour ce qui concerne la mission de permettre d’apprendre.

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