Un brouillard de fumée causé par les feux de forêt dans la région envahit Vancouver, en Colombie-Britannique. Il est devenu essentiel de tarifer le carbone. Shutterstock

Les changements climatiques sont un risque pour la santé et les économistes ont la bonne solution

Médecins et économistes peuvent donner l’impression d’être d’étranges partenaires. Nous avons consacré notre temps à travailler sur des problèmes très différents dans des établissements très différents. Mais les changements climatiques ont insufflé un vocabulaire commun et urgent dans notre travail. Nous nous retrouvons d’accord sur la nature du problème et sur sa meilleure solution. Il est essentiel de tarifer la pollution par le carbone.

Pour les médecins à travers le Canada, l’expérience auprès des patients est difficile à ignorer : les changements climatiques posent des risques sérieux pour la santé.

Le médecin urgentiste Edward Xie travaille à Toronto depuis plus de 10 ans. Dernièrement, il a vu beaucoup plus de patients inquiets des piqûres de tique. Rien d’étonnant. Une étude médicale récente indique que les cas de maladie de Lyme ont quintuplé en Ontario entre 2012 et 2017 alors que les tiques étendent leur habitat vers le Nord. Au Québec, en 2018, 301 cas de maladie de Lyme ont été rapportés.

Le Dr Xie note aussi davantage de cas de coup de chaleur et de déshydratation au cours des mois d’été — particulièrement chez les personnes âgées et à faible revenu qui n’ont pas de logement convenable. À Toronto seulement, on estime que la chaleur est déjà responsable de 120 décès annuellement. La ville s’attend à ce que ce nombre augmente. À Montréal, on a répertorié 66 décès lors de la canicule de l'été 2018.

Nous payons de notre santé pour les changements climatiques

Les risques ne sont pas toujours évidents ou intuitifs.

Dans une entrevue, la Dre Sarah Chapelsky, une interne d’Edmonton, s’est souvenue de patients qui avaient été hospitalisés parce qu’ils avaient fui les feux de forêt de Fort McMurray en mai 2016 sans prendre leurs inhalateurs ou prescriptions. Même s’il faut du temps pour associer des événements individuels aux changements climatiques, il y a un nombre grandissant de données reliant les changements climatiques aux feux de forêt. Même l’hôpital de Fort McMurray a été évacué, ce qui démontre la menace que constituent les changements climatiques non seulement à l’endroit de notre santé, mais aussi des systèmes de santé.

De la maladie de Lyme et des coups de chaleur à l’accroissement du risque de mort prématurée, les changements climatiques représentent un risque pour le bien-être des Canadiens. Les symptômes varient, mais ils ont une cause profonde commune.

Il y a plus que notre santé qui est en jeu. Les économistes considèrent maintenant le déchaînement des feux de forêt, des inondations et des tempêtes comme la nouvelle norme — des événements perturbateurs qui menacent les habitations, les emplois et les entreprises et notre prospérité à venir.

Les feux de forêt de Fort McMurray ont coûté à l’Alberta 9 milliards de dollars, environ 2,5 pour cent du PIB de la province. La saison des feux de forêt de 2018 en Colombie-Britannique a été la pire jusqu’ici, battant le record établi en 2017. La fumée aggravant l’asthme a couvert des centaines de kilomètres à travers les Prairies. Des millions de Canadiens ont respiré un air de piètre qualité durant des semaines.

Des arbres brûlés en mai 2016 à Fort McMurray, en Alberta. THE CANADIAN PRESS/Jason Franson

Les inondations, qui sont déjà le phénomène météorologique extrême le plus coûteux, empirent. Les inondations du printemps au Québec, au Nouveau-Brunswick, et en Ontario ont atteint des niveaux historiquement élevés. Ils ont causé pour près de 208 millions de dollars de dommages assurés à l’échelle du pays, selon des données de Catastrophe Indices and Quantification dévoilées par le Bureau d’assurance du Canada (BAC). Les dommages se chiffrent à 127 millions de dollars au Québec.

Un consensus croissant

D’une façon ou d’une autre, nous payons le coût des changements climatiques — en congés de maladie et pertes de salaire, en hausses des coûts de santé et des taux d’assurance habitation, et avec une plus grande instabilité climatique pour la génération suivante. Et notre facture continue d’augmenter.

Les deux professions en conviennent : nous devons agir. Plusieurs organisations médicales canadiennes ont lancé à tous les partis politiques fédéraux un appel à agir sur les changements climatiques, réclamant d’urgence un sérieux traitement pour ce que l’Organisation mondiale de la santé appelle « la plus grande menace à la santé au 21e siècle. »

Dans une nouvelle lettre ouverte, plus de 3500 économistes ont affirmé que les changements climatiques sont « un problème sérieux » réclamant une action immédiate. L’équipe de recherche coopérative du Lancet Countdown sur la santé et les changements climatiques, qui comprend des médecins et des économistes, convient que la tarification adéquate du carbone pourrait être à elle seule le traitement le plus important pour les changements climatiques.

Les économistes ont une prescription très nette pour ces défis : la tarification du carbone. De la même façon que la pénicilline traite une infection, la tarification du carbone peut contribuer à lutter contre les changements climatiques. Elle vise efficacement la racine du problème et il y a une montagne de preuves que cela fonctionne.

La tarification du carbone mobilise les forces du marché, incitant aussi bien les entreprises que les individus à chercher des solutions à faible production du carbone. Elle encourage l’innovation, créant une demande pour les technologies non polluantes et les industries qui les approvisionnent. Et elle envoie aux pollueurs le message non équivoque qu’ils imposent des coûts aux autres.

Suivre les indications du médecin

Il est bien établi que la tarification du carbone ralentira les changements climatiques. Elle a réduit les émissions de carbone en Colombie-Britannique, dans plusieurs États américains, et à travers l’Europe depuis plus d’une décennie. Elle a été essentielle au Royaume-Uni pour l’élimination des centrales au charbon. Imposer un prix à la pollution a été un élément décisif des efforts pour faire cesser les pluies acides dans les années 1990. Tout comme l’augmentation du prix du tabac, elle encourage un changement graduel pour des comportements plus sains.

Alors que les changements climatiques frappent davantage les Canadiens vulnérables et à faible revenu, la tarification du carbone est conçue pour les immuniser contre la hausse des coûts. En réinvestissant les revenus dans des paiements aux familles, des réductions fiscales et des investissements faibles en carbone comme le transport en commun, les gouvernements se servent des sommes obtenues par la tarification du carbone pour faire la transition vers une économie propre plus abordable. Lorsqu’elle est bien conçue, la tarification du carbone est une mesure progressive. Les gouvernements canadiens ont bien conçu leurs politiques relatives à la tarification du carbone.

Les médecins et les économistes sont d’accord. Les changements climatiques existent, la situation empire et le meilleur moment pour faire quelque chose à cet égard, c’est maintenant. Pour des familles, une économie et une planète en meilleure santé, c’est la tarification du carbone qu’ont prescrit le médecin (et l’économiste).

This article was originally published in English