Les grandes entreprises, un rôle de locomotive à assumer pour l’économie française

A la bourse de Paris , plus de la moitié des entreprises du CAC 40 prévoient des profits pour 2018 supérieurs à leurs attentes. Wikipedia, CC BY

C’est en s’appuyant sur les « risques multiples » qui pèsent sur la conjoncture que Mario Draghi a justifié, début mars, le report de la hausse des taux d’intérêt de la BCE, ainsi que la mise en œuvre d’autres mesures de soutien à l’activité économique.

Ces risques prennent la forme de tensions protectionnistes, d’incertitudes géopolitiques ou encore celle de l’instabilité croissante qui caractérise l’économie des pays émergents. Difficile dans un tel contexte, marqué par une incertitude grandissante, d’opérer les bons choix, que l’on soit en charge des politiques économiques ou à la tête d’entreprises ou d’organisations, quelle que soit la taille de ces dernières.

Si la stratégie de la BCE semble désormais claire et de plus en plus lisible, prenant la forme d’un soutien affirmé à l’activité économique, celles des grandes entreprises se caractérisent par une prise en compte modérée de leur rôle de « locomotives » pour nombre d’entreprises de taille intermédiaire (ETI), de PME et de TPE, voire de start-up, qui ne profitent que trop peu des retombées de la bonne santé du CAC (pour ne citer que les plus grandes entreprises cotées).

Le choix de la BCE en soutien de l’économie

La BCE, en affirmant sa volonté de contribuer au renforcement d’une croissance limitée, alors même que des hausses de taux étaient attendues, témoigne de l’importance qu’elle accorde à des risques prenant les formes les plus diverses. Elle se base sans doute également sur ses révisions à la baisse des perspectives de croissance anticipée pour les années à venir : 1,1 % en 2019 et 1,6 % en 2020 contre 1,7 % pour ces deux années tel qu’envisagé jusqu’ici. Une nouvelle vague de prêts bon marché aux banques a ainsi été annoncée en vue de maintenir des conditions de crédit favorables et un soutien massif à l’activité économique. Loin semble désormais le temps de l’orthodoxie monétaire qui amenait la BCE à privilégier, comme cela est mentionné dans ses statuts, la lutte farouche contre tout risque d’inflation. Les enseignements des politiques passées ont bien été tirés et la BCE dispose aujourd’hui, par la force des choses, d’une expérience solide et précieuse des politiques à mener en période compliquée.

De leur côté, les entreprises du CAC 40 semblent, depuis plusieurs années maintenant, défier les prévisions en même temps que les conditions négatives qu’elles doivent affronter. Pourtant largement dépendantes du commerce international et de sa vitalité, elles sont parvenues à augmenter leur chiffre d’affaires cumulé de 7,5 % en 2018.

La chute de la bourse en fin d’année s’expliquait donc bien plus par la peur des investisseurs, anticipant les conséquences de la guerre commerce entre la Chine et les États-Unis ou le ralentissement de la croissance chinoise que par la réalité des chiffres. Les investisseurs ne sont pas les seuls surpris : plus de la moitié des entreprises du CAC 40 viennent d’annoncer pour 2018 des profits supérieurs à leurs propres attentes. Airbus a ainsi vu son bénéfice net progresser de 30 %, quand Total voyait le sien augmenter de 28 % par rapport à 2017.

Les hausses de chiffre d’affaires ne se sont donc pas faites, comme ça peut parfois être le cas, au détriment des bénéfices. En d’autres termes, nos grandes entreprises continuent de vendre beaucoup, mais aussi de vendre bien, sans avoir besoin de rogner sur leurs marges pour défendre leurs parts de marché.

Un rôle de locomotive

De tels résultats constituent d’indéniables bonnes nouvelles économiques. Le contraste apparaît toutefois saisissant entre la santé de nos grandes entreprises et celle des PME qui reste fragile. Au-delà de la contraction parfois forte de leurs bénéfices, les PME souffrent surtout aujourd’hui en raison de la dégradation de leurs trésoreries.

Une telle situation appelle naturellement un questionnement sur le rôle de « locomotive » des grandes entreprises. Bien sûr il est difficile de reprocher à la plupart d’entre elles d’aller chercher les perspectives de croissance où elles sont capables de les trouver : loin de la France et, souvent, de l’Europe. Pour autant, elles demeurent des acteurs économiques majeurs sur le territoire national et sur celui que nous partageons avec nos voisins européens.

Les effets d’entraînement de l’économie qui découlent des choix des grandes entreprises ne sont plus à démontrer (qualité des relations avec leurs fournisseurs, souvent des PME ; capacité à réduire ou à respecter, les délais de paiement ; partage intelligent de la propriété intellectuelle quand on innove avec des start-up). À l’heure où l’économie française apparaît davantage sous perfusion monétaire que caractérisée par une grande confiance entre les entreprises, il est légitime d’attendre davantage des plus grandes d’entre elles.

Quelques bonnes pratiques à diffuser

Plusieurs indicateurs témoignent d’une amélioration des relations, historiquement tendues, entre grandes entreprises et PME : les litiges qui les opposent ont tendance à diminuer, les délais de paiement des premières ont également tendance à se réduire. Au-delà, il est possible d’envisager un véritable accompagnement des PME qui constituent l’essentiel du réseau de fournisseurs des grandes entreprises. Un triple accompagnement peut être proposé :

  • Un accompagnement commercial : pour la conquête de nouveaux marchés par le fournisseur, marchés qu’il est possible d’explorer ensemble comme le font les « entreprises étendues », ces entreprises qui choisissent de se considérer comme les maillons d’une chaîne de valeur qui les dépasse et qui intègre leurs principaux partenaires économiques (clients et fournisseurs notamment) dans une logique collaborative.

  • Un accompagnement industriel : en dépit des problématiques juridiques, finalement tout à fait gérables, certaines entreprises n’hésitent plus à investir chez leurs fournisseurs pour bénéficier de la qualité de leur production sur des produits spécifiques. Au-delà, le fait de lisser les achats sur l’année permet de dé-précariser le travail chez le fournisseur, dont la meilleure santé se révélera un atout pour son client ;

  • Un accompagnement financier : un travail important reste à accomplir pour rendre confiance aux fournisseurs parfois trop facilement considérés comme des banquiers qui leur permettent d’optimiser leur trésorerie.

C’est en s’appuyant sur ce type de bonnes idées que les grandes entreprises pourront dynamiser une activité nationale qui leur offrira en retour de nouvelles opportunités de croissance, moins dépendantes du commerce international, tout en contribuant à pacifier l’économie.

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