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Les images chocs de patients peuvent aider à alerter sur le danger du coronavirus

La communication a pour l'instant été centrée sur des statistiques qui peuvent apparaître abstraites. Sébastien Bozon / AFP

Alors que l’épidémie du coronavirus gagne du terrain en France, une des questions fondamentales est celle de la communication. En effet, alors que de nombreux Français semblent avoir sous-estimé la menace dans un premier temps, et que certains semblent encore la sous-estimer, se pose la question de la communication à adopter pour faire prendre conscience aux Français et Françaises l’enjeu sanitaire et pour les inciter à mobiliser contre le virus.

Les communications actuelles, fondées principalement sur des discussions statistiques, peuvent contribuer à rendre le problème très abstrait, voire lointain.

Une des pistes de communication possible pour rendre le problème plus concret serait de montrer aux citoyens des images, afin qu’ils visualisent davantage les risques auxquels nous faisons face. Les risques diffus et lointains ont en effet de grandes chances d’être sous-estimés, et reconnecter les Français avec des images médicales pourrait les sensibiliser et les mobiliser davantage.

Ce recours aux images est soutenu par plusieurs travaux d’économie comportementale. Certains travaux ont ainsi montré l’efficacité de l’exposition aux images pour les fumeurs de cigarettes. De même, exposer la population à des photos de patients souffrant du coronavirus en service de réanimation ou des services d’urgence pourraient aider à faire prendre conscience du risque sanitaire.

Toutefois, à notre connaissance, il n’existe pas encore de preuve empirique claire sur la question de la perception dans ce sens dans le cas du coronavirus.

Les images chocs sur les paquets de cigarettes ont fait leurs preuves en matière de sensibilisation aux dangers du tabac. Miguel Medina/AFP

Ainsi, pour répondre à cette question de l’efficacité des images chocs dans le contexte actuel, nous avons procédé à une expérimentation en ligne le mardi 17 mars 2020, dont nous vous livrons les résultats ci-dessous.

Expérience

L’objectif de cette expérience est de mesurer l’impact de montrer des images de patients en réanimation suite à une infection au coronavirus ou de services d’urgence lors d’appels au confinement sur la volonté déclarée de respecter le confinement.

Pour ce faire, nous avons procédé comme suit : nous avons défini plusieurs questions nous permettant de mesurer le niveau de conscience des citoyens sur la question du coronavirus. Certains items sont positivement liés à un niveau de conscience élevé, alors que d’autres sont négativement corrélés.

Voici les questions :

Sur une échelle de 1 (pas du tout d’accord) à 7 (tout à fait d’accord), dans quelle mesure êtes-vous d’accord avec les affirmations suivantes :

  • Le coronavirus est une des plus graves crises sanitaires que notre pays ait affrontées ce dernier siècle. (Item 1 : positif)

  • De manière générale, il y a trop de discussions sur le sujet du coronavirus : il y a des problèmes plus importants. (Item 2 : négatif)

  • Il est important de procéder à de la distanciation sociale : rester à plus d’un mètre de toutes les personnes que nous côtoyons. (Item 3 : positif)

  • Le virus est sûrement moins dangereux que ce que les médias et les responsables politiques nous disent. (Item 4 : négatif)

  • Il est important de rester confiné chez soi et de ne sortir qu’en cas d’extrême nécessité. (Item 5 : positif)

Avant de répondre à ces questions, les participants ont été exposés à un bref texte d’introduction. Nous avons comparé les réponses à ces questions pour trois groupes de participants qui ont été exposés à (i) un texte sans image, (ii) un texte avec une image d’un service d’urgence, ou (iii) un texte avec une image d’un patient en réanimation.

Images retenues pour l’enquête.

Prise de conscience

L’expérience a été réalisée sur la plate-forme en ligne « Prolific » auprès d’un échantillon de 301 participants habitant au Royaume-Uni parlant anglais et étant nés au Royaume-Uni. L’expérience a été faite mardi 17 mars 2020 entre 17h et 19h heure française.

Prolific est une plate-forme de recrutement de participants rémunérés pour des enquêtes en ligne. Il s’agit d’un outil régulièrement utilisé par le milieu universitaire (plus de 3 000 chercheurs et 500 institutions) qui offre une meilleure qualité de réponse que le concurrent historique Amazon MTurk.

Nous avons construit un score de souci pour le coronavirus. Nous avons trouvé que les individus qui ont répondu au questionnaire sans image sont relativement moins soucieux du coronavirus que ceux confrontés à des images de réanimation ou d’hôpital, et que ces différences sont significatives. Ceci signifie que les images de réanimation ou d’hôpitaux génèrent un surcroît de souci significatif pour le coronavirus.

En explorant les questions de manière individuelle, il apparaît que les images (i) augmentent les chances que les participants considèrent la crise comme une des plus graves crises sanitaires auxquels notre pays a fait face ce dernier siècle (item 2), et (ii) diminuent la propension à considérer que les médias et responsables politiques exagèrent la crise (item 4).

Il semblerait donc qu’il s’agisse que les images induisent une prise de la conscience du danger.

En outre, nous avons posé plusieurs questions de contrôle sur un écran après les items présentés ci-dessus pour voir si l’image modifiait la perception des risques : risques personnels (probabilité d’être infecté, taux de mortalité pour soi-même) et risques collectifs (taux de mortalité pour ses proches, taux de mortalité pour les plus fragiles).

Nous observons une augmentation de la perception des risques quand les images sont présentes, mais cette augmentation n’est pas significative.

Des réactions émotionnelles plus puissantes

Pourquoi les images de patients en réanimation ou d’hôpitaux devraient-elles inciter les individus à supporter des coûts (le confinement) pour éviter une propagation du virus ?

Le biais de sympathie, tel que l’effet de la victime identifiée, devrait augmenter ces comportements prosociaux. Les victimes identifiées semblent susciter des réactions émotionnelles plus puissantes que les victimes statistiques, ce qui augmente la probabilité de fournir de l’aide.

Si l’on voit une personne en réanimation, sachant que cette personne a été saine ; l’effet de sympathie augmente parce que la sympathie est plus grande si l’on considère l’état actuel d’une victime comme un déclin par rapport à un état de référence (par exemple, l’état avant le virus).

L’effet de sympathie augmente chez les personnes exposées à une image de personne en réanimation. Piero Cruciatti/AFP

La communication autour du coronavirus peut être donc plus effective en montrant des images d’hôpitaux ou de personnes en réanimation. Ceci augmente significativement les préoccupations des citoyens pour le coronavirus, possiblement en augmentant leur perception des risques. Nous conseillons ainsi d’utiliser largement ces images dans les communications des médias et du gouvernement.

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