Les jeunes face au changement climatique, ce qu’en dit la psychologie

Le 15 mars 2019 à Paris. « Les licornes n’existent peut-être pas, mais le changement climatique, oui ! » peut-on lire sur la pancarte. AFP

Cet article est publié dans le cadre du Forum international de la météo et du climat, qui se tiendra à Paris du 25 au 28 mai 2019 et dont The Conversation est partenaire. Retrouvez toutes les infos pratiques pour prendre part à ce rendez-vous sur le site du Forum : forumeteoclimat.com.


Il y a dix ans, Vincent, 19 ans à l’époque, formulait ainsi ses pensées concernant sa capacité d’action pour le climat dans le cadre d’un entretien non-directif sur le changement climatique :

« […] Il y a donc les changements climatiques et puis le fait que je me sens inefficace pour faire quelque chose. J’ai l’impression de ne pas avoir assez de moyens à ma disposition pour pouvoir faire quelque chose. C’est comme si un professeur disait à ses élèves, allez-y, faites votre devoir, mais sans feuille et sans crayon. »

Dix ans après, les enfants et les jeunes sortent dans la rue, veulent faire changer le système, réclament la justice climatique, accusant leurs gouvernements d’inaction. Leurs moyens d’action reflètent un désespoir mais aussi une envie d’agir de manière visible, en manifestant.

La pensée de Vincent et les mouvements actuels des enfants et des jeunes indiquent bel et bien que le changement climatique est en marche et devient plus en plus menaçant. Dans un article publié en 2012 par la revue scientifique Policy Sciences, les chercheurs Kelly Levin, Benjamin Cashore, Steven Bernstein et Graeme Auld l’ont qualifié de « super wicked problem » (un problème extrêmement compliqué). Ils en ont identifié certaines caractéristiques fondamentales :

« […] Il ne reste pas assez de temps pour réagir ; ceux qui causent le problème cherchent également à apporter une solution ; une autorité centrale est nécessaire pour résoudre le problème, mais elle est faible ou inexistante ; et en partie à cause de cela, les réponses politiques escomptent l’avenir, irrationnellement. »

Qu’en dit la psychologie ?

Ces dernières années, la psychologie occidentale a pu mettre en évidence que les problèmes liés au changement climatique sont perçus comme psychologiquement éloignés des individus. Récemment, la chercheuse Erika Salomon et ses confrères ont élaboré le concept d’impuissance (helplessness) face à ce problème : malgré la compréhension de la menace du changement climatique, l’individu pense que ses actions, ses comportements n’ont pas d’impact sur la complexité des phénomènes.

Un autre concept, à savoir le caractère d’« intraitabilité » de la situation – caractéristique intrinsèque du changement climatique – conduit les êtres humains considérer celui-ci comme inaccessible à l’action individuelle. L’attitude de Vincent illustre bien cette vision.

Toutes ces caractéristiques attribuées au changement climatique peuvent conduire à l’inaction et, au niveau individuel comme social, à une inertie qui empêche la modification des comportements. Les notions d’action et d’inaction englobent ici les prises de décisions, les mises en place des projets d’adaptation et d’atténuation mais aussi, au niveau de l’individu, l’évolution de ses comportements.

L’inaction face au changement climatique est devenue un concept important dans le domaine de l’économie environnementale : elle permet, par exemple, de calculer le coût de l’action/inaction. C’est aussi un problème éthique et philosophique. En réalité, cette inaction concerne tous les niveaux : individus, groupes, politique locale, activités économiques, gouvernements.

Très jeunes et déjà conscients

Un point important dans cette réflexion sur l’action/l’inaction face au changement climatique mérite toutefois d’être souligné : les différentes recherches conduites par notre équipe montrent que les intentions comportementales pour protéger l’environnement sont présentes dès le très jeune âge.

Face aux pollutions, les enfants identifient par exemple clairement la responsabilité des industries et de certaines pratiques commerciales, comme l’emballage des produits ; et une enquête que nous avons récemment conduite auprès d’enfants de CM1 et CM2 montre qu’ils sont prêts à renoncer de leurs tablettes, objets préférés, pour économiser de l’énergie et « sauver » la planète.

Nos recherches en cours – qui s’inscrivent dans la théorie de l’action raisonnée et du comportement planifié – ont mises en évidence que les croyances normatives, la motivation, les normes subjectives et les intentions comportementales peuvent se traduire en comportement pro-environnemental chez les enfants, adolescents et jeunes adultes français.

Toutefois, si l’on se place au niveau mondial, une implication plus importante des enfants et des jeunes s’avère indispensable pour renforcer la résilience des systèmes humains face au changement climatique. Des études récentes ont en effet mis en évidence une polarisation croissante de la perception du risque et des attitudes du public vis-à-vis du changement climatique à l’échelle internationale.


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Nouveaux champs de recherche

Il existe aujourd’hui plusieurs pistes pour soutenir l’engagement des plus jeunes et lutter contre ce sentiment d’impuissance face au changement climatique.

Leur volonté de s’engager pour le climat et de changer leurs comportements est en effet liée à des avancées dans les domaines de la transmission des connaissances, de l’éducation, du cadrage des messages mais aussi des modes de communication fiables à employer. Des recherches expérimentales ont également été initiées avec l’objectif de développer l’altruisme, nécessaire au changement comportemental, grâce à des technologies d’eco-feedback.

Les nouvelles recherches soulignent d’autre part l’importance des valeurs sous-jacentes dans la perception et l’action en matière de changement climatique. Par exemple, les différences entre valeurs individualistes et collectivistes influencent les intentions et les changements comportementaux. Les jeunes ayant une orientation plus individualiste ont ainsi beaucoup moins l’intention de prendre des mesures respectueuses du climat ou de s’impliquer dans des actions climatiques que ceux ayant une orientation collectiviste.

La perception des risques liés au changement climatique, la prise de conscience, les valeurs et les attitudes vis-à-vis de celui-ci peuvent concerner tous les niveaux de prise de décision comportementale autant des enfants, que des jeunes et des adultes. Il s’agit toutefois de décisions fragiles qui peuvent se modifier en fonction des changements environnementaux et de l’influence sociale, comme celle que peuvent exercer les leaders écologistes.

À la lumière de tous ces éléments, on comprend qu’il faut « construire » les décisions pour adopter des comportements pro-climat s’appuyant sur une base solide et durable.