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Mathurin Derel/AP

Les Néo-Calédoniens voteront-ils en faveur de l’indépendance cette fois-ci ?

Le 4 octobre, les habitants de la Nouvelle-Calédonie se rendront aux urnes. Pour la deuxième fois en deux ans, il leur sera demandé s’ils souhaitent continuer à être rattachés au territoire français ou s’ils veulent obtenir leur indépendance.

Lors du premier vote, en novembre 2018, 57 % des électeurs s’étaient prononcés en faveur du statut-quoi, c’est-à-dire le maintien de leur appartenance au territoire français. Alors que certains sondages préréférendaires suggéraient que 75 % des Néo-Calédoniens étaient favorables à la préservation de leur lien avec la France, on constate qu’il existe une part importante de la population (43 %) pour qui cet attachement ne relève pas d’une évidence.

Rappelons que ces référendums se déroulent dans le cadre de l’Accord de Nouméa, un accord signé par la France en 1998 qui permet aux Néo-Calédoniens de réaliser trois référendums sur l’indépendance. Si le « Non » l’emporte encore une fois cette année, un troisième référendum sera très probablement organisé en 2022.

L’indépendance est-elle possible ?

Les référendums ont lieu à des intervalles très rapprochés, pourtant un certain nombre de points importants ont changé. Les élections locales, qui se sont tenues l’année dernière, ont accentué la polarisation entre les partisans et les opposants de l’indépendance.

Dans le camp du « Non », une alliance de six groupes politiques s’est réunie sous l’égide des « loyalistes ». Du côté des « Oui" », les partisans travaillent davantage à l’implication politique des jeunes.

Des Néo-Calédoniens aux urnes en 2018 ». Mathurin Derel/AP

En effet, il semblerait que la « lutte » pour l’indépendance tient davantage à cœur l’ancienne génération des Kanaks et que les plus jeunes, nés après les violences des années 1980, lorsque les Kanaks se sont révoltés contre la domination française, ne s’en soient pas vraiment appropriée.

Réactions métropolitaines

En France, le nouveau premier ministre, Jean Castex, ainsi que le nouveau ministre de l’outre-mer, Sébastien Lecornu, ne semblent pas particulièrement impliqués sur le sujet ni sur les problématiques liées à l’autodétermination contrairement à Édouard Philippe.

Le président Emmanuel Macron en visite en Nouvelle-Calédonie quelques jours avant le vote de 2018. Theo Rouby/AP

Côté Nouvelle-Calédonie, certains estiment que la question n’est pas prioritaire pour la France pour le moment.

Cependant, à quelques jours du vote, certains membres de la droite en France se sont prononcés avec vigueur contre l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Marine Le Pen a même souligné qu’un vote en faveur de l’indépendance conduirait à l’incertitude et au danger. Elle fait ici référence, entre autres, à la convoitise chinoise pour les richesses de cette région.

Jean Castex a quant à lui déclaré qu’il rencontrerait les dirigeants politiques de la Nouvelle-Calédonie après le référendum.

Quel avenir économique ?

Un aspect essentiel du débat sur l’indépendance est de savoir quel avenir économique sera réservé à la Nouvelle-Calédonie. Magalie Tingal, membre du Congrès provincial du Nord, rappelle ainsi que la France ne fournit actuellement que 10 % du budget du territoire.

Le niveau de développement reste néanmoins plus élevé que dans les pays voisins de Vanuatu et des îles Salomon – du moins en ce qui concerne la capitale Nouméa et ses alentours, du fait de la mainmise française.

Qui sont le Kanaks ?

Reste que le mouvement indépendantiste s’inquiète d’un manque d’équité dans la distribution des ressources et services sur l’ensemble du territoire, notamment dans les zones à prédominance kanake.

La Covid-19 incitera-t-elle les électeurs à rester chez eux ?

La pandémie de Covid-19 affectera probablement aussi le niveau de contrôle du prochain vote.

En 2018, de nombreuses délégations d’observateurs internationaux en Nouvelle-Calédonie s’étaient déplacées pour le vote, mais cette présence sera cette fois-ci considérablement réduite. Il en va de même pour la couverture éditoriale du vote, notamment au sein des journaux internationaux.

Les observateurs électoraux, ainsi que les fonctionnaires venant de France pour administrer le vote ont été obligés de subir 14 jours de quarantaine à leur arrivée.

Plus important encore, on peut se demander si la Covid-19 n’entraînera pas une réduction de la participation électorale, malgré le fait que la Nouvelle-Calédonie n’ait eu aucun cas de transmission communautaire.

En 2018, le taux de participation a été exceptionnellement élevé, plus de 80 %, ce qui explique sans doute un résultat si serré.

La Chine, attentif voisin

Les responsables australiens et néo-zélandais n’ont pas pris position à propos du référendum. Cependant, dans les milieux de la sécurité et de la stratégie, on craint qu’une Nouvelle-Calédonie indépendante (également appelée Kanaky par le peuple kanak) attire les intérêts chinois, ces derniers déjà très présents dans la région.

Le vice-président chinois Xi Jinping (à droite) est accueilli par le président de l’archipel du Pacifique Sud de la Polynésie Oscar Temaru (à gauche) lors d’une escale technique à l’aéroport de Papeete. Gregory Boissy/AFP

Dans un récent webinaire organisé par l’Université Griffith, les partisans de l’indépendance ont déclaré que celle-ci donnerait au peuple kanak plus de choix en matière de politique étrangère. Or la Chine est déjà le premier partenaire commercial de la Nouvelle-Calédonie et il est vraisemblable de penser qu’il s’agit là d’un allié solide sur lequel une Nouvelle-Calédonie indépendante se concentrerait pour établir sa présence internationale en tant que nouveau pays.

La décolonisation, une affaire inachevée

La trajectoire de la Nouvelle-Calédonie vers une éventuelle indépendance s’inscrit également dans le cadre d’une discussion plus large qui se déroule dans le Pacifique sur la décolonisation et la souveraineté.

L’année dernière encore, les habitants de Bougainville ont voté à une écrasante majorité en faveur de l’indépendance de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Les gens font la queue pour voter lors du référendum de Bougainville l’année dernière. Post Courier/AP

Il existe des appels en cours pour que les habitants de la Polynésie française aient la possibilité d’obtenir leur indépendance.

En Papouasie occidentale, la lutte pour l’autodétermination a fait l’objet d’un regain d’attention, le Premier ministre du Vanuatu ayant accusé l’Indonésie de fermer les yeux sur les « violations des droits de l’homme » commises durant les manifestations pacifiques, organisées en Indonésie, pour commémorer la fête nationale de Papouasie occidentale, devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Ces mouvements sont importants non seulement pour les populations qui vivent dans ces territoires, mais aussi pour la stabilité de la région de manière plus générale.

This article was originally published in English

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