Expliquer pour mieux agir

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Les partis, de la crise au déclin ?

Manifestation à Paris en mai 2013. Philippe Leroyer/Flickr, CC BY-NC

Il n’est pas besoin d’être fin politologue pour constater la crise des partis et des systèmes politiques, patente dans bien des pays et pas seulement dans le nôtre. Aux États-Unis, l’appareil du Parti républicain se demande comment faire face aux dégâts causés pour lui par Donald Trump, et déjà préparés par le Tea Party. Au Brésil, la tempête qui atteint Dilma Rousseff et Lula trouve son épicentre au sein du Parti des Travailleurs, accusé des pires corruptions.

En Espagne, la déliquescence de la droite et de la gauche classiques avait semblé un moment être comme compensée par l’essor de nouvelles formations, Podemos et Ciudadanos, mais le résultat, aujourd’hui, n’est pas brillant, et Podemos connaît de grandes difficultés, etc. Et en France ?

Les appareils s’affolent

Notre système institutionnel est présidentiel, et les grands partis sont comme surdéterminés, dans leur action, par cette caractéristique. Quand aucun d’entre eux n’est capable de mettre en avant un leader fort, incontestable, et un seul, les appareils s’affolent, se divisent, et c’est ce que l’on observe aussi bien à droite qu’à gauche. Et quand, pour avoir les coudées franches, les calculs de ceux qui ont quelque chance de pouvoir se présenter à l’élection présidentielle les poussent à faire le vide au niveau de partis politiques dont les électeurs pourraient le soutenir (à condition de ne pas avoir à voter pour d’autres candidats issus de ces partis), on assiste à leur dégradation accélérée.

Le président François Hollande a ainsi tout fait pour hâter la décomposition d’EELV (Europe-Écologie-les Verts) – ce à quoi il est parvenu –, et rien pour empêcher celle du Parti socialiste – qui est en bonne voie, si on peut dire. Au point que son premier ministre peut affirmer sans être le moins du monde « recadré » par lui qu’il existe deux gauches irréconciliables.

Les partis ne sont pas seulement des machines électorales tout entières tendues vers la prochaine élection présidentielle. Ils doivent aussi assurer à un maximum de leurs membres des mandats : de sénateurs, de députés, de maires, etc. Perdre ou gagner une présidentielle, c’est de ce point de vue se présenter en mauvaise ou en bonne position pour les législatives qui vont suivre.

Mais il y a peut-être plus important encore si l’on souhaite prendre la mesure des difficultés que rencontrent les partis aujourd’hui.

Enfermement et impuissance

Il y a d’abord leur enfermement dans les calculs politiciens et presque tous à courte vue, et leur incapacité à proposer des visions crédibles de l’avenir, des projets mobilisateurs et tendus vers la construction d’un monde, d’une Europe et d’une France meilleurs. Appelons cela l’absence totale de sens.

Il y a ensuite l’image de l’impuissance à régler les grands problèmes du moment, à commencer par l’emploi, la croissance, les revenus, les inégalités sociales. Les discours politiques, aussi bien du pouvoir que de l’opposition, tentent de masquer, nier ou faire oublier cette impuissance, et comme personne n’est dupe, ils décrédibilisent encore plus les partis, et débouchent sur d’autres images : celles du mensonge, des promesses non tenues, des reniements, de l’incohérence, celle aussi de l’arrogance mal placée. Celle, finalement, de la crise morale. Les partis classiques sont à bien des égards hors-sol par rapport aux attentes sociales, et de moins en moins crédibles.

Il y a aussi le fait que les grands problèmes comportent des dimensions locales, nationales, mais aussi régionales (l’Europe) et mondiales. Or les partis classiques ont été créés dans un contexte historique où le cadre de leur action pouvait être d’une part local et national, et d’autre part, mais très secondairement, international. Ce qui n’est pas du tout la même chose que lorsqu’il s’agit d’agir à l’échelle européenne, et globalement. Les partis actuels sont inadaptés à cette exigence d’une action politique articulée, qui fonctionnerait à tous ces niveaux.

Archaïsme méthodologique

Enfin, comment ne pas voir l’archaïsme méthodologique des partis classiques, à la traîne pour renouveler leurs méthodes et leur rapport aux citoyens en tirant profit des nouvelles technologies de communication ou des débats qui datent maintenant d’une trentaine d’années sur la démocratie participative et délibérative ?

La perte de crédibilité des acteurs politiques classiques fabrique du populisme, et de l’extrémisme. Elle pourrait aussi favoriser l’autoritarisme. Elle ouvre la voie au « complotisme » et à la paranoïa.

La forme « parti » n’est pas condamnée, certes. Mais la crise se transformera en déclin si cette forme n’est pas renouvelée en profondeur. Il faudrait alors que la présidentialisation du système soit abandonnée, que les règles qui autorisent l’ouverture des partis à de nouvelles figures soient modifiées (cumul des mandats, droit de vote aux immigrés, etc.), et que les conditions du débat citoyen soient grandement améliorées.

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