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plantes aquatiques
Les berges des zones humides sont souvent colonisées par une végétation émergente qui est progressivement remplacée par une végétation flottante et submergée lorsque l'eau atteint une plus grande profondeur. (Lars L. Iversen), Fourni par l'auteur

Les plantes aquatiques, trésors cachés trop souvent oubliés

Les écosystèmes aquatiques intérieurs (rivières, lacs, zones humides) connaissent un déclin alarmant en raison de perturbations d’origine anthropique. La pollution, l’introduction d’espèces envahissantes et la destruction des habitats menacent le fonctionnement, l’intégrité et la biodiversité de ces écosystèmes, qui sont considérés comme les plus sensibles et les plus menacés de la planète.

Les plantes aquatiques remplissent des fonctions essentielles pour assurer la dynamique naturelle des écosystèmes d’eau douce, en particulier face aux impacts croissants du changement climatique, selon une récente étude que nous avons menée.

Piliers de la vie aquatique

Ces organismes photosynthétiques sont considérés comme les « ingénieurs » de leurs écosystèmes, fournissant nourriture et abri aux animaux terrestres et aquatiques. Ils contrôlent également les processus de sédimentation et d’érosion dans les zones côtières et sont un élément central des cycles du carbone et de l’azote dans les eaux intérieures.

Les plantes aquatiques, telles que les nénuphars, les pontédéries ou les quenouilles, présentent des adaptations uniques à la vie dans l’eau. Ces adaptations leur ont permis de coloniser, de se développer et de survivre dans des zones temporairement ou définitivement inondées.

Le fait d’avoir des feuilles divisées avec de fines cuticules protectrices et une très faible proportion de tissus ligneux dans leurs structures physiques permet à ces plantes d’optimiser la photosynthèse et les échanges gazeux dans le milieu aquatique.

Exemples de plantes d’eau douce reflétant leurs adaptations à la vie aquatique. (Yingji Pan, Jorge García-Girón, Lars Lønsmann Iversen), Author provided

Menacé par l’action humaine

Les plantes aquatiques sont menacées par l’action combinée et synergique de multiples facteurs de stress associés aux activités humaines.

Notre étude met en évidence la façon dont la pollution due au ruissellement urbain et agricole, la construction de barrages et les graves sécheresses saisonnières, entre autres, compromettent la survie des plantes aquatiques dans leurs environnements, menaçant ainsi l’intégrité et la persistance des écosystèmes d’eau douce dans le monde entier.

Par exemple, la construction de barrages perturbe la connectivité longitudinale des rivières, interférant avec les flux biotiques naturels qui assurent la diversité des paysages.

Les sécheresses prolongées favorisent un passage accéléré des communautés dominées par des plantes submergées et flottantes à des environnements dans lesquels seuls quelques individus d’espèces émergentes à croissance rapide prospèrent.

Grandes inconnues

Le peu d’informations biologiques disponibles pour ce groupe d’espèces floristiques empêche les scientifiques de délimiter, définir et prévoir les réponses des plantes aquatiques aux perturbations environnementales dans lesquelles nous sommes actuellement plongés.

À cet égard, la communauté scientifique a mis en garde depuis un certain temps sur la nécessité d’unir les forces pour étudier en profondeur la biologie de ces organismes clés pour le fonctionnement des eaux intérieures.

Jusqu’à présent, cependant, on ne dispose d’informations écologiques que pour une infime partie des plus de 3 400 espèces de plantes aquatiques dans le monde. À titre comparatif, des données sont déjà disponibles et informatisées pour plus de 46 000 espèces de plantes terrestres.

La profonde méconnaissance de la biologie des plantes aquatiques est encore plus dramatique en dehors des frontières de l’Europe et de l’Amérique du Nord, notamment dans les zones subtropicales où ces organismes particuliers jouissent de la plus grande diversité.

Les auteurs de cette brève étude soulignent que le fait d’ignorer cette réalité compromet non seulement nos modèles de prédiction des scénarios possibles de changement planétaire pour les écosystèmes d’eau douce, mais met également en péril la survie même des rivières et des zones humides qui nous entourent et nous fournissent des services d’une grande valeur sociale et économique.

Il est temps d’inverser la cécité botanique, qui touche tant les membres de la communauté scientifique que la société dans son ensemble, et de reconnaître les plantes aquatiques comme une pierre angulaire de la conservation et de la protection des écosystèmes les plus menacés de la planète.

This article was originally published in Spanish

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