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Les présidentielles et la science : nous interpellons les candidats

Elections de 2007. Rama/Wiokimedia, CC BY-SA

Les présidentielles et la science : nous interpellons les candidats

Elections de 2007. Rama/Wiokimedia, CC BY-SA

Tous les candidats à l’élection présidentielle qui s’approche déroulent à l’heure présente leurs programmes et leurs propositions. Néanmoins, une fois encore, comme dans toutes les élections dont j’ai souvenir, les questions de science et de technologie restent quasi-absentes des débats, comme si jamais les candidats ne s’étaient avisés qu’elles puissent nous concerner, comme si elles n’étaient destinées qu’aux spécialistes et qu’il leur appartiendrait d’y répondre, ou comme si elles n’intéressaient pas nos concitoyens.

Que pensent les candidats ?

Or si le monde de la science peut et doit être consultée par les décideurs, il leur appartient bien de choisir entre de multiples options de cette nature qui concernent notre avenir immédiat et le long terme. Quelques exemples parmi bien d’autres :

  • Que pensent les candidats à l’élection présidentielle de l’influence des activités humaines sur le climat ?

  • Quel est leur avis sur la taxe carbone ?

  • Comment comptent-ils nous protéger des cyberattaques, à visées économiques et même politiques, qui ne sont plus simplement le fait de quelques pirates puisqu’elles sont aujourd’hui organisées au sommet même de l’État par des pays puissants ?

  • Le 30 novembre dernier, un rapport a été remis au Gouvernement préconisant un élargissement temporaire du caractère obligatoire des vaccins recommandés de l’enfant. Or, un article de la revue américaine Science de septembre 2016 a pour titre « La France est le pays le plus sceptique au sujet de la sécurité des vaccins ». Il serait sans doute intéressant de comprendre pourquoi nous sommes les champions du monde du doute, mais nous demandons simplement aux candidats s’ils souhaitent étendre à d’autres maladies l’obligation présente de vacciner.

  • Comment les candidats pensent-ils qu’il faut faire face à l’intermittence des sources d’énergie photovoltaïques et éoliennes sans augmenter corrélativement le recours aux combustibles fossiles ?

  • Que pensent-ils des OGM ?

  • Le rapport du Conseil National d’Évaluation du Système scolaire montre que plus de 40 % des enfants ont des grandes difficultés à la sortie de la scolarité obligatoire, particulièrement dans les matières scientifiques. Comment réagir face à ce péril pour notre avenir ?

  • Comment satisfaire aux engagements pris à Lisbonne en mars 2000 d’affecter 3 % du PIB à la recherche pour construire en Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde » ? Nous en sommes loin.

Nous n’allons pas poursuivre cette liste d’interrogations : le site http://science-et-technologie.ens.fr égrène une liste de questions déclinées en cinq thèmes : santé et environnement, énergie et climat, informatique et technologies numériques, éducation scientifique, recherche et innovation.

Science-et-technologie.ens.fr. Author provided

Convaincus que la réponse à ces questions intéresse tous nos concitoyens, et pas simplement les professionnels de la science et de la technologie, nous, c’est-à-dire près d’une centaine de personnes représentant des disciplines diverses, avons formulé un questionnaire destiné aux candidats. Leurs réponses seront publiquement disponibles sur le site cité ci-dessus.

Ce questionnaire n’est pas une pétition : il est le résultat d’une consultation élargie où sont intervenus des membres des Académies des Sciences et de Technologie, et notamment cinq prix Nobel, des professeurs au Collège de France, des économistes réputés et bien d’autres chercheurs compétents dont l’avis nous importait (la liste des signataires est disponible sur le même site).

Ces questions ont été rédigées sans présumer des réponses que nous aimerions recevoir. Sur nombre d’entre elles, les rédacteurs eux-mêmes apporteraient probablement des réponses différentes voire contradictoires, même si nous pensons tous que bien des problèmes de notre société exigent plus de science pour leur résolution. Nous avons évité des questions trop générales qui auraient entraîné des réponses convenues. Bien d’autres questions ont été soulevées lors de l’élaboration, en particulier sur l’éducation à tous les niveaux, mais il nous a semblé qu’elles auraient demandé un questionnaire spécifique, et nous avons dû faire un tri.

Certes lorsque nous déposons nos bulletins de vote dans l’urne notre choix résulte d’un ensemble de considérations sociales, économiques, internationales, etc., qui vont bien au-delà des questions que nous soulevons. Néanmoins nous sommes convaincus que les réponses des candidats éclaireront les choix de nos concitoyens.


Edouard Brézin a écrit ce texte au nom de l’ensemble des chercheurs signataires.

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