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personne avec un manteau et un capuchon sur la tête tient une bougie
Des manifestants brandissent des feuilles blanches et scandent des slogans lors d'une marche de protestation à Pékin, le 27 novembre 2022. (AP Photo/Ng Han Guan)

Les protestations contre la politique zéro-Covid se multiplient en Chine. Personne ne sait comment tout cela va finir

Les manifestations qui se déroulent en Chine en réaction aux restrictions gouvernementales pour contrer la Covid-19 ont défrayé la chronique dans le monde entier au cours de la fin de semaine, après l’incendie d’un appartement à Urumqi, dans le Xinjiang, qui a causé la mort de dix personnes la semaine dernière.

De nombreux internautes ont affirmé que des résidents n’avaient pas pu sortir de l’immeuble parce que celui-ci était partiellement verrouillé, ce que les autorités ont démenti.

Selon certaines informations, des manifestants ont exhorté le président Xi Jinping, secrétaire général du Parti communiste chinois nouvellement réélu, à démissionner. D’autres ont critiqué la domination du parti.

Les dispositions prises par la Chine pour lutter contre la Covid sont parmi les plus strictes au monde, car le pays poursuit ses mesures de confinement pour supprimer le virus, appelées politique « zéro-Covid dynamique ».

Si les protestations constituent assurément des défis sérieux à l’autorité, il convient de les relativiser. Ainsi, il n’existe pas de véritable parallèle avec les manifestations de la place Tiananmen en 1989. Cette fois, les manifestants se dispersent après avoir défilé et protesté, et leurs revendications portent principalement sur les restrictions pour contrer la Covid et non sur des principes politiques plus larges.

Le principal problème ici est la frustration, non seulement à l’égard des mesures Covid, mais aussi à l’égard de leur mise en œuvre incohérente.

Les réactions de l’État devraient, à court terme du moins, rester modestes. Des pressions s’exercent indubitablement en faveur d’un changement, bien qu’il soit difficile de prévoir comment il se produira.

Une réaction à l’échelle nationale

Les manifestations en Chine sont devenues assez courantes au cours des deux dernières décennies, bien qu’elles soient presque toujours axées sur un enjeu particulier et très localisées.

Les ouvriers d’une usine protestent contre des défauts de paiement ou la détérioration de leurs conditions de travail. Les villageois contraints de déménager pour que leurs terres puissent être réaménagées tentent de résister, allant parfois jusqu’à refuser d’être déplacés. Les habitants des nouveaux lotissements se mobilisent pour se plaindre de l’absence des routes, des commerces et des services promis.

Ce type de revendication est généralement résolu de manière raisonnable et rapide, notamment grâce à l’intervention de représentants de l’État qui s’efforcent de trouver des solutions au nom du maintien de la stabilité.

Les protestations portant sur des principes plus généraux, tels que la liberté d’expression, la représentation légale ou les responsabilités gouvernementales se prêtent moins à une solution instantanée. Dans de tels cas, la réaction du gouvernement consiste à exercer diverses sortes de répression.

Cependant, ces protestations ont presque toujours été localisées et n’ont pas mené à un mouvement régional ou national. Cela vaut même pour les conflits industriels où les travailleurs ont protesté dans une ou plusieurs usines d’une même marque ou appartenant au même propriétaire.

Rien n’indique à ce stade que le mouvement actuel soit national et organisé. Mais les manifestants de chaque ville semblent avoir été enhardis par ceux des autres villes.

La lecture des médias sociaux chinois montre que les manifestants de Beijing ou de Shanghai, par exemple, relatent les protestations dans l’autre ville, tout en commentant les causes initiales liées à Urumqi.

Jusqu’à présent, les réactions de la police ont varié selon les endroits. Dans certains lieux, les policiers auraient toléré la poursuite des manifestations.

Mais ailleurs, des altercations ont été signalées, ainsi que quelques arrestations.

À l’écart des rues et des manifestations, certains résidents asymptomatiques des immeubles verrouillés protestent à leur tour.

Demandes des étudiants

Une quarantaine d’étudiants de la plus prestigieuse université de Beijing ont publié dimanche une déclaration dans laquelle ils critiquent « la mise en œuvre de la politique zéro-Covid. » Ils affirment que les mesures zéro-Covid présentent de plus en plus de problèmes et ont conduit à des « tragédies horribles », tout en reconnaissant l’importance et l’efficacité des mesures de sécurité déployées plus tôt dans la pandémie.

Ils ajoutent que « la tâche la plus urgente est maintenant de trouver un mode de coexistence temporaire qui minimise les dangers de l’épidémie tout en assurant un ordre social de base et en permettant de répondre aux besoins économiques et de subsistance fondamentaux. »

Pour ce faire, ils proposent cinq mesures clés :

  1. « Pour éviter tout abus de pouvoir public, il convient de mettre fin à tous les blocus de quarantaine régionaux afin de garantir que toutes les personnes des communautés, villages, unités et écoles puissent entrer et sortir librement. »

  2. « Abolir les moyens techniques permettant de surveiller les allées et venues des citoyens, tels que les codes d’accès et l’application de suivi des téléphones portables [code santé]. Cesser de considérer la propagation de l’épidémie comme relevant de la responsabilité de certaines personnes ou institutions. Consacrer des ressources à des actions à long terme telles que l’élaboration de vaccins, de médicaments et la construction d’hôpitaux. »

  3. « Mettre en place un dépistage volontaire [PCR] et une quarantaine volontaire pour les personnes non diagnostiquées et asymptomatiques. »

  4. « Assouplir les restrictions à l’expression de l’opinion publique et autoriser les suggestions et les critiques concernant les problèmes concrets de mise en œuvre de mesures dans les différentes régions. »

  5. « Divulguer honnêtement les données sur la maladie, y compris le nombre de personnes infectées, le taux de mortalité, le taux de Covid longue, afin d’éliminer la panique épidémique pendant la transition. »

Le principal enjeu consiste à savoir comment passer de la politique actuelle « zéro-Covid dynamique » à autre chose, et même ce que devrait être cette « autre chose », étant donné la couverture sanitaire inadéquate dans une grande partie du pays.

This article was originally published in English

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