La pub de Stella Artois mettant en vedette deux grosses pointures, lors du Super Bowl. Les pubs ont déçu, car elles n'ont rien brassé. Mais la conversation se poursuit sur la «masculinité toxique». Stella Artois

Les pubs du Super Bowl n'ont rien brassé, mais la discussion se poursuit sur la « masculinité toxique »

Après l'agitation sur les médias sociaux ce mois-ci à propos de l'annonce #MeToo de Gillette et celle de Nike, inspirée par Black Lives Matter, j'avais hâte de voir ce que les publicités du Super Bowl apporteraient. Du socialement responsable, sans doute, et peut-être même quelques autres inspirées par le mouvement #MeToo.

Cependant, les publicités du Super Bowl cette année ont été décevantes. Il y avait des messages sociaux à contenu léger (dont un au sujet de l'éco-bière), mais en général, elles ont été fort ennuyeuses.

Comme d'autres, la publicité de Gillette m'a dérangé et ce, avant même que je la regarde. Elle n'en a pas moins contribué à brasser la cage. Je ne dis pas que j'ai aimé cette annonce. Ça n'a pas été le cas. Ç'en est encore une autre socialement responsable qui essaie d'attirer l'attention en soulignant l'évidence : les hommes ne sont pas socialisés pour manifester leurs émotions.

La pub de Gillette: We Believe: The Best Men Can Be.‘ Proctor & Gamble

Je suis professeur adjoint de psychologie et professionnel de la santé mentale chez les enfants. Je fais de la psychothérapie avec eux ainsi qu'avec leurs familles. Je n'ai pas besoin de Proctor & Gamble pour me dire que les hommes ne manifestent pas leurs émotions. Je le vois tous les jours. Je généralise, certes, mais je le fais en me basant sur beaucoup de recherches et de théories qui lient la biologie évolutionnaire, la psychologie, la sociologie et les sciences humaines.

Par ailleurs, j'ai été un jeune garçon qui s'est fait tabasser. Une fois, je me suis fait piétiner par un groupe de jeunes plus âgés à un point tel que j'ai dû être transporté à l'hôpital en ambulance. J'étais inconscient à la suite d'un traumatisme crânien. Je n'ai pas appris à exprimer ce que je ressentais alors et j'ai donc, comme beaucoup d'autres, élaboré des stratégies d'adaptation malsaines. La recherche et la sagesse traditionnelle nous disent que « les gens blessés blessent les gens ».

J'ai donc maltraité d'autres personnes, y compris d'autres garçons. J'ai choisi des enfants plus petits. C'est l'un de mes plus profonds regrets dans la vie.

Partout dans le monde, des millions d'hommes sont victimes de la gestion problématique de leurs émotions ainsi que de la maladie mentale. Ils utilisent des stratégies d'adaptation comme la toxicomanie, l'agression, la violence et le suicide. Lorsque les hommes et les jeunes garçons subissent des traumatismes, des abus physiques et sexuels et d'autres formes de violence, ils reçoivent souvent le message que leurs émotions n'ont aucune valeur et que la réponse psycho-biologique innée de leur corps est inappropriée.

Nous avons besoin d'hommes aidants naturels

Lorsque Donna Strickland a remporté le prix Nobel de physique, tout le monde était ravi : sa victoire a inspiré de nombreuses personnes à promouvoir les femmes dans les STEM (sciences, technologies et mathématiques).

L'inverse n'est pas vrai lorsque des hommes exercent une profession « féminine ». Les programmes de psychologie ont soif de candidats masculins. Parmi les autres domaines qui pourraient bénéficier d'une plus grande représentation masculine, mentionnons la mienne, la santé mentale des enfants, ainsi que la thérapie et le counseling, l'enseignement, l'éducation à la petite enfance, les soins infirmiers, le travail social et les soins palliatifs.

Mais toutes ces professions traditionnellement « féminines » que je viens d'énumérer ne rapportent pas beaucoup d'argent. Les garçons (comme les filles) grandissent selon les principes de base de l'économie, de la psychologie et de l'évolution. Alors pourquoi les hommes, surtout ceux qui ont des privilèges, feraient-ils des efforts pour aller décrocher un emploi moins bien rémunéré ?

Les garçons peuvent être socialisés à devenir des aidants naturels. Alex Hockett/ Unsplash, CC BY

Les hommes sont socialisés afin de développer un profil psychologique qui met l'accent sur la domination et non sur la prestation de soins. La domination en soi n'est pas mauvaise. C'est une variable psychologique et chacun vit à la fois de la domination et de la soumission lors de ses rencontres sociales. Souvent, la domination est nécessaire pour assurer le succès de ceux qui ne savent se débrouiller seuls. Par exemple, lorsqu'une équipe éprouve des difficultés au travail, il peut être utile qu'une personne en particulier intervienne et prenne le leadership.

Sur cette base, mon observation rejoint plusieurs autres : la prestation de soins professionnels non médicaux n'est pas très valorisée dans la société occidentale.

Hey les gars, les émotions et la prestation de soins sont gratifiantes!

L'annonce de Gillette est représentative de mon expérience de jeune homme blanc ayant grandi dans l'Ouest. J'ai été victime (et auteur) d'actes de violence et j'ai reçu des messages disant qu'il ne fallait pas en parler. Malgré le privilège considérable que j'ai eu dans ma vie, j'ai aussi vécu des moments profondément douloureux : parfois auto-infligés, parfois non.

J'ai cependant eu le privilège de rencontrer un thérapeute compatissant. J'ai donc appris tout au long de ma vingtaine à faire face à ma masculinité et à prendre conscience de mes émotions. Aujourd'hui, j'aide les garçons et les pères à faire de même. Mais la réalité est que la plupart des gens n'ont pas l'argent, le temps, l'énergie, la volonté ou l'acceptation nécessaires pour participer à de telles thérapies.

Prenez le temps d'avoir des conversations que vous ne voulez pas avoir. Danielle MacInnes /Unsplash, CC BY

Pourtant, l'émotion n'est pas négociable. Ce n'est pas un signe de faiblesse. Éviter les discussions émotionnelles augmente les risques de maladie mentale et l'adoption d'un comportement toxique.

Le message publicitaire de Gillette peut potentiellement invalider l'expérience des hommes. Et elle a réussi en ce sens qu'elle a suscité des discussions sur la « masculinité toxique » chez des hommes qui n'ont pas ces conversations normalement.

Les publicités du Super Bowl ont fait ce pour quoi elles ont été conçues - vendre des produits - mais elles n'ont pas remis grand chose en question. Nous pouvons entamer nous-mêmes des conversations stimulantes avec nos proches. Car ça n'est jamais mauvais de parler de choses qui nous ont bouleversés.

This article was originally published in English