Les vertus anti-inflammatoires et sans effet secondaire du « tsontso », une plante locale malgache

La flore malgache est un trésor biologique à préserver. Rijasolo/AFP, Author provided

À Madagascar, l’utilisation des plantes médicinales pour le soin des maladies est une pratique largement répandue en milieu rural. Au-delà de la simple coutume ou de la transmission d’un art ancestral, cette méthode de soin, connue sous l’appellation de « médecine traditionnelle », apparaît comme une vraie pratique vitale pour la population là où l’éloignement géographique et la limite du pouvoir d’achat ne permettent pas l’accès aux services et produits de santé.

La flore malgache, un trésor biologique

C’est indéniable, Madagascar est doté d’une flore riche et luxuriante, à l’origine de la vaste panoplie de soins en médecine traditionnelle qu’elle offre. La présence de ces plantes sur l’ensemble de l’île assure aussi une grande accessibilité.

Cependant, si en milieu rural la médecine traditionnelle est assez bien implantée, elle l’est moins dans les centres urbains. Pourtant, de nombreuses recherches ont déjà démontré l’efficacité de ces plantes. Qui plus est, la stratégie mondiale de l’OMS, vient davantage confirmer la contribution que la médecine traditionnelle peut apporter à la santé et au bien-être des individus.

Le Cladogelonium madagascariense plus connu sous le nom de « tsontso » à Madagascar. Rijasolo/Afp

Le « tsontso », plus efficace que les anti-inflammatoires actuels

Dans la continuité de ces efforts en faveur de la promotion des plantes médicinales, nous avons entamé des travaux de recherche sur une plante endémique à Madagascar, le Cladogelonium madagascariense, plus communément appelé « tsontso » par la population locale. Les objectifs étaient de valoriser les ressources du pays, d’apporter des évidences scientifiques sur les vertus thérapeutiques de la plante et d’établir des références pour une utilisation sure et efficace.

Le « tsontso » a été recensé lors d’une enquête ethnopharmacologique dans la partie nord de Madagascar. Les villageois l’utilisent pour soigner notamment les fièvres, douleurs et enflures. Vu ces utilisations traditionnelles, l’hypothèse d’une probable activité anti-inflammatoire a été émise, ce qui a constitué le postulat de départ de nos travaux. Après purification, nous avons isolé une molécule qui s’appelle D :B-friedo-olean-5-en-3α-ol (DBFO).

Les résultats ont dévoilé que la molécule DBFO est plus efficace que certains médicaments déjà présents sur le marché et utilisés dans le traitement de l’inflammation, notamment la Phénylbutazone, l’aspirine et le Tramadol.

Sans effet secondaire

Par ailleurs, toute étude pharmacologique devant passer par un test de toxicité, DBFO a été soumis à deux séries de tests. Sur la première, dite test de toxicité aiguë, DBFO a été administré jusqu’à 60 fois sa dose normale d’efficacité. Les résultats ont montré que DBFO ne provoque pas la mortalité. Sur la seconde, dite test de toxicité chronique, les résultats ont montré que DBFO ne provoque aucune lésion au niveau de l’estomac, même administré à une dose égale à 15 fois sa dose normale d’efficacité.

Cela marque un jalon important dans nos travaux de recherche car bon nombre de médicaments anti-inflammatoires actuellement en vente sur le marché présentent tous le même effet secondaire : ils provoquent des ulcères gastriques.

Nos travaux se sont par la suite concentrés sur une analyse plus approfondie du mécanisme de fonctionnement de DBFO. Une inflammation est par définition une réaction de défense de l’organisme à la suite d’une agression. Elle est caractérisée par quatre symptômes : rougeur, chaleur, tumeur, douleur. La rougeur est provoquée par la dilatation des vaisseaux sanguins à proximité de la zone lésée, accompagnée par la chaleur due à l’augmentation de la perméabilité des capillaires. Ces derniers, étant perméables, laissent échapper de l’eau et du plasma des vaisseaux sanguins, formant la tumeur ou œdème qui limite la lésion. Ce gonflement vient compresser les nerfs et fait apparaître en cascade la douleur.

Les globules blancs du sang sont aussi recrutés au niveau de la lésion pour combattre les agents pathogènes. Ils libèrent des substances, dont le TNF-α (de l’anglais tumor necrosis factor ou facteur de nécrose tumorale). Ce TNF-α, une fois libéré, va « recruter » d’autres cellules de défense de l’organisme. Si l’agent pathogène persiste, le TNF-α va entretenir sa propre libération et, en même temps, continuer à « recruter » indéfiniment d’autres éléments de défense : ainsi, l’inflammation s’aggrave.

Cette connaissance du mécanisme de l’inflammation permet de cibler directement les acteurs de la réaction inflammatoire. Comme le TNF-α y joue un rôle essentiel, il constitue une cible idéale pour les substances anti-inflammatoires. Les résultats des tests effectués sur des globules blancs du sang humain ont montré que DBFO diminue la concentration de TNF-α. Ces résultats ont permis de déduire que l’activité anti-inflammatoire de DBFO isolé de Cladogelonium madagascariense est due à l’inhibition de la synthèse ou de la libération de TNF-α.

En conclusion, les données empiriques sur l’utilisation du « tsontso » sont donc bien fondées et vérifiées scientifiquement. De plus, une découverte majeure a été faite sur une propriété de la plante : elle est démunie d’effets secondaires, contrairement aux anti-inflammatoires sur le marché.

Bien que ces résultats soient réellement satisfaisants, ils ne clôturent pas pour autant nos recherches sur le Cladogelonium madagascariense. Beaucoup en effet reste à découvrir, notamment l’effet probable de DBFO sur les substances du système immunitaire autres que le TNF-α, la présence de molécules pures autre que DBFO dans la plante ainsi que leurs mécanismes respectifs, etc.

Toujours est-il que de la plante au médicament, le chemin est encore long. En attendant, le « tsontso » est disponible en décoction, « tambavy » comme on l’appelle dans le pays. Il est souvent servi dans des petits verres bien remplis. Le toast prendrait alors tout son sens. Santé !