Avec les changements climatiques, et notamment la variation de la couche d'ozone, l'exposition aux rayons nocifs du soleil a augmenté depuis 25 ans. Et les enfants sont les plus vulnérables. Shutterstock

L'été s'en vient, voici pourquoi vous devez protéger les yeux de vos enfants

Doit-on acheter des lunettes solaires aux enfants? Et si oui, comment choisir un produit de qualité ?

En clinique, je me fais souvent poser la question. Pour y répondre, il est bon de se rappeler quels sont les effets du soleil sur la santé oculaire, et comment ils agissent souvent sans que l'on s'en rende compte. D'autant qu'avec les changements climatiques, et notamment la variation de la couche d'ozone, l'exposition aux rayons nocifs du soleil a augmenté durant les derniers 25 ans.

Les enfants, les plus à risque

Il faut d'abord établir une différence entre le rayonnement, c'est-à-dire les rayons que le soleil émet et qui nous touchent, l'intensité de sa lumière et la luminosité associée aux éblouissements.

Les rayons émis peuvent être perçus (lumière visible) ou demeurer non perçus (lumière invisible à l'oeil humain). Ce sont ces derniers qui sont dommageables pour la santé oculaire. On reconnaîtra parmi eux les rayons courts - les ultraviolets (UV- 0 à 400 nanomètres de longueur d'onde) et les plus longs infrarouges (IR- > 700 nm), davantage associés à la chaleur et aux brûlures. Chacun de ces rayons se subdivisent ensuite en 3 familles (A, B et C).

Les UVA (315-400 nm) sont connus pour leur effet néfaste associé au développement du cancer de la peau. Les UVB (280-315 nm) sont les plus dommageables pour les structures de l'oeil humain. Les UVC (0-280 nm) ont des effets négligeables car majoritairement bloqués par la couche d'ozone lorsque celle-ci est en bon état. Pour ce qui est des IR, seuls les IRA représentent un risque pour la rétine.

Au-delà du type de rayonnement, les dommages subis aux tissus de notre corps sont proportionnels au temps que l'on s'expose au soleil, tout au cours de notre vie. Ainsi, les enfants sont, en théorie, ceux qui passent le plus de temps dehors. La dose cumulée de l'exposition au soleil est donc maximale entre 0 et 16 ans. Il sont les plus à risque aujourd'hui.

La quantité de rayons solaires absorbés dépend également de l'endroit où l'on vit et de l'heure du jour durant laquelle on s'expose. On reçoit davantage d'ensoleillement près de l'Équateur que plus au Nord ou au Sud. De plus, le rayonnement est plus direct. Le même principe s'applique à l'heure du jour. On pourrait penser que le rayonnement maximal se produit à midi, lorsque le soleil est au zénith. Mais en réalité, les dommages reliés aux rayons solaires, du moins pour les yeux, se produisent d'avantage le matin et l'après-midi, lorsque le soleil se situe à un angle d'environ 30% à 40 % par rapport à l'horizon. Il tape alors directement dans l'oeil. Au Québec, cela implique que le risque est donc le plus important entre 9h et 10h le matin, puis entre 15h30 à 17h le soir (heure d'été).

Réflexion néfaste

Le rayonnement néfaste peut être augmenté significativement par réflexion. Une surface d'eau (lac, rivière), de sable, une surface blanche (neige, revêtement mural) ou métallique sont autant de miroirs qui augmentent et concentrent les rayons solaires.

L'ophtalmie des neiges, qui survient lorsque l'oeil est exposé trop longtemps au rayonnement sur une surface enneigée ou glacée, en est un exemple. Les UVA qui s'accumulent dans le cristallin favorisent le développement de la cataracte.

Le rayonnement néfaste peut être augmenté significativement par réflexion, comme avec la neige. Shutterstock

Des déformations mineures de la conjonctive bulbaire (blanc de l'oeil) sont également possible: les pingueculas sont bénins mais manifestes comme des petites bosses parfois vascularisés, ce qui rend les yeux rouges de façon chronique. Le ptérygion est plus dommageable: c'est une membrane qui envahit et tire sur la cornée, pouvant réduire la vision. Dans les cas avancés, cela nécessite une chirurgie.

Si les rayons UV atteignent la rétine, ils vont créer un photo stress qui peut contribuer au développement de la dégénérescence maculaire . Le cas de l'éclipse solaire est bien connu: si on le regarde, sans protection, les infrarouges peuvent alors brûler la rétine souvent de façon irrémédiable.

De façon surprenante également, une journée nuageuse, humide, représente également un risque accru. Non seulement les rayons nocifs ne sont pas bloqués par les nuages, mais les particules d'eau agissent aussi comme miroir. En conséquence, rayonnement augmenté et risque d'éblouissement accru.

L'éblouissement est l'intensité de la lumière perçue par l'oeil. La tolérance à un degré donné de luminosité varie d'un individu à l'autre, en fonction de la quantité de pigments de la rétine dont il aura hérité. Ainsi, les personnes aux yeux et à la peau foncés ont davantage de pigments que les blonds aux yeux bleus. Ces derniers plisseront d'avantage des yeux devant une lumière d'intensité moyenne et auront d'avantage besoin de la protection d'un filtre coloré plus foncé.

En résumé: le soleil émet des rayons nocifs, 365 jours par année, peu importe que ce soit nuageux ou pluvieux. Les dommages subis sont proportionnels au temps d'exposition. Et la protection doit viser les enfants au premier chef. Très exposés, sans protection, ce seront ceux qui développeront des cataractes à un âge moins avancé (55-65 ans), sans compter les risques de cancer de la peau des paupières, plus fragile que le reste du derme.

Comment se protège-t-on ?

D'abord, le port d'une casquette ou d'un chapeau permet de limiter l'exposition. Comme ce n'est pas complètement efficace, il faut se protéger à l'aide de lentilles solaires. Celles-ci sont disponibles en lunettes ou en lentilles cornéennes, ou encore mieux, en combinant les deux.

Les lunettes solaires doivent être de qualité ophtalmique, c'est-à-dire que les lentilles (souvent moulées) ne comportent pas de force effective (puissance) et ne créent pas de distorsion.

La protection doit être maximale. Le label UV 100% ou UV400 représente le standard de protection. Éviter le UV 100 (sans le % au bout) ou les autres dénominations. A noter: les filtres UV sont invisibles et la qualité de la protection n'a rien à voir avec la teinte. Ils peuvent aussi être ajoutés dans les verres de prescription pour ceux qui doivent porter des lunettes au quotidien.

Finalement la monture doit être galbée et ne pas laisser d'espace entre la lunette et l'oeil. A défaut, la lunette protège contre le rayonnement direct, mais tous les rayons qui arrivent de côté et même de l'arrière atteindront l'oeil. Les dommages peuvent alors être encore plus importants: la pupille est dilatée car sous un écran solaire réduisant la luminosité, donc plus de rayons nocifs entrent dans l'oeil.

Chapeau, lunette solaire… et crème protectrice. Vous voilà prêts pour l'été! Shutterstock

La teinte se choisit en fonction de l'activité et des besoins visuels: gris ou vert, usage courant et neutre quant à la perception des couleurs; brun/ambré, idéal pour la conduite automobile; rose/violet augmente les contrastes sur les verts de golf. Des options peuvent être ajoutées: la polarisation réduit l'éblouissement d'au moins 50%, donc idéale pour ceux qui travaillent dans des milieux d'eau, de neige ou sur des surfaces réfléchissantes.

La qualité de la lentille n'est pas proportionnelle au prix payé. Cependant, en général, une monture de bonne qualité, résistante au bris (surtout pour les enfants) et avec des verres ophtalmiques adéquats ne sera pas bradée pour quelques dollars.

Il faut consulter les opticiens et optométristes si on veut se doter de lentilles cornéennes protectrices. Pour les porteurs actifs, il existe plusieurs marques de lentilles offrant déjà une protection UV adéquate. A ce chapitre, une nouveauté: une compagnie bien connue vient de lancer la première lentille cornéenne photochromique: elle teinte lorsqu'exposée au soleil.

La combinaison lentilles cornéenne/lunettes solaires est optimale et idéale. La lentille couvre toute la cornée et la pupille, ainsi qu'une partie du blanc de l'oeil. Les rayons solaires sont donc bloqués par la lentille, autant ceux de côté que ceux qui arrivent directement dans l'oeil. La lunette solaire, en complément, rendra la protection UV totale, réduira l'éblouissement et le choix de teinte permet d'assurer un confort adéquat au patient.

Pour toutes les personnes qui s'exposent ou travaillent au soleil, il faut aussi songer à appliquer de la crème solaire… et vous voilà prêts pour l'été.