Selon une nouvelle recherche, le choix du moment pour débuter un traitement aux oestrogènes substitutifs est très important. Shutterstock

Ménopause: commencer plus tôt les oestrogènes de substitution aide à réduire le risque de maladies cardiaques

Le traitement hormonal de substitution pour les femmes ménopausées a déjà été vu comme la fontaine de Jouvence. Les études démontraient que la prise régulière de suppléments d'oestrogène diminuait le risque de maladie cardio-vasculaire, cause principale de décès chez les femmes.

Cette théorie s’est effondrée en 2002 lorsque l'étude clinique du Women’s Health Initiative aux États-Unis a fait état des risques accrus de maladie cardiaque coronarienne, de cancer du sein invasif, d’attaques cérébrales et d’embolies pulmonaires chez les femmes subissant un traitement hormonal substitutif combiné d’oestrogène et de progestif. L’étude clinique a dû être arrêtée avant la fin car les risques sur la santé étaient plus élevés que les bienfaits.

Mais selon une nouvelle étude de notre laboratoire à l'Université de Guelph en Ontario, ce n’est qu’une question de temps pour que la thérapie à l’oestrogène de substitution ne fasse son retour.

L’effet cardio-protecteur des oestrogènes

Avant d’atteindre la ménopause, les femmes courent un risque moins élevé de mourir d'une maladie cardio-vasculaire que les hommes du même âge. Après la ménopause, le risque chez les femmes devient égal ou supérieur à celui des hommes d'âge équivalent. Le lien entre les taux supérieurs d’hormones oestrogènes et le faible risque de mortalité cardio-vasculaire, c’est ce qu’on appelle « l’hypothèse de l’effet cardio-protecteur des oestrogènes ».

Dans les années 60, la thérapie à l’oestrogène de substitution était populaire, car on disait qu’elle permettait aux de femmes de rester « éternellement féminines » — un concept et une façon de parler qui divisaient les féministes dans leur lutte pour la santé des femmes.

Au départ, l’utilisation des hormones oestrogènes avait été approuvée pour le traitement de l'ostéoporose mais l’on s’est aperçu que les bénéfices allaient au-delà de la protection des os et que le traitement augmentait l'espérance de vie des femmes, d'une ou de quelques années, surtout parce que le risque de mortalité cardio-vasculaire était réduit.

Risque accru de cancer du sein

L’étude du Women’s Health Initiative était à l’époque la plus importante étude clinique à se pencher sur les avantages de la thérapie à l’oestrogène de substitution. Plus de 25 000 femmes ont reçu une variété de types d’hormones. Mais, divulgués en 2002, les résultats ont démontré un risque accru de cancer du sein et de maladie coronarienne.

L’absence de bienfaits était clairement établie, mais ce qui ne l’était pas, c’était comment un traitement si prometteur avait pu échouer de façon si spectaculaire.

Alors que les résultats initiaux du Women’s Health Initiative étaient décourageants, une autre analyse publiée en 2007 a déterminé que les femmes ayant débuté leur traitement hormonal moins de dix ans avant la ménopause avaient subi des effets bénéfiques au niveau cardio-vasculaire, contrairement aux femmes ayant reporté le traitement. Cette théorie s’appelle « l’hypothèse du moment choisi ».

De nombreux essais cliniques de traitements hormonaux de substitution ont utilisé différentes formulations d’hormones et les ont administrées de diverses façons. Les types d’hormones utilisées, selon que les femmes les prenaient sous forme de pilules ou de patchs, ainsi que le moment choisi pour la thérapie ont pu avoir des impacts sur les résultats.

La périménopause modifie la réaction cardiaque

La plupart des recherches sur la ménopause se font sur des animaux dont les ovaires ont été extraits chirurgicalement. C’est un modèle de recherche convenable pour les femmes qui débutent leur ménopause à la suite d’une ablation des ovaires, mais cela ne s’apparente pas à la transition graduelle périménopausée que vivent la plupart des femmes.

Notre recherche s’est penchée sur la façon dont le cœur se transforme durant la transition vers la ménopause, en utilisant un modèle murin unique développé par le groupe du Docteur Patricia Hoyer à l’Université de l’Arizona, aux États-Unis.

Durant la périménopause, le cœur semble fonctionner normalement. Mais c’est une autre histoire au niveau moléculaire. Le nombre de molécules de stress appelées les cytokines augmente durant la périménopause et le muscle cardiaque a besoin de plus de calcium pour se contracter. À la longue, les cytokines et la quantité accrue de calcium endommagent le cœur. Notre étude est la première à démontrer que la ménopause, même avant sa fin, a des effets négatifs sur le cœur.

Le traitement à l’oestrogène de substitution s’appuie sur l’idée qu’en réintroduisant les hormones après la ménopause, on peut retrouver les avantages observés chez les femmes plus jeunes. Dans notre recherche, nous avons découvert que la périménopause affecte la réaction du cœur aux oestrogènes. Bref, le cœur qui subit des traitements après la ménopause est profondément différent du cœur avant la ménopause.

Le moment choisi pour le traitement maximise les avantages

Les essais cliniques démontrent qu’en débutant les traitements à l’oestrogène substitutif tôt après la ménopause, on maximise les avantages. Notre recherche prouve que le cœur se transforme même avant la fin de la ménopause, ce qui ramène l’opportunité de traitement plus tôt que ce qui est envisagé.

Le moment est-il venu de revoir le recours à l’oestrogène après la ménopause afin de réduire le risque de mortalité due aux maladies cardio-vasculaires? (Shutterstock)

Cette transformation aide à comprendre pourquoi le moment choisi pour le traitement à l’oestrogène de substitution est si important et démontre que le cœur est affecté très tôt dans la transition vers la ménopause.

Cela signifie que ce traitement a les meilleures chances de réduire le risque de maladies cardio-vasculaires s’il commence rapidement après la ménopause ou même durant la périménopause.

Le moment est-il venu de revoir le recours aux hormones oestrogènes comme traitement post-ménopause visant à réduire la mortalité cardio-vasculaire? Il faudra plus de recherche avant de suivre cette voie, mais il est clair que le temps presse.

This article was originally published in English