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En facilitant les rencontres aléatoires et les échanges à bâtons rompus, les cafés nourrissent la créativité. Laurent Perren/Unsplash

Ne pas pouvoir traîner dans les cafés et les bars nuit à la créativité

La pandémie a certes provoqué la fermeture temporaire ou définitive de milliers de petites entreprises, mais la disparition du café du coin n’engendre pas que des pertes de salaire.

Elle entraîne aussi une perte collective de créativité.

Des chercheurs ont démontré que de simples habitudes comme faire de l’exercice, bien dormir et lire peuvent alimenter la créativité. Mais il existe un autre catalyseur qui consiste en des interactions non planifiées avec des amis, des connaissances et de parfaits étrangers. Avec la fermeture des cafés — sans parler des bars, des bibliothèques, des salles de sport et des musées —, ces possibilités ont disparu.

Bien sûr, toutes les rencontres fortuites n’engendrent pas des idées brillantes. Cependant, à mesure qu’on se déplace d’un endroit à un autre, chaque brève rencontre plante une petite graine qui peut se transformer en une idée nouvelle ou de l’inspiration.

En passant à côté de rencontres imprévues et d’observations qui piquent notre curiosité et font naître des déclics, des idées, petites ou grandes, ne verront jamais le jour.

Un bar sportif à Montréal. Shutterstock

Ce n’est pas la caféine, mais les gens

On croit que l’inspiration des artistes, écrivains et scientifiques célèbres naît de leur esprit singulier. Ce n’est pas aussi simple. Les idées des poètes, mathématiciens ou théologiens, même les plus solitaires, font partie d’échanges avec leurs pairs, ou sont des réactions et des réponses au monde.

Steven Johnson a écrit dans son livre Where Good Ideas Come From (D’où viennent les bonnes idées) : « pour avoir de bonnes idées, il ne s’agit pas de s’enfermer dans un isolement glorieux et d’essayer d’avoir de grandes pensées ». Il recommande plutôt de « faire une balade », « de saisir la sérendipité » et de « fréquenter les cafés et autres réseaux fluides ».

Tout comme les cafés d’aujourd’hui servent de deuxième bureau à de nombreux écrivains, les salons de thé et les cafés londoniens du 18e siècle ont inspiré le siècle des Lumières. À l’époque, comme maintenant, les gens savaient intuitivement qu’ils étaient « plus productifs ou plus créatifs lorsqu’ils travaillaient dans des cafés », selon David Burkus, auteur de The Myths of Creativity Les mythes de la créativité). Comme les études le démontrent, ce n’est pas l’effet de la caféine, mais de la présence d’autres personnes. Le simple fait d’être entouré de gens qui travaillent peut nous motiver à en faire autant.

Surpeuplé, chaotique — et débordant d’inspiration. Heritage Images via Getty Images

En d’autres termes, la créativité est sociale.

Elle est aussi contextuelle. L’environnement bâti joue un rôle invisible mais crucial. Des chercheurs en architecture du Royaume-Uni ont découvert que la conception des salles de classe influence la vitesse d’apprentissage des élèves. Ils ont constaté que des éléments des classes, comme le mobilier et l’éclairage, ont autant d’effet sur l’apprentissage que les enseignants. Le même type d’éléments peut nourrir la créativité dans les cafés.

Construire en tenant compte de la créativité

Les bâtiments influencent de nombreuses fonctions humaines. La température et l’humidité, par exemple, agissent sur notre capacité de concentration. La lumière du jour a un effet positif sur la productivité, la gestion du stress et les fonctions immunitaires. De plus, la qualité de l’air, déterminée par les systèmes CVC ainsi que par la composition chimique des meubles et des matériaux intérieurs comme les tapis, affecte à la fois la santé respiratoire et mentale. On a même établi un lien entre la conception architecturale et le bonheur.

De même, un café bien pensé peut stimuler la créativité — et des rencontres imprévues peuvent engendrer des idées novatrices.

Deux cafés construits récemment, le Kilogram Coffee Shop en Indonésie et le Buckminster’s Cat Cafe à Buffalo, dans l’État de New York, ont été conçus pour permettre les interactions.

Le Buckminster’s Cat Cafe à Buffalo, dans l’État de New York. Florian Holzherr, Author provided

Ils ont tous deux une disposition ouverte et horizontale qui favorise l’encombrement et les rencontres fortuites. Le mobilier léger aux formes géométriques offre la possibilité de réorganiser les sièges, par exemple lorsqu’un ami arrive à l’improviste, et d’accueillir des groupes plus ou moins grands. On peut voir l’extérieur, ce qui invite au calme et à la rêverie. Et le bruit ambiant est modéré — ni trop fort ni trop faible —, ce qui induit la disfluence cognitive, un état de pensée profonde et réflective.

Rendre son âme aux cafés

Le philosophe Michel de Certeau avance que les espaces que nous occupons sont une toile de fond sur laquelle se produisent « un ensemble de possibilités » et « une improvisation » du quotidien ».

Lorsque la vie sociale bascule complètement dans le monde numérique, ces possibilités deviennent limitées. Les conversations sont organisées à l’avance, tandis que les discussions parallèles qui ont lieu avant ou après une réunion ou un événement ne sont plus possibles. Dans les visioconférences, les participants parlent à toute la salle ou à personne.

Pour les propriétaires de cafés, les employés et les clients, l’ère post-pandémique n’arrivera jamais assez vite. Si les clients s’arrêtent prétendument au café du coin pour une dose de caféine, le véritable attrait de l’endroit réside dans son esprit dynamique et animé.

This article was originally published in English

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