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Nourrir les moustiques avec du sucre les rend moins susceptibles de vous piquer– mais attendez avant de laisser traîner des friandises!

La tentation de manger une friandise sucrée peut souvent avoir raison de notre volonté. Mais ne vous inquiétez pas, nous ne sommes pas les seuls. Car cette substance saccharinée à laquelle notre bec sucré ne sait résister séduit tout aussi fortement les moustiques.

Et selon de nouvelles recherches, il se peut que le sucre puisse être bénéfique pour la santé en éloignant les parasites de nos parties corporelles riches en sang.

Mais ne commencez pas tout de suite à préparer de l’eau sucrée et à l'installer sur la véranda du chalet- car certaines données démontrent des effets contraires à ceux recherchés.

Nous savons depuis longtemps que le sucre est une source énergétique importante pour les moustiques. De fait, il est meilleur que le sang en tant que carburant pour le vol et des processus de survie fondamentaux. Seules les moustiques femelles se nourrissent au sang, car il fournit les éléments nutritifs essentiels à la production de leurs œufs.

Bien sûr, cette soif de sang est à la source de maladies terribles sur la planète, souvent dans les pays les moins outillés pour y faire face. Parmi les centaines de recherches qui se consacrent à réduire la menace présentée par les moustiques, une avenue prometteuse s’ouvre sur l’interaction entre leurs envies de sucre et de sang.

Cibler un gêne

Une nouvelle étude, publiée dans « Plos Biology », s’est donnée pour tâche d’enquêter précisément sur cela. Elle se concentre sur le moustique tigre asiatique (Aedes albopictus), une espèce envahissante infiltrée sur tous les continents, qui s’attaque de très près aux humains et est très difficile à éliminer, ce qui en fait un transmetteur particulièrement dangereux de maladies comme la fièvre de dengue, la fièvre jaune et le virus du Zika.

L’équipe de chercheurs a découvert que nourrir de jeunes moustiques tigre des solutions à base de sucre déclenchait une réaction physiologique identique à celle provoquée par l’ingestion de sang. De façon importante, cela a retardé leur quête de sang humain.

Fabriquer des œufs de moustique donne soif. 7th Son Studio/Shutterstock

Fait intéressant, les chercheurs se sont aperçus que le sucre augmentait la teneur en une protéine, la vitellogénine. Il s'agit d'une composante importante qui fournit les éléments nutritifs à la progéniture en gestation. Normalement, la vitellogénine est fabriquée lorsque les récepteurs détectent des substances nutritives sanguines récoltées par les moustiques.

En appliquant des tests d’interférence génétique, les chercheurs ont réussi à identifier un gêne spécifique associé à la vitellogénine, qui, lorsque éliminé, rétablit l’attirance des moustiques pour les humains. C’est excitant, car cela met en lumière la possibilité de cibler ce gêne afin de réduire la recherche d’un hôte, et de ce fait éviter la transmission d’infections mortelles à des millions d’individus… et des piqûres désagréables à des millions d'autres.

Tous les moustiques ne réagissent pas de la même façon

Ces travaux représentent une percée significative dans la compréhension des mécanismes physiologiques qui influencent le comportement alimentaire des moustiques. Il reste cependant beaucoup à faire. Comme le reconnaissent les auteurs eux-mêmes, nourrir les moustiques au sucre ne suffit pas à contrôler les épidémies en situation réelle.

Il y a bien des raisons à cela, mais la plus importante concerne la diversité des réactions des moustiques au sucre, car elle peut diverger de manière significative, même au sein d’une espèce unique. Par exemple, l’attirance envers les humains chez les jeunes moustiques adultes a décru lorsqu’on les a alimentés en sucre, mais chez les femelles plus âgées, cela a augmenté leurs réserves nutritives et elles sont demeurées fortement attirées par l’espèce humaine.

Ce n’est pas un résultat souhaitable. L’état de santé, la façon dont les larves de moustiques ont été nourries, le fait qu’il se soient accouplés ou non, et qu’ils se soient reproduits ou pas, sont autant de facteurs qui font varier l’effet du sucre sur leur comportement alimentaire.

Nourrir le moustique Anophèle au sucre n'est pas une bonne idée. Everett Historical/Shutterstock

Les choses se compliquent encore davantage lorsqu’on tient compte d’autres espèces. Par exemple, un taux élevé de vitellogénine affaiblit le système immunitaire du moustique africain porteur de la malaria (Anophèle gambiae) et de ce fait, le rend plus susceptible de contracter le virus et de transmettre la maladie. L’augmentation du taux de vitellogénine n’est donc évidemment pas une bonne idée.

Laisser traîner du sucre pour les moustiques peut repousser la piqûre des moustiques les plus jeunes, tout en rendant les plus âgés plus robustes et en affaiblissant les moyens de défense d’autres espèces. On peut cependant arriver à modifier génétiquement ou à soigner les moustiques tigres en utilisant des hormones qui augmentent le niveau de vitellogénine sans utiliser de sucre, ce qui permet d’éviter d’avoir à faire ce compromis.

Étant donné que dans la majorité des cas, ces moustiques contractent le pathogène de la maladie durant leur premier repas à base de sang, cette méthode de contrôle pourrait fortement retarder la première ingestion de sang, réduisant ainsi la durée de leur contagiosité.

Il est trop tôt pour évaluer l’efficacité de ces mesures de contrôle par la vitellogénine. Nous sommes encore loin d’apporter une réponse définitive. D’ici là, continuez à suivre les conseils de prudence lorsque vous voyagez. Et mettez votre chasse-moustiques lorsque vous allez au chalet.

This article was originally published in English

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