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Nous sommes plus enclins à suivre les restrictions sanitaires quand nos proches le font aussi

Un homme portant un masque à gaz et une femme portant.
Un homme portant un masque à gaz et une femme portant un masque filtrant l'air s'embrassent à leur fenêtre, sur la Côte d'Azur, le 24 mars 2020. Valéry Hache/AFP

Alors que le nombre de cas et de décès liés à la Covid-19 continue d’augmenter et que les campagnes de vaccination dessinent une possible sortie de crise, il est de plus en plus important, mais aussi difficile, d’encourager le respect des directives.

Les campagnes et les messages des dirigeants visant à encourager les personnes à suivre les mesures sanitaires, ont tenté de persuader le public que la menace est sérieuse et qu’il faut que chacun agisse à son échelle. Ces stratégies de communication qui tentent de contrer le « chacun pour soi » par le « chacun chez soi » montrent pourtant de sérieuses limites. Des décennies de recherche montrent que, lorsque les temps sont incertains ou menaçants, les gens adaptent leur comportement en fonction de ce que font ceux qui les entourent. Nombre d’études montrent ainsi que, pour que de nouvelles règles de conduite soient adoptées, il ne suffit pas de convaincre « chacun » de « faire le bon choix ». Même si ces nouvelles règles sont, au final, favorables à chacun d’entre nous, nous ne sommes prêts à les appliquer que si les autres le font aussi.

Pendant la pandémie, nombre de dirigeants européens semblent ainsi avoir fermé les yeux sur la profonde dimension collective du comportement humain, préférant en appeler à la conscience individuelle. Certains pays ont cependant pris un chemin différent : Singapour, la Chine et la Corée du Sud, mais également la Nouvelle-Zélande ou l’Australie, ont plus fortement accentué l’interdépendance et la cohésion sociale. Une campagne de santé néo-zélandaise invitait par exemple la population à « s’unir contre Covid ».

L’influence de nos proches sur nos comportements

Intriguées par ces différences nationales, nous avons conduit une étude pour déterminer les facteurs les plus susceptibles de conduire les citoyens de différents pays à adopter de nouvelles règles sanitaires durant cette crise. Notre étude s’est essentiellement focalisée sur la période de la « première vague », lorsque les restrictions étaient les plus nouvelles. D’avril à juin 2020, plus de 6500 participants de 110 pays ont répondu à notre enquête en ligne. Chaque personne y indiquait dans quelle mesure elles approuvaient et suivaient les directives liées au Covid-19 dans son propre pays, mais aussi dans quelles mesures leurs proches et leurs concitoyens en général approuvaient et suivaient ces directives. Cette enquête ne cherchait pas à comprendre le comportement réel de leurs proches ou de leurs concitoyens, mais plutôt à mettre en évidence ce que chacun pensait du comportement des autres. Ce point nous semblait crucial car il joue un grand rôle dans le respect ou non des règles sanitaires.

des masques faciaux
Une photo prise le 19 janvier 2021 montre des masques faciaux FFP2 et des masques d’artisanat séchant sur une corde à Givors, au milieu de la nouvelle pandémie de coronavirus. Jean‑Philippe Ksiakek/AFP

Nos résultats vont à l’encontre des hypothèses individualistes de nombreux gouvernements : les personnes les plus diligentes dans le suivi des directives ne sont pas celles qui sont le plus convaincues du bien-fondé de ces règles. Ce ne sont pas non plus celles qui sont personnellement les plus vulnérables : les personnes qui suivent les règles avec le plus d’assiduité sont celles qui pensent que leurs proches suivent les règles.

De plus, les personnes les plus vulnérables à la Covid-19 étaient plus susceptibles de suivre les directives si elles avaient un cercle social plus large. Ces résultats valent pour tous les groupes d’âge, hommes et femmes confondus, et pour tous les pays où nous avons conduit notre enquête. Ils sont également indépendants de la force des restrictions locales : que les restrictions soient souples ou fortes, l’influence sociale demeure centrale.

Et la nation dans tout cela ?

Qu’en est-il des concitoyens ? L’appel au patriotisme a aussi été un élément récurrent des discours présidentiels, mais nos résultats révèlent une nuance importante.

La nation remplirait un rôle similaire à celui de la famille, uniquement chez les personnes qui ressentent un fort lien avec leur pays : plus les autres citoyens semblent suivre les règles, plus les individus concernés sont disposés à les respecter.

Allocution d’Emmanuel Macron à propos du Covid-19 en France.

Les sentiments qu’éprouve une personne à l’égard de son pays peuvent jouer un rôle important dans sa réponse à la pandémie : un élément à prendre en compte lorsque les directives sont émises par des acteurs internationaux ou l’Europe. En 2018, les deux tiers des Français se déclaraient « seulement Français » ou « plus Français qu’Européens », laissant supposer que leurs comportements sont plus fortement influencés par leurs concitoyens, que par leur représentation des mesures à l’échelle européenne.

Nos résultats apportent un message clair : nous sommes des êtres socialisés, mais la façon dont nous nous socialisons est variée. La proximité affective et la taille de nos groupes de référence sont déterminants dans notre manière de faire société. Plus nos proches sont nombreux, plus nous sommes susceptibles de respecter de nouvelles normes sociales. Plus nos sentiments pour nos concitoyens sont faibles, moins nous nous préoccupons de ce qui se passe en dehors de notre cercle proche.

Pour une meilleure communication

Pour aller de l’avant, les messages publics doivent évoluer : au lieu de faire appel à la responsabilité ou aux vulnérabilités individuelles, l’accent doit être mis sur des valeurs communes. Les attaches locales, ou nationales de chacun, doivent être prises en considération.

Notre enquête a également révélé que : ce que nous nous représentons du comportement de nos proches est le facteur le plus déterminant de notre propre comportement. Nous sommes de fait plus sensibles à ce qu’ils font, qu’à ce qu’ils disent.

Il faut donc savoir construire des outils sociaux, qui utilisent à la fois nos connections sociales et nos représentations sociales : imaginer par exemple des applications anti-covid similaires aux applications « de partage » ou les joggeurs ou les personnes au régime, par exemple, échangent leur performance de course à pied ou leur décompte de calories. En nous indiquant si nos amis proches sont inscrits pour le vaccin ou combien de jours d’isolement ils ont respectés de façon stricte, nous serons encouragés à faire de même. Sur les médias sociaux, plutôt que de mettre en avant l’indignation des personnes qui ne respectent pas les règles, il serait plus efficace de fournir des exemples positifs de respect des règles, pour rallier plus de personnes.

Un point est évident dans notre lutte contre le virus : même lorsque le défi consiste à pratiquer la distanciation sociale, la proximité sociale est la solution.

This article was originally published in English

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