PMA et homoparentalité : que sait-on vraiment du développement des enfants de mères lesbiennes ?

La qualité des relations au sein du couple parental influe davantage sur le développement de l'enfant que la structure de la famille. Shutterstock

Le 24 septembre dernier a débuté à l’Assemblée nationale l’examen du projet de révision des lois de bioéthique. Parmi les mesures les plus débattues figure l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes (PMA, aussi désignée par le vocable médical « assistance médicale à la procréation » – AMP).

Or, dans un avis rendu public le 21 septembre, l’Académie de médecine qualifiait la « conception délibérée d’un enfant privé de père » de « rupture anthropologique majeure ». Elle affirmait que cette pratique n’était « pas sans risques » pour son « développement psychologique » et son « épanouissement ».

Que penser de cette position, alors même que le Comité consultatif national d’éthique ou du Conseil d’État se sont prononcés en faveur d’une ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules ? Est-elle « un peu datée », comme l’affirme la ministre de la Santé Agnès Buzyn, pour qui « considérer qu’il y a un lien direct entre défaut de construction de l’enfant et famille monoparentale est faux » ?

L’examen détaillé des recherches portant sur le développement des enfants de familles homoparentales suggère effectivement que la structure familiale n’a quasiment pas d’effet sur le développement psychologique. Quels sont les principaux enseignements à retenir de ces travaux, en particulier ceux portant sur les enfants de mères lesbiennes conçus par PMA, directement visées par les débats en cours au Parlement ?

Plusieurs décennies d’études

Les études relatives au développement des enfants de familles homoparentales sont disponibles depuis maintenant plusieurs dizaines d’années. Après avoir examiné en 2005 une recension des 30 premières années de recherche portant sur les enfants de familles homoparentales, nous nous sommes penchés sur les travaux liés à l’adoption par les couples homosexuels, puis plus récemment sur les études concernant les familles de mères lesbiennes ayant eu recours à l’AMP.

Outre leur nombre, bien évidemment en croissance, nous avons constaté, lors de nos diverses analyses, une évolution des études concernées. Nous avons pu relever trois caractéristiques majeures, partiellement articulées :

  • une modification des critères retenus pour attester du développement des enfants, adolescents ou adultes élevés au sein d’une famille homoparentale. Alors que les premières études mettaient par exemple fortement l’accent sur la question de possibles troubles du comportement ou sur celle de la « transmission » de l’homosexualité des parents homosexuels à leurs enfants (ce qui n’a jamais été démontré), les recherches plus récentes concernent davantage la qualité des relations au sein de la famille ;

  • une évolution des types de familles, selon leur mode de construction : les premières études visaient plutôt le développement des enfants de familles homoparentales conçus dans le cadre d’une union hétérosexuelle antérieure. Les suivantes se sont progressivement ouvertes aux enfants relevant de l’adoption, notamment suite à la loi du 17 mai 2013 ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. À présent, l’évolution des techniques de procréation médicalement assistée et l’accès possible des (futurs) parents aux dites techniques, dans un cadre légal ou non, oriente les recherches ayant pour objet les enfants issus de PMA ;

  • des progrès méthodologiques dans la conduite des études. Les chercheurs se sont notamment progressivement montrés plus attentifs aux critères qui président à l’élaboration des groupes comparatifs (par exemple, familles homoparentales versus familles monoparentales).

Concernant plus spécifiquement les enfants de mères lesbiennes conçus par PMA, nous avons identifié et analysé 16 publications internationales parues entre 1997 et 2017, portant sur 9 cohortes d’enfants vivant aux États-Unis (pour 6 études), en Europe (2 études) et en Israël (1 étude). Ces cohortes étaient constituées de 12 à 283 sujets, jeunes enfants, adolescents, ou adultes.

Absence d’effet de la structure familiale

Les critères développementaux classiquement retenus dans ce type de travaux sont de plusieurs types : problèmes de comportements « internalisés » (tels que dépression, anxiété, etc.), problèmes de comportement « externalisés » (délinquance, agression, prise de substances psychoactives…), estime de soi, compétences sociales.

Concernant les enfants issus de PMA élevés par des mères lesbiennes, le constat est celui d’une quasi-absence d’effet de la structure familiale sur le développement psychologique. Ces résultats sont conformes aux bilans précédents concernant les familles homoparentales, de façon générale ou dans le cadre de l’adoption. Au final, c’est surtout la qualité des relations au sein du couple parental, indépendamment de sa structure, qui apparaît être en lien avec la manifestation de problèmes comportementaux et d’adaptation sociale chez l’enfant lorsque ceux-ci existent.

Si la structure familiale se révèle, en tant que telle, une variable très faiblement explicative, qu’en est-il des effets de la qualité des relations intrafamiliales ? Les études semblent mettre au jour une tendance à une plus grande flexibilité et une meilleure communication au sein des familles homoparentales que dans les autres familles.

En matière de communication, justement, comment est vécue par les enfants la révélation de leur mode de conception ?

Une révélation bien accueillie

Dans les études que nous avons analysées, les enfants pouvaient être issus soit d’un donneur anonyme, soit d’un donneur dont l’identité pourra leur être révélée à leur majorité.

Premier constat : chez les plus jeunes, aucun lien spécifique n’est observé entre l’accès à l’information relative au donneur et des problèmes de comportement. Second constat : les adolescents de familles homoparentales semblent informés plus précocement de leur mode de conception que ceux des autres familles.

Cette connaissance n’affecte leurs relations avec leurs parents. D’une part, ils semblent en moyenne peu troublés par cette annonce, et d’autre part, plus ils sont informés jeunes et plus ils semblent à l’aise pour rechercher l’information relative à leur donneur. En outre, au sein des familles homoparentales les enfants semblent être plus soutenus pour le faire, et ils informent plus volontiers leur entourage familial de leurs démarches.

En abordant la question de l’adoption dans un article précédent, nous avions évoqué l’hypothèse un peu provocante d’un contexte non pas « à risque », mais potentiellement mieux préparé aux difficultés éventuelles d’une filiation spécifique. Elle pourrait être reformulée à l’identique ici.

Ce tableau globalement positif ne doit cependant pas faire oublier que les familles homoparentales peuvent se trouver confrontées à d’autres difficultés, en particulier en raison du rejet ou des discriminations sociales dont elles peuvent faire l’objet.

Au final, tout en renvoyant aux précautions méthodologiques et à la prudence que nous gardons toujours quant aux résultats produits, il nous semble important de souligner que les réserves fréquemment formulées à propos les familles homoparentales, telles que celles de l’Académie de médecine, sont paradoxales. Elles mettent en effet en avant la relativité méthodologique des données empiriques recueillies, sans toutefois jamais en produire de contradictoires.