Les personnes racialisées sont surreprésentées dans les travailleurs de première ligne. Ils n’ont souvent pas d’autre choix que de prendre les transports en commun. Ici, des usagers du métro de Montréal. La Presse Canadienne/Paul Chiasson

Pour connaître les points chauds de la Covid-19, il faut suivre les données raciales et sanitaires

Selon ce qu’on entend fréquemment, il semble que les personnes noires, racialisées et immigrantes ont été touchées de façon disproportionnée par la Covid-19 au Canada. Plusieurs immigrants et personnes racialisées se seraient retrouvés en première ligne à travailler dans des milieux plus exposés au coronavirus.

Beaucoup d’immigrants vivent regroupés dans des quartiers à forte densité de population où il est difficile de pratiquer la distanciation sociale, et où les logements sont petits et surpeuplées. C’est le cas de Montréal-Nord, à Montréal, le quartier le plus touché par la pandémie au Québec.

Des rapports démontrent que les communautés noires et immigrantes des États-Unis sont touchées de façon disproportionnée par la Covid-19. Mais beaucoup de gens pensent que c’est différent au Canada.

Après tout, le Canada dispose d’une couverture d’assurance maladie universelle, ce qui n’est pas le cas des États-Unis. Voilà des décennies que le Canada a adopté une politique de multiculturalisme, et on considère généralement (à tort) la discrimination raciale comme étant absente au Canada.

Influencés par cette vision des choses, de nombreux responsables gouvernementaux au Canada n’ont pas jugé nécessaire de collecter les données de la Covid-19 quant à la race. Ils ont également exclu les minorités raciales et les immigrants de leur liste des populations vulnérables au nouveau coronavirus.

Mais quelle est la véritable situation des minorités raciales et des immigrants au Canada depuis le début de la pandémie ?

Jusqu’à tout récemment, il n’existait aucune donnée permettant de répondre à cette question. Grâce à une utilisation des données de santé et de recensement, nous savons désormais que les communautés noires et immigrantes au Canada sont touchées de façon disproportionnée par la pandémie.

On considère généralement qu’il n’existe pas de discrimination raciale au Canada. Un homme à Miami pendant la pandémie de Covid-19. Frankie Cordoba/Unsplash

En combinant les données de la Covid-19 et celles du recensement

Notre équipe de recherche, basée au département de sociologie de l’Université Western, a testé ces visions concurrentes en combinant de façon créative les données existantes. Nous avons utilisé les données publiées par l’Agence de la santé publique du Canada sur la Covid-19 et celles du recensement sur la composition raciale et socioéconomique des régions sociosanitaires, des unités définies par les provinces canadiennes pour administrer les soins de santé.

À l’aide de ces informations, nous avons évalué la corrélation entre les facteurs raciaux et socioéconomiques et le taux d’infection et de mortalité lié à la Covid-19. Nos conclusions brossent un tableau qui se rapproche davantage des récits anecdotiques.

Le taux d’infection est nettement plus élevé dans les régions sociosanitaires où le pourcentage de résidents noirs est plus important. Un homme à Edmonton, en Alberta, portant un masque. Wells Chan/Unsplash

La pandémie de Covid-19 n’est pas « un grand égalisateur ». Les communautés noires et immigrantes du Canada sont touchées de façon disproportionnée par la maladie.

Nos conclusions démontrent que le taux d’infection à la Covid-19 est nettement plus élevé dans les régions sociosanitaires où la proportion de résidents noirs est plus importante. Il suffit que cette proportion soit plus élevée d’un pour cent pour doubler le taux d’infection au coronavirus dans une région. De la même manière, une augmentation d’un point de pourcentage de la proportion de résidents nés à l’étranger se traduit par une augmentation de 3 % du taux d’infection à la Covid-19.

C’est peut-être la raison pour laquelle Montréal, où les résidents noirs représentent 6,8 % de la population, est devenue l’un des épicentres de la pandémie au Canada. On remarque des situations semblables dans d’autres villes à forte population immigrée et noire, comme Toronto et Vancouver.

Nous avons également constaté que le nombre de décès liés à la Covid-19 est en général plus élevé dans les endroits avec une plus forte proportion de résidents de 65 ans et plus. De nombreuses études démontrent que la Covid-19 est plus mortelle chez les personnes âgées, et on sait que le taux de mortalité lié à la Covid-19 est tragiquement élevé dans les centres de soins de longue durée.

Points chauds de la Covid-19

Les régions sociosanitaires sont de grandes unités administratives responsables chacune des soins de santé d’environ 420 000 résidents. Elles sont trop vastes sur le plan géographique et trop hétérogènes sur le plan social pour qu’on puisse dresser un portrait général de leurs collectivités. Pour notre étude, nous avons donc subdivisé ces régions en zones plus petites afin de prédire la propagation de la Covid-19 dans les collectivités selon le profil racial, démographique et économique de leur population. Cette approche nous a permis d’établir plusieurs points chauds potentiels pour la Covid-19.

Les villes à forte concentration de résidents noirs et immigrants comme Hamilton, Vancouver et Montréal étaient particulièrement vulnérables. De plus, il se peut que d’autres collectivités soient plus vulnérables qu’on ne le pensait au départ.

Par exemple, les sables bitumineux du nord-est de l’Alberta, où l’industrie pétrolière a embauché de nombreux travailleurs migrants temporaires qui vivent dans des lieux surpeuplés, pourraient devenir un autre point chaud de la Covid-19. On pourrait en dire autant de l’ouest du Québec, qui abrite des sites miniers employant de nombreux travailleurs migrants temporaires.

Les travailleurs de la santé publique ont peut-être négligé le taux d’infection plus élevé dans les villes ontariennes situées à la frontière du Michigan, qui pourrait être en partie causé par leur proximité géographique avec des villes américaines comme Detroit.

Qui sont les plus vulnérables ?

Les collectivités abritent différents types de personnes. Les données existantes ne permettent pas de répondre à des questions telles que : les résidents blancs qui vivent dans des quartiers à forte population noire sont-ils moins vulnérables à la Covid-19 que leurs voisins noirs ?

Notre étude fait ressortir l’importance de recueillir des données individuelles sur les patients de la Covid-19, ainsi que pour des unités géographiques plus petites. Il est essentiel d’avoir des données individuelles pour déterminer comment cibler des ressources limitées et contenir la propagation du virus.

Fermer les yeux sur les inégalités raciales n’élimine pas les disparités. Stéphanie Vaudry/Flickr, CC BY-NC

Par notre étude, nous souhaitons souligner l’importance de reconnaître les défis des communautés noires et immigrantes au Canada, y compris leur vulnérabilité à la Covid-19. Sans cette reconnaissance, on risque d’exacerber les inégalités qu’elles connaissent.

Il est important de noter que les populations noires et immigrantes ne comptent pas parmi les « populations vulnérables » dans le Plan d’action Covid-19 du gouvernement de l’Ontario pour les personnes vulnérables. Ces groupes en ont été exclus, bien que leurs risques d’infection et de décès soient nettement plus élevés que ceux de certains groupes qu’on y présente comme vulnérables.

Les politiques visant à atténuer les conséquences de la Covid-19 ciblent à la fois des individus et des communautés. Si on ne remédie pas à cet oubli, les inégalités des communautés noires et immigrantes sur le plan de la santé pourraient s’accentuer.

Fermer les yeux sur les inégalités raciales n’élimine pas les disparités. Cela ne fait qu’éliminer les moyens d’y remédier.

This article was originally published in English

Want to write?

Write an article and join a growing community of more than 109,100 academics and researchers from 3,578 institutions.

Register now