Pour motiver votre enfant à lire, et si vous adoptiez un chien ?

Un chien constitue un public rassurant et bienveillant. Shutterstock

Il est rare que les questions relatives à l’apprentissage de la lecture quittent le champ de l’actualité. Cela n’a rien de surprenant – permettre à un enfant de devenir un bon lecteur est d’une importance primordiale si l’on veut lui donner plus de chances de réussite dans la vie. Il n’est pas non plus étonnant que la lecture s’inscrive dans un cercle vertueux : plus on lit, mieux on lit. Ce qui peut déconcerter en revanche, c’est que l’on fasse de plus en plus souvent appel à des chiens pour répondre aux inquiétudes sur ces enjeux de lecture.

De nombreuses recherches montrent que les enfants qui sont de grands lecteurs ont de meilleurs résultats scolaires.

Keith Stanovich, un spécialiste américain (et maintenant basé au Canada) mondialement reconnu sur les questions de littératie a écrit en 1986 un article qui a eu un large écho avec sa description de ce cercle vertueux comme « effet Matthieu » (une référence aux observations de Jésus dans le Nouveau Testament à propos de la propension des riches à devenir de plus en plus riches, et des pauvres à devenir de plus en plus pauvres). Une spirale décroissante a un impact sur les compétences de lecture et, par ricochet, selon Stanovitch, sur les compétences cognitives.

Au Royaume-Uni, où les contre-performances en lecture de certains groupes d’enfants ont été mises en avant par des études internationales, les gouvernements successifs ont tenté de différentes manières de résoudre le problème. Jusqu’à présent, faire la lecture à des chiens n’en a pas fait partie mais il est peut-être temps de considérer cette idée plus sérieusement.

Beaucoup d’enfants sont naturellement enclins à aimer la lecture, et ils n’ont pas besoin de trop d’encouragement pour persévérer dans cette voie – mais leur confiance en eux – et par là-même leur motivation – peut rapidement diminuer s’ils éprouvent des difficultés.

Dans quelle mesure les chiens peuvent-ils leur être d’une aide certaine ?

Une présence sans jugement

Par « faire la lecture à des chiens », on veut simplement dire : encourager les enfants à lire à côté d’un chien. Cette pratique est née aux États-Unis en 1999 à travers le programme « Reading Education Assistance Dogs », ou READ (comme chiens d’assistance à l’apprentissage de la lecture) et les initiatives de ce type se sont étendues à d’autres pays. Au Royaume-Uni, par exemple, le programme « Bark and Read » suscite un véritable enthousiasme.

La présence de chiens a un effet apaisant sur de nombreuses personnes – d’où leur participation à des programmes de thérapie. Le stress a tendance à gagner du terrain dans beaucoup d’écoles primaires et les enfants, comme les adultes, ne réagissent pas bien en général à ce genre de pression. Or un chien crée l’impression d’un environnement immédiatement plus détendu et accueillant.

La lecture peut être une activité solitaire, aussi bien qu’un événement social agréable et partagé. Les enfants qui ont du mal à lire profitent du plaisir de lire à un compagnon loyal et affectueux.

Quelle qu’en soit la raison, les enfants en difficulté avec la lecture ont besoin de construire leur confiance en eux pour retrouver la motivation de lire. Un chien constitue un public rassurant et bienveillant, qui ne sourcillera pas en cas d’erreur. Les enfants peuvent lui lire une histoire sans être interrompus et sans recevoir de remarques désagréables.

Il sera toujours possible de corriger leurs éventuelles erreurs dans un autre cadre, à un autre moment. Ceux qui ont déjà un niveau plus avancé vont oser commencer à travailler les intonations – sachant que le chien n’aura pas de réaction négative – et vont développer une fluidité qui les aidera à aiguiser encore leur capacité de compréhension.

Pour les enfants qui éprouvent des difficultés, renouer avec le plaisir de lire est très important. Comme l’a fait remarquer Marylyn Jager-Adams, une spécialiste des questions de littératie, dans son étude déterminante sur les lecteurs débutants aux États-Unis : « Si nous voulons que les enfants progressent en lecture, nous devons trouver un moyen de les inciter à lire beaucoup ».

Lire à un chien peut créer un équilibre utile avec des activités de soutien qui peuvent sembler moins attractives à un enfant. Les dyslexiques, par exemple, ont besoin d’une aide plus spécifique pour améliorer leur compréhension du code alphabétique (c’est-à-dire les correspondances entre sons et syllabes). Mais cela doit être contrebalancé par des activités qui favorisent la lecture autonome et le plaisir social, faute de quoi l’enfant peut vite se démotiver.

Un programme populaire

Briser un cercle vicieux conduira inévitablement à la création d’un cercle vertueux – et le fait de partager un bon livre avec un chien permet aux enfants de mettre en application leurs compétences de lecture dans un sens positif et agréable.

Les résultats des recherches sur ce point précis sont plutôt limités, malgré la popularité en hausse du programme. En 2016, la revue de quarante-huit études sur la lecture partagée avec les chiens a mis en avant quelques preuves d’une amélioration des compétences en lecture, mais ces preuves n’étaient pas assez solides. Il est donc clair qu’il faut poursuivre les recherches, mais l’intérêt autour de la question semble s’être accru grâce aux études de cas.

L’exemple souvent repris dans les médias est celui de Tony Nevett et de son lévrier Danny. L’intervention de Tony et Danny dans de nombreuses écoles a eu un impact non seulement sur la lecture mais aussi sur le bien-être et le comportement général des enfants ayant des besoins variés.

Ainsi, les chiens d’assistance à la lecture peuvent offrir de multiples avantages. Mais comme pour toute action ou intervention, il ne faut pas y voir la panacée. Cependant, dans un environnement stimulant pour le langage, il semble y avoir peu à perdre et beaucoup à gagner.

This article was originally published in English