Pourquoi il ne faut surtout pas négliger l'activité physique des enfants atteints de handicap moteur

La pratique d’une activité physique adaptée est importante pour les enfants en situation de handicap moteur. Shutterstock

Cet article a été co-écrit avec Francis Degache, directeur du pôle Recherche et Développement de l’institut MotionLab à Lausanne, en Suisse.


La conjonction de la sédentarité et d’une activité physique insuffisante serait le quatrième facteur de risque de décès dans le monde. Pour cette raison, l’Organisation mondiale de la Santé considère que lutter contre la première et promouvoir la seconde constituent des enjeux de santé publique majeurs.

Marcher, effectuer un travail physique, jouer, faire du sport… Toutes ces activités qui requièrent une dépense d’énergie permettent de lutter contre la sédentarité. Malheureusement, tout le monde ne peut pas s’y adonner. Les personnes en situation de handicap moteur, notamment, sont très exposées aux risques liés à la sédentarité.

C’est tout particulièrement le cas des enfants atteints par des pathologies qui affectent, parfois dès le plus jeune âge, leur mobilité, telle que paralysie cérébrale, spina bifida, arthrite juvénile idiopathique ou encore maladies neuro-musculaires. Correctement accompagnés, ils pourraient pourtant eux aussi récolter les bénéfices d’une activité physique adaptée, qui améliorera leur santé et leur condition physique.

Les enfants en situation de handicap moteur, une population particulièrement à risque

Du fait de leur pathologie, les enfants en situation de handicap moteur ont un risque accru d’être contraints à un mode de vie sédentaire et peu actifs. Conséquence : leur condition physique est altérée, et leurs performances sont moindres par rapport à celles d’enfants du même âge. Non seulement leur force musculaire ou leur souplesse sont défaillantes, mais ils sont aussi victimes de limitations cardio-respiratoires, alors même que le plus souvent, aucune déficience cardiaque n’est inhérente à leur maladie.

Il a ainsi été démontré que la santé cardio-vasculaire des adolescents et jeunes adultes atteints de paralysie cérébrale est moins bonne que celle de la population générale. En outre, leur sédentarité et leur inactivité les exposent à des risques accrus de développement de maladies non transmissibles telles que maladies cardio-vasculaires, cancers ou diabète à l’âge adulte.

À ces conséquences dramatiques s’ajoute le risque de perte de capacités motrices préalablement existantes, du fait d’une majoration de la fatigue et d’un manque d’entraînement. La menace est alors l’entrée dans un cercle vicieux de « déconditionnement » : les activités de la vie quotidienne devenant plus difficiles, elles sont moins pratiquées, ce qui entraîne une nouvelle diminution de l’activité physique, qui accroît les difficultés à la reprise d’un mode de vie actif.

La promotion de l’activité physique et la lutte contre la sédentarité doivent donc être mises en œuvre dès le plus jeune âge, spécifiquement chez ces enfants, pour leur éviter de perdre leurs capacités non entretenues.

Une excellente tolérance et des bénéfices majeurs

Les draisiennes adaptées au race running permettent aux enfants qui marchent mal de faire du sport. ComputerHotline/Wikimedia

Actuellement, les contre-indications à la pratique raisonnée de l’activité physique chez les enfants en situation de handicap moteur sont peu nombreuses, même si une vigilance particulière, se traduisant par une sélection des activités autorisées, peut être requise pour les enfants présentant des pathologies spécifiques. Par exemple, certains enfants présentant une myopathie (maladie du muscle) peuvent se voir préconiser uniquement des activités physiques peu intenses, ou des exercices de renforcement musculaire doux.

Le plus souvent, de très nombreuses activités sont possibles, avec une excellente tolérance ainsi que de très bonnes réactions et bénéfices. Chez les enfants présentant une paralysie cérébrale par exemple, la participation à de multiples sports et activités physiques, allant de la course à l’escalade et de l’escrime au surf, est possible. Dans certains cas cependant, des adaptations pour pouvoir permettre la participation des enfants, sont nécessaires, du fait de leur handicap moteur. Chez les enfants présentant des difficultés à la marche, le race running est très apprécié. Ce sport, à mi-chemin entre le vélo et la course à pied, se pratique grâce à des draisiennes adaptées.

Les bénéfices attendus de la mise en place d’un mode de vie actif et peu sédentaire sont les mêmes que dans la population générale : amélioration du bien-être psychologique, de la qualité de vie, et prévention de certaines maladies non transmissibles. Chez les enfants en situation de handicap moteur, d’autres avantages peuvent s’ajouter à ces bénéfices : lutte contre le cercle vicieux du déconditionnement, maintien voire amélioration de certaines capacités fonctionnelles, ou plus grande implication dans la vie sociale.

Le race running permet aux enfants et aux adultes qui ont des difficultés à marcher de pratiquer une activité sportive (vidéo en anglais).

En pratique !

Retrouver la capacité de mener à bien des tâches de la vie quotidienne, sans fatigue indue, implique un reconditionnement à l’effort en vue d’améliorer la condition physique générale. Des programmes spécifiques ont été développés pour y parvenir : programmes de renforcement musculaire, programmes de réentraînement à l’effort en aérobie et programmes mixtes. Grâce à eux, les enfants pourront améliorer leur condition physique et retrouver une plus ample réserve d’énergie, qui leur permettra de jouir de leurs loisirs et de faire face aux situations critiques imprévues.

Divers entraînements spécifiques sont préconisés pour atteindre cet objectif. Il faut notamment développer la filière aérobie, afin d’améliorer les capacités maximales aérobies des enfants. Cette filière permet de créer de l’énergie en utilisant l’oxygène. Elle est notamment utilisée dans les sports d’endurance tels que cyclisme sur route, course à pied sur de longues distances, etc. Les capacités musculaires périphériques des enfants devront également être améliorées, afin d’obtenir des gains de force significatifs. Tous les muscles du corps peuvent être ciblés, mais les muscles à entraîner dépendront des enfants et de leurs objectifs. Le but est de leur permettre de s’adonner correctement à leurs activités. Ainsi, pour un enfant souhaitant améliorer sa course, un travail au niveau des muscles des membres inférieurs sera plus spécifiquement réalisé.

On sait que ces entraînements spécifiques améliorent la condition physique des enfants en situation de handicap moteur. Leur limitation est qu’ils n’engendrent pas de modification des habitudes de vie. Autrement dit, après ces interventions, les enfants ne sont malheureusement pas plus actifs au quotidien. L’objectif des recherches en cours est notamment de déterminer les leviers à actionner pour avoir un impact sur lesdites habitudes de vie des enfants.

Poursuivre les efforts

Un des défis majeurs est de parvenir à mettre en place un mode de vie actif et peu sédentaire. En effet, même les enfants ayant participé à un programme de réentraînement courent un grand risque de se démotiver et d’arrêter leurs efforts. À ce sujet, il est important d’avoir conscience que le succès ou l’échec ne dépend pas uniquement de l’enfant : la participation aux activités physiques dépend grandement de l’environnement.

L’activité physique améliore non seulement la santé des enfants, mais aussi leur bien-être. Shutterstock

Il faut sensibiliser non seulement les enfants mais aussi leurs familles à l’importance de modifier leurs habitudes, et les aider à implémenter au quotidien ce nouveau mode de vie. À ce titre, la promotion de l’activité physique passe par un management individualisé et en sécurité, dans une ambiance rassurante et bienveillante. Les enfants doivent porter un regard positif sur leurs possibilités et capacités, prendre conscience de leurs progrès, le tout en s’amusant. De nouvelles interventions prometteuses sont actuellement évaluées pour y parvenir. Centrées sur les familles, individualisées, elles visent à accompagner l’enfant et sa famille vers l’atteinte d’objectifs de participation à des activités physiques et sportives.

Enfin, au-delà de l’environnement familial, il faudrait idéalement que tous les enfants puissent prendre part aux cours d’éducation physique et sportive à l’école, et bénéficient d’équipements sportifs adaptés et accessibles, y compris en fauteuil roulant. Pour les enfants dont les handicaps moteurs ne permettent pas la pratique des mêmes activités que les autres, de nouveaux dispositifs ou des adaptations de pratiques sont également à imaginer.