Pourquoi la RSE devient incontournable pour fixer la rémunération des dirigeants

Les critères RSE sont susceptibles de renforcer la transparence en matière de rémunération des dirigeants. Sabthai / Shutterstock

La polémique autour des indemnités de départ de l’ex-PDG de Carrefour, Georges Plassat, ne restera pas sans suite. En effet, l’Association française des entreprises privées (Afep) et l’organisation patronale Medef ont décidé de renforcer leur code commun de bonne conduite sur plusieurs points, en particulier la rémunération des dirigeants. Les deux organisations recommandent notamment d’intégrer plusieurs critères de RSE, mis en avant dans la loi PACTE, dans la détermination de la rémunération variable des dirigeants.

Limites des critères financiers

La rémunération variable correspond aux primes versées aux dirigeants sur la base de critères de performance. Ces derniers peuvent reposer sur des mesures comptables (rentabilité des capitaux propres, EBTIDA…) et/ou boursières (rendement de l’action, performance relative de l’action par rapport à l’indice boursier…). Toutefois, ces mesures peuvent faire l’objet de plusieurs critiques.

La rémunération des dirigeants peut en effet prendre de la valeur à la suite d’une hausse du cours, lorsque les marchés d’actions sont dans une période haussière, sans que les dirigeants ne soient en rien responsables de cette hausse. Par ailleurs, certaines mesures comptables peuvent amener à des niveaux inappropriés ces rémunérations. En 2002, alors que Vivendi Universal affichait une perte de 13,6 milliards d’euros, l’ancien dirigeant du groupe a pu bénéficier d’une augmentation de salaire grâce à sa rémunération variable calculée en grande partie à partir de l’EBTIDA. Or, celui-ci ne pouvait être plus favorable, compte tenu des acquisitions réalisées en 2001.

Rémunération des dirigeants et parties prenantes

D’une manière générale, la politique de rémunération des dirigeants est conçue en prenant en considération les intérêts des actionnaires. Mais, comme toute décision, celle qui concerne la rémunération des dirigeants peut avoir des conséquences pour l’ensemble des parties prenantes (salariés, créanciers, État…). Par exemple, les salariés risquent être découragés par l’écart existant entre leur propre rémunération et celle de leurs dirigeants. Les critères de performance doivent donc être crédibles et perçus comme fiables pour l’ensemble des parties prenantes.

L’intégration des critères RSE dans la rémunération variable des dirigeants peut justement répondre à ces exigences. Ces critères RSE sont en effet des composants importants de la gestion des risques et une source potentielle de création de valeur à long terme. C’est ainsi que les entreprises ont tendance à s’approprier certains critères RSE afin de retrouver une légitimité sociétale contestée depuis la crise financière de 2008, mais aussi pour multiplier les opportunités financières.

Intégration des critères RSE… La solution ?

Le recours aux critères RSE a une autre justification : faciliter la prise de décision des acteurs. Ces critères renvoient en effet à un nouvel éclairage du concept de la performance. Ils permettent en conséquence de favoriser une compréhension satisfaisante de la démarche stratégique de l’entreprise. Ils renseignent sur les risques sociétaux qui peuvent impacter la valeur du patrimoine de l’entreprise et qui sont donc susceptibles de déboucher sur des risques financiers. Ainsi, grâce au développement de sa dimension sociétale une entreprise serait en mesure de réduire efficacement ses risques de marché.

Dans ce cadre, de plus en plus d’entreprises françaises ont tendance à intégrer des critères RSE dans leurs politiques de rémunérations. Selon une étude réalisée par l’Orse et Pwc, le nombre de sociétés du CAC 40 intégrant les critères RSE dans la rémunération de leurs dirigeants n’a pas cessé d’augmenter les dix dernières années, passant de 10 % en 2006 à 70 % en 2015.

Les critères retenus concernent à la fois le social et l’environnement. Les entreprises attachent la plus grande importance à l’atténuation des risques liés à la santé et à la sécurité (dans 55 % des entreprises du CAC  40) puis au changement climatique (41 %). Viennent ensuite des préoccupations d’ordre éthique.

C’est pourquoi les critères RSE sont susceptibles de renforcer la transparence en matière de rémunération des dirigeants. Les intérêts des actionnaires mais aussi de l’ensemble des parties prenantes seront ainsi mieux protégés. En effet, les critères RSE envoient un signal positif dans la mesure où ils renseignent sur la manière dont l’entreprise est gérée dans son ensemble. Par conséquent, ils aident à prévoir la performance de l’entreprise à long terme.

Limites…

Toutefois, si les entreprises s’orientent vers une intégration réelle des critères RSE dans la rémunération variable de leurs dirigeants, plusieurs limites restent à surmonter : la complexité de mesurer certains indicateurs, la proportion qu’ils représentent dans le salaire variable du dirigeant, la pertinence de certains critères… N’oublions pas non plus que l’intégration des critères RSE peut être influencée par les votes des actionnaires (say on pay).

Mais il y a fort à parier que bon nombre d’entreprises vont suivre le mouvement et chercher à relever ces défis. Adopter un comportement socialement responsable est en effet susceptible de rendre les entreprises financièrement plus performantes. Et ce point-là fait aujourd’hui consensus.