Pourquoi The Conversation correspond à bien des attentes des universitaires

Lanuit des chercheurs. Université de Lorraine, Author provided

Née en 2012 de la fusion de quatre établissements, l’Université de Lorraine est une jeune institution qui a construit une politique visant à faire émerger une identité et culture largement partagées tout en s’interrogeant sur sa place dans la société en tant qu’établissement d’enseignement supérieur et de recherche. L’analyse de cette démarche éclaire à quel point l’ouverture d’une plateforme française de The Conversation arrive à point nommé pour le monde universitaire. Cette analyse est corroborée par les témoignages des premiers chercheurs lorrains à avoir signé des articles sur The Conversation.

Le dialogue des savoirs, « cœur de métier » de l’université

L’identité de l’Université de Lorraine se traduit par la signature institutionnelle « faire dialoguer les savoirs, c’est innover ». Pluridisciplinaire, l’établissement affiche son ambition interdisciplinaire comme la réponse à ce que la société attend de lui : innover pour favoriser l’esprit critique et celui de l’initiative, pour s’ouvrir à son environnement, pour développer sa capacité à créer de la valeur. « Nous devons intégrer tous les processus collaboratifs à notre disposition et ainsi abaisser les barrières pour créer de nouvelles valeurs et une nouvelle industrie dans notre région » affirmait Pierre Mutzenhardt, président de l’Université de Lorraine, le 20 novembre dernier lors du salon Osez l’économie de demain. La responsabilité sociale de l’université est ainsi placée au centre de son action.

C’est dans le cadre de cette stratégie d’établissement que le site web Factuel a vu le jour en novembre 2013. Ce média contributif a été déployé afin qu’étudiants et personnels de l’Université de Lorraine y partagent l’information autour de l’actualité des campus, formations, et laboratoires. En deux ans, une progression significative des contributions à Factuel en nombre comme en qualité a été constatée : sans réduire son activité de production de contenus, la direction de la communication n’est plus à l’origine que d’un quart des contenus publiés.

Une portée limitée à une communauté universitaire et à son territoire

Une série de reportages autour de projets de recherche exploratoire nous a permis de prendre conscience de la réalité du « dialogue des savoirs » pour bien des chercheurs, qu’ils soient engagés dans des projets aussi divers que la lutte contre le cancer, la mise en œuvre d’une filière hydrogène ou la réduction des déchets de l’industrie papetière (pour n’en citer que trois). Cette démarche de mise en visibilité du travail scientifique et d’ouverture au dialogue rencontrait toutefois une limite inhérente au média : son audience est restreinte par nature à la communauté universitaire et ses partenaires, dans le strict cadre du partage d’une information institutionnelle.

« Innovation », « ingénierie », « technologie », « entrepreneuriat », une partie des mots choisis pour exprimer certains aspects de la démarche de l’Université de Lorraine parlent aux partenaires socio-économiques, mais souvent moins aux universitaires des lettres, des arts ou des sciences humaines et sociales. Plus encore que leurs collègues en sciences dites « dures », les chercheurs en sciences « subtiles » sont contraints à des efforts de traduction pour que les fruits de leur démarche scientifique pèsent dans les choix de société. Bien que Factuel soit un carrefour pour les chercheurs de toutes disciplines à l’échelle d’un territoire, ce média ne peut déborder de ce périmètre.

The Conversation permet à l’université d’élargir son action

De par son titre comme de par sa ligne éditoriale et son modèle économique, la plateforme The Conversation est immédiatement apparue comme un outil incontournable pour prolonger la stratégie de l’établissement. Les chercheurs lorrains ne s’y sont pas trompés puisqu’ils signent en moyenne un article tous les deux jours. Dix d’entre eux ont été interrogés afin de comprendre les raisons de leur « engagement ».

« J’y ai trouvé un support intéressant pour publier des textes plus généralistes que ceux de mon blog sur livre-hebdo.fr » témoigne Claude Poissenot, tandis que Alexandre Hocquet se déclare « militant de la publication sous licences libres ou ouvertes telles que les Creative Commons », qui garantissent que les articles sont librement republiables.

La déclaration d’intérêt qui accompagne chaque article engage l’indépendance de ses auteurs. « J’ai une plus grande confiance lorsque je lis d’autres articles sur The Conversation » témoigne Dominique Macaire après avoir elle-même contribué. « Les articles que j’ai pu lire sur The Conversation couvrent mieux la complexité de la réalité que ceux auxquels nous habituent d’autres médias » renchérit Khadija Noura.

Un format accessible aux non-spécialistes

Tous s’accordent à dire qu’il s’agit avant tout d’élargir la diffusion des résultats de leurs recherches. Pour Yves Petit, « la recherche a besoin de ce genre d’outils pour être diffusée plus largement ». Comme le rappelle Laurent Husson, « les articles de vulgarisation font partie du métier d’enseignant-chercheur aujourd’hui ».

Plus coutumiers de l’écriture longue propre à la production scientifique, les chercheurs apprécient l’accompagnement prodigué par l’équipe de journalistes chevronnés qui anime The Conversation. « Les réactions de la famille ou des amis nous montrent que ce format leur parle » constate Hélène Delacour. « Les journalistes savent apporter de la légèreté et de la clarté au texte. Ils nous proposent des intertitres, des photos qui s’articulent bien avec le texte » ajoute Claude Poissenot. « Les retours positifs du journaliste sont valorisants : ça veut dire que j’ai été capable d’être compréhensible et de connecter mon travail de recherche à une question d’actualité » observe Luc Massou.

Un accès privilégié à la presse généraliste

« J’avais déjà tenté de soumettre une chronique dans la presse, ma suggestion est restée sans réponse » se souvient Sébastien Liarte dont la proposition d’intervention a immédiatement été suivie par l’équipe de The Conversation. Auparavant, seuls les initiés étaient en mesure d’accéder aux colonnes de la presse généraliste. « The Conversation m’a permis de fournir une explication d’universitaire sur un sujet qui n’aurait pas justifié une publication universitaire » ajoute Sébastien Liarte.

« On sait bien qu’on n’est pas assez présents pour le grand public et on a du mal à trouver des moyens de le faire. Là je pense qu’on a vraiment un médium adapté et très simple d’utilisation » concluait Manuel Ruiz-Lopez à l’issue de l’entretien. The Conversation permet de donner à la parole scientifique toute sa place dans le débat public et porte par là même un des enjeux sociétaux du lien entre l’Université et l’environnement dans lequel elle s’inscrit et évolue.