Professeur de sociologie de l’éducation, Université de Genève

Jean-Paul Payet a mené de nombreuses enquêtes sur l’école en milieu disqualifié, dans différents contextes nationaux (Afrique du Sud, France, Suisse, Tunisie). Recueillis avec une démarche ethnographique, les matériaux d’enquête permettent d’interroger le monde scolaire comme un monde pluriel et partiellement désordonné, fortement influencé par les contextes sociaux locaux en dépit d’intentions universalistes ou de normes standardisées. S’attachant à l’étude des mondes scolaires disqualifiés, le regard sociologique montre des acteurs ordinaires (enseignants, administrateurs de terrain, élèves, parents) aux prises avec des dilemmes moraux liés à la réalisation d’injonctions ou d’attentes contradictoires.

La gestion du stigmate par chacun des acteurs, professionnels ou profanes, forts ou faibles, engagés dans ces mondes scolaires, constitue le fil d’Ariane du travail de recherche. Au contraire d’une vision normative, la démarche ethnographique met en évidence la diversité des ressources et des registres d’action mobilisés par les acteurs en situation. La perspective interactionniste permet de comprendre comment les configurations relationnelles tantôt habilitent, tantôt désorientent, tantôt disqualifient les usagers et les professionnels. Elle vise à identifier les situations qui activent le stigmate dans les contacts mixtes ou à l’inverse celles qui permettent au professionnel d’entrer dans un processus de reconnaissance de l’autrui disqualifié.

Cette interrogation a conduit, au cours des récentes années, à un travail théorique tentant de définir les contours d’une « sociologie de la reconnaissance ». Celui-ci se déploie dans différents mondes institutionnels, au-delà des institutions scolaires et éducatives, dès lors qu’un travail sur autrui est à l’œuvre. Cette interrogation s’accompagne d’une réflexion éthique sur les conditions du travail de recherche en milieu disqualifié et sur ses usages par les pouvoirs établis.

Experience

  • –present
    Professeur de sociologie de l’éducation, Université de Genève