Quel sens donner à la chute des cours de bourse pendant la crise du Covid-19 ?

Si l’indice CAC 40 a chuté brutalement en mars dernier, les cours des actions des entreprises n’ont pourtant pas évolué de manière uniforme. Bertrand Guay / AFP

En à peine un mois, et avant même le début du confinement, l’indice boursier CAC 40 a perdu 40 % de sa valeur. Cette baisse fulgurante a d’ailleurs posé la question de la fermeture de la bourse.

Il est difficile d’établir quelle part de cette baisse est attribuable à une surréaction et quelle part relève d’anticipations rationnelles à savoir moins de bénéfices attendus et plus de risque du fait de l’incertitude sur la durée et la gravité de la pandémie.

Des travaux de recherche menés récemment se sont intéressés à l’évolution du cours de bourse de 437 entreprises françaises sur la période du 20 février au 16 mars 2020. L’objectif : examiner le lien entre la chute du cours de bourse des entreprises dans la crise et un grand nombre de caractéristiques : leur situation financière, la structure de leur actionnariat, leur gouvernance et leur responsabilité sociale et environnementale.

Des évolutions hétérogènes

Alors que la chute globale du CAC 40 a été conséquente, les cours de bourse des entreprises françaises n’ont pas baissé de manière uniforme. Quels sont les facteurs permettant d’expliquer ces différences ?

Valeur quotidienne en clôture du CAC 40 (échelle de gauche) et du Dow Jones Industrial (échelle de droite) du 2 janvier au 9 avril 2020. Wikimedia, CC BY-SA

Cette question est d’autant plus importante que, comme l’ont montré des études académiques, le cours de bourse a des effets réels sur les décisions des entreprises.

Par exemple, la baisse du cours de bourse liée à la crise du Covid-19 a d’ores et déjà poussé de nombreuses entreprises dans différents pays à opérer des changements importants de gouvernance via l’adoption de « pilules empoisonnées » (c’est-à-dire un instrument de défense contre une offre d’achat hostile).

Les résultats de nos travaux permettent de mieux comprendre les baisses de cours inégales observées.

Des facteurs structurels ?

Premièrement, au niveau sectoriel, les entreprises de l’énergie, du service à la personne et de l’automobile ont subi les pertes de valeur les plus importantes alors que les entreprises des télécommunications et de distribution de produits alimentaires ou de boissons s’en sortent relativement mieux.

Ces différences sectorielles reflètent, en lien avec la théorie financière, des différences de sensibilité aux fluctuations du marché (c’est-à-dire le « beta », coefficient de risque de l’action). Elles reflètent également des anticipations rationnelles divergentes concernant la capacité des entreprises à maintenir leur activité dans la crise du Covid-19.

Deuxièmement, les entreprises françaises ayant des niveaux élevés de dette et des niveaux faibles de profitabilité ont connu une chute plus importante de leur cours de bourse.

Si les avantages fiscaux liés à la dette sont souvent mis en avant (les charges d’intérêt étant déductibles), ces résultats rappellent que l’impact de chocs économiques est amplifié pour les entreprises plus endettées, comme ce fut déjà le cas lors de la crise financière de 2008.

Troisièmement, la structure de l’actionnariat a joué un rôle prépondérant. Les entreprises ayant une part importante d’investisseurs de court terme (ou d’investisseurs actifs) ont connu une chute de leur cours de bourse beaucoup plus forte.

Les investisseurs de court terme, qui ont tendance à vendre massivement leurs actions en périodes de crise, contribuent à accentuer la chute des cours, comme c’était, là encore, déjà le cas lors de la crise financière de 2008.

La présence d’une base actionnariale composée d’investisseurs avec une orientation et un engagement de long terme permet au cours de mieux résister en temps de crise. Ces derniers voient en général plus loin que le sentiment temporaire du marché et valorisent le potentiel de long terme de l’entreprise.

Difficile de dire si le marché a surréagi ou non face à l’incertitude autour de la situation sanitaire et économique liée à la pandémie de Covid-19.

En revanche, les résultats montrent que les chutes des cours de bourse des entreprises s’expliquent par certains facteurs dont l’importance est établie par de nombreux travaux académiques. En effet, si la crise du Covid-19 est sans précédent, les facteurs qui contribuent à amplifier son effet sur les entreprises sont en grande partie les mêmes que lors des crises financières précédentes.

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