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Quels principes éthiques respecter pour être un bon prof ?

L’exemplarité professorale n’est pas à chercher du côté de l’impossible perfection. Shutterstock

C’est quoi, au juste, être un bon professeur ? C’est d’abord, bien sûr, maîtriser la discipline que l’on enseigne, et savoir transmettre les connaissances qui la composent – cette aptitude à mettre en scène et en énigmes les savoirs étant ce qu’on appelle « l’expertise didactique ».

Mais, au-delà de ces compétences, c’est aussi une question d’attitude. Il s’agit de se comporter de manière respectueuse et attentive vis-à-vis d’autrui. C’est-à-dire d’être attentif à la fragilité et à aux difficultés de l’élève, respectueux de ses droits et de ses prérogatives.

On se situe là dans le champ de l’éthique, un enjeu qui est bel et bien au cœur du professionnalisme enseignant. Dans les instituts de formation des enseignants, les INSPE, des modules sont d’ailleurs consacrés depuis quelques années à cette facette du métier. Mais comment définir concrètement une conduite « éthique » ?

L’importance de la justice

C’est moins la tradition, qui a longtemps fait l’éloge du maître sévère mais juste, que les interrogations permanentes des élèves qui nous invitent à faire de la justice la vertu première.

Suis-je noté comme je le mérite ? Pourquoi participerais-je à une punition collective si je n’ai rien fait ? Ai-je été défavorisé par rapport à mon voisin de classe lors de la présentation d’un exposé ? Une sélection sur dossier sera-t-elle aussi impartiale qu’un examen ? Les objets de questionnement varient selon les âges, mais, quel que soit le niveau scolaire, cette question de justice est récurrente.


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Il faut l’envisager dans deux perspectives distinctes. D’une part, le professeur se rapporte à l’élève en tant que sujet de droits. Il respecte les textes officiels, donnant ainsi l’assurance aux élèves que tous seront traités de la même manière, dans le respect de leurs prérogatives, même quand ils seront sanctionnés.

D’autre part, il s’adresse aussi à des sujets apprenants qui, appréhendés cette fois sous l’angle de leurs capacités, apparaissent très différents les uns des autres. Ils n’ont pas les mêmes motivations ni les mêmes envies de réussir, ils n’ont pas eu les mêmes aides ni les mêmes soutiens. Cette différence, que l’on appelle parfois « rapport social et épistémique au savoir », l’école ne saurait y être indifférente.

Les interrogations permanentes des élèves nous invitent à faire de la justice la vertu première. Shutterstock

Devant accompagner des élèves qui ne partent pas dans la vie avec les mêmes chances, le maître juste sait aussi faire vivre la dialectique de l’égalité et de l’inégalité. Égalité dans les attentes et les objectifs fixés pour toute la classe ; mais inégalité dans les appuis et les étayages. Pour donner à tous les élèves l’opportunité d’atteindre les compétences visées, le professeur doit personnaliser leur accompagnement.

Il va donner plus d’attention à l’un dans telle situation, plus d’explications à l’autre dans tel autre cas. Il y a donc inégalité dans l’accompagnement au nom de difficultés d’apprentissage, certes contingentes, mais bien réelles. Le professeur doit savoir être au plus près de certains élèves ; savoir les suivre, les conseiller, les orienter pour les maintenir à l’étude.

Une présence éthique

Pour importante qu’elle est, la vertu de justice requiert la compagnie de deux autres vertus – la bienveillance, et le tact – pour que l’on puisse parler d’une présence éthique de l’enseignant.

Être présent, c’est être en résonance avec le groupe avec lequel on travaille. Être impliqué, pourrions-nous dire. La présence, c’est aussi savoir être là, dans l’immédiate actualité de ce qui arrive. Être disponible. La présence c’est enfin, ne l’oublions pas un art du présent au sens du cadeau, de ce que l’on donne : son énergie, ses compétences, son savoir.

Eirick Prairat : « Quelle éthique pour l’enseignant ? » (SNUipp FSU, 2016).

La présence, c’est une manière d’être, mieux, c’est une manière d’habiter la classe. C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre le philosophe Emmanuel Levinas lorsqu’il écrit que « le premier enseignement de l’enseignant, c’est sa présence même d’enseignant ».

À Hannah Arendt, grande philosophe allemande naturalisée américaine, qui dans La Crise de la culture affirme en une formule célèbre que vis-à-vis de l’élève, le maître se signale en disant : « Voici notre monde », Levinas lui répond plus modestement que le maître se signale en disant : « me voici ». Et ce « me voici » n’est pas un « j’assure » mais un « j’assume », ce n’est pas une prise de pouvoir mais une prise de risque.

Bienveillance et tact

Il s’agit ensuite d’agir avec bienveillance. Il n’est pas juste de dire, comme on a pu le faire, que cette vertu n’est que de la complaisance. Être bienveillant, ce n’est pas plaire, c’est prendre soin, c’est avoir compris que celui qui me fait face est fragile et vulnérable et que nous sommes tous d’ailleurs fragiles et vulnérables.

La bienveillance nous invite à apporter à l’élève confronté à l’inquiétude, à la désillusion et parfois même à la souffrance, une forme de réconfort. Quelques mots répétés, un aparté, des encouragements appuyés peuvent suffire. Ce n’est pas grand-chose mais c’est déjà beaucoup.

La troisième vertu est le tact, vertu relationnelle par excellence mais vertu discrète, presque invisible. Elle est à la fois sens de l’adresse et sens de l’à-propos. Sens de l’adresse car, quand je parle à Paul, je ne parle pas à Suzanne et, quand je parle à Suzanne, je ne parle pas à Mohamed. Mais aussi sens de l’à-propos : sens de ce qui doit être dit et comment cela doit être dit.


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Le tact est la vertu du « comment », comment on fait les choses, comment on les dit. Il se manifeste notamment quand le professeur doit rendre des travaux et les commenter. Évaluer sans dévaluer. Aussi, la parole professorale doit être une parole polie (mais sans pathos), faite de retenue (mais sans dissimulation) et chaleureuse (mais sans familiarité).

Perfectibilité

Justice, bienveillance, tact. L’éthique enseignante mêle ces trois vertus : la justice car elle est souci du collectif et des équilibres, la bienveillance car elle est souci de la personne singulière et le tact car il est le souci de la relation elle-même.

L’exemplarité professorale, la nécessaire exemplarité professorale, n’est pas à chercher du côté de la perfection, de l’impossible perfection. Rousseau l’avait bien vu :

« Une autre erreur que j’ai combattue mais qui ne sortira jamais des petits esprits, écrit le philosophe genevois, c’est d’affecter toujours la dignité magistrale et de vouloir passer pour un homme parfait dans l’esprit de votre disciple. […] Montrez vos faiblesses à votre élève si vous voulez le guérir des siennes ; qu’il voie en vous les mêmes combats qu’il éprouve, qu’il apprenne à se vaincre à votre exemple. »

L’exemplarité professorale est à chercher du côté d’une fidélité silencieuse à quelques grands principes. C’est cet engagement obstiné et sans emphase qui rend un professeur respectable aux yeux de ses élèves. Une exemplarité ordinaire. Tout professeur peut alors raisonnablement souscrire à cette conception non héroïque.

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