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Les aventures d'Harry Potter, surtout celles du tome 7 (Les reliques de la mort), prennent une nouvelle signification quand on les relit pendant la pandémie actuelle de Covid-19. Shutterstock

Relire Harry Potter en confinement donne un nouveau sens aux aventures du jeune sorcier

La franchise à succès Harry Potter n’aura pas connu sa meilleure année en 2020. Les commentaires transphobes de J.K. Rowling ont eu des retombées négatives de même que le remplacement de Johnny Depp, de la saga Animaux fantastiques, à la suite de ses déboires avec la justice.

Bien sûr, 2020 n’aura pas été la meilleure année pour personne en raison des consignes sanitaires imposées pour contrer la pandémie de Covid-19. Que cette série si chère au cœur d’une génération de lecteurs soit soudainement montrée du doigt au moment même où la population mondiale est confinée est tout à fait fortuit. Mais les ressemblances entre la situation actuelle et certaines intrigues de l’histoire du jeune sorcier n’en sont pas moins intéressantes.

Les intrigues des six premiers livres de la série Harry Potter se déroulaient à l’école de sorcellerie et de magie de Poudlard, un internat enchanté où règnent le danger, le mystère et la magie. Mais dans le septième livre, Harry Potter et les Reliques de la Mort, l’auteure a choisi de sortir Harry, Hermione et (parfois) Ron de leur cadre habituel, les coupant de leur routine quotidienne. Ils souffrent alors de solitude, du manque de ressources, de claustrophobie, de frustration et le nouvel ordre mondial auquel ils font face est terrifiant.

La bande annonce de Harry Potter et les Reliques de la Mort – Partie 1.

Transformer les symboles

En rétrospective, pour qui la relirait aujourd’hui, cette histoire publiée en 2007 présente d’étonnantes similitudes avec l’année 2020 – dont elle a tout, sauf les masques chirurgicaux.

Ces ressemblances peuvent sembler anecdotiques, mais elles renvoient à certaines théories littéraires, notamment à la théorie de l’épistémè du philosophe français Michel Foucault, au néo-historicisme de l’historien littéraire américain Stephen Greenblatt et à la théorie des ressources sémiotiques du sémioticien britannique Gunther Kress. Ces auteurs soulignent tous (d’une manière ou d’une autre) que le sens d’un texte dépend du contexte culturel qui l’entoure.

Le monde a changé et la signification culturelle de Harry Potter a changé avec lui.

Dans une société marquée par une pandémie, des phrases comme celle-ci : « L’immensité pure et sans couleur du ciel s’était étendue au-dessus de lui, indifférente à lui et à sa douleur », prennent une nouvelle dimension. Nous pouvons mieux nous identifier à Harry et comprendre son sentiment d’isolement et son anxiété. Les étudiants en 2020 sont particulièrement bien placés pour comprendre la détresse psychologique ressentie par le jeune sorcier du fait d’être coupé de sa vie à Poudlard.

L’interruption de son éducation, de son adolescence et de son cheminement vers le monde des adultes n’est que trop bien connue du collégien d’aujourd’hui, qui ne s’attendait certainement pas à ce que ses études soient bouleversées par un virus, pas plus que Harry aurait pu s’attendre à perdre sa dernière année à Poudlard à cause d’un coup d’État de Voldemort.

À la lumière de notre propre isolement, nous pouvons encore mieux comprendre et ressentir également chacune des victoires de Harry comme sa joie de retourner à Poudlard, de renverser Voldemort ou encore la profondeur de son amitié avec Hermione qui l’a soutenu dans les moments les plus difficiles.

La littérature revisitée

Ce phénomène n’est pas nouveau. Prenez par exemple le livre La Ferme des animaux, de George Orwell, un traité sur les dangers du communisme, et le roman 1984, une mise en garde contre la surveillance gouvernementale et le totalitarisme. Au plus fort de la guerre froide, La Ferme des animaux critiquait vertement l’hypocrisie des régimes communistes, une critique qui trouvait un écho auprès d’un public occidental confronté à la soi-disant « peur rouge ».

Le roman de George Orwell 1984 continue de prendre de l’importance, même si son contexte original n’est pas familier aux lecteurs contemporains. Shutterstock

Le potentiel immersif du roman La Ferme des animaux, qui se lit davantage comme une fable animalière pour un public peu connaissant de l’ex-URSS, s’est évanoui avec la fin de la guerre froide. Quant à 1984, le livre a connu un regain de popularité pendant la présidence de George W. Bush avec l’adoption du Patriot Act et les initiatives de surveillance qu’il contenait.

Le fait est que la longévité d’une histoire et l’héritage de son auteur sont profondément dépendants du contexte historique. Et comme l’auteur ne peut pas prévoir l’avenir, nous devons reconnaître le rôle du hasard en tant que « coauteur » de certains des ouvrages les plus aimés. Même Shakespeare lui-même a eu sa part d’heureuses coïncidences.

La relecture d’Harry Potter relèverait-elle du même phénomène littéraire ? Les œuvres de Shakespeare et d’Orwell acquièrent toutes deux de nouvelles significations au fur et à mesure que les temps changent, tout comme l’œuvre de J.K. Rowling témoigne d’un monde fictif et hors du temps, mais à la fois dynamique et engageant.

La perception du parcours de Harry Potter par chaque génération d’amateurs change et continuera de changer au rythme du monde qui nous entoure. L’idée selon laquelle les textes sont des entités immuables est une illusion.

C’est comme si Harry Potter avait été touché lui aussi par la pandémie et en avait été changé comme nous tous. Coincés à la maison, nous pouvons voir cette occasion comme un bon prétexte pour revisiter une œuvre autrefois aimée et la voir sous un nouveau jour.

This article was originally published in English

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