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Slow flowers : un nouveau concept pour relancer la production de fleurs françaises ?

Le marché aux fleurs de Rungis, en décembre 2012. Martin Bureau/AFP

Les producteurs français de fleurs coupées ont été à la fois victimes et bénéficiaires du confinement. Victimes, car ils se sont retrouvés privés de leurs principaux débouchés – les fleuristes et les grossistes – alors que la pleine saison commençait avec le printemps (exemple dans le Var avec les pivoines). Bénéficiaires, parce que leur profession a été médiatisée et soutenue par la vente en ligne alors que les importations étaient à l’arrêt.

Le confinement a ainsi permis de rappeler – comme c’est déjà le cas chaque 14 février, jour de la Saint-Valentin – que la majorité des fleurs coupées commercialisées en France vient de l’étranger en temps normal (290 861 000 € pour les importations en 2019 contre 10 339 000 € pour les exportations) et est difficilement traçable.

Aujourd’hui, elles sont produites en altitude en Afrique de l’Est et en Amérique du Sud. Plusieurs raisons expliquent cette relocalisation : un climat propice à une production en continu sur l’année, une main-d’œuvre peu chère, une ressource en eau accessible, des infrastructures de transport, etc.

Impact environnemental des cultures tropicales

La production française, elle, tend à disparaître. Il reste, en effet, moins de 400 producteurs en France actuellement (si l’on agrège le nombre de producteurs dont le chiffre d’affaires est à dominante fleurs coupées en 2016, 2017, ou 2018 suivant les régions) – dont plus de la moitié en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ils étaient 8 000 en 1985.

Une trop faible compétitivité par rapport aux producteurs étrangers et une pression foncière importante liée à l’étalement urbain semblent avoir eu raison d’une (très) grande partie des producteurs français.

Des études et articles se multiplient pour analyser les conséquences économiques et environnementales de la relocalisation tropicale de la production. Plusieurs décrient l’impact environnemental des cultures tropicales. Cette étude montre par exemple que l’impact carbone des fleurs britanniques produites en plein air est moindre que celles des fleurs d’importations néerlandaises produites sous serres chauffées et kenyanes sous serres froides.

Un ouvrier de la ferme horticole de Maridadi à Naivasha, au Kenya, en février 2015. 70 % des fleurs coupées produites au Kenya sont destinées au marché européen. Simon Maina/AFP

En réaction, plusieurs initiatives de soutien à la production française émergent ces dernières années. Parmi elles, le Slow Flowers occupe une place croissante dans les médias et semble de plus en plus à la mode ; mais qu’est-ce donc que ce mouvement et en quoi pourrait-il relancer la production française ?

Produire au rythme de la nature

Si l’on s’en tient à la traduction littérale, l’expression signifie « fleurs lentes ».

Les acteurs qui revendiquent l’appartenance au mouvement prônent une production au rythme de la nature, la plus respectueuse possible de l’environnement et des saisons ; et vendue le plus localement possible. Pour les puristes, seules les fleurs produites en plein air, sans produits chimiques et vendues à proximité de l’exploitation peuvent prétendre faire partie du mouvement Slow Flowers.

Mais d’autres considèrent qu’il est possible – voire nécessaire pour répondre à la demande – de cultiver des Slow Flowers sous serres avec des produits chimiques si besoin et/ou de les commercialiser dans tout le pays de production.

S’il peut paraître curieux d’utiliser des mots anglais pour parler d’un phénomène français, plusieurs raisons l’expliquent. D’abord, les termes font écho à Slow Food, « mouvement pour l’alimentation et la biodiversité » international qui, né en Italie en 1986, s’est rapidement fait connaître en France et dans le monde dans les années 1990-2000. Ensuite, les premiers à avoir parlé de Slow Flowers sont les Anglo-saxons. Enfin, cela démontre, de la part d’acteurs pourtant investis dans des actions locales, une volonté de dépasser les frontières pour s’associer à une cause commune.

Les termes sont utilisés tantôt pour désigner le mouvement international, tantôt des associations qui revendiquent l’appartenance au mouvement, ou alors les fleurs elles-mêmes.

Pas évident, donc, de savoir quoi ranger derrière l’expression Slow Flowers, qui s’apparente de plus en plus à un concept polysémique, voire flou – reproche qui est parfois fait au développement durable.

Large éventail d’initiatives

L’intérêt de ce nouveau concept est justement sa polysémie, car elle permet un espace de discussion, d’échanges et encadre un large éventail d’initiatives en faveur d’une relocalisation de la production de fleurs coupées dans différents pays occidentaux.

Manipulation du concept à des fins marketing pour valoriser toutes les fleurs françaises sans discernement sur les méthodes de production ? Peut-être en partie. Il n’empêche que plusieurs acteurs se reconnaissent dans ce terme et s’associent alors qu’ils restaient isolés jusque-là.

Élément révélateur, plusieurs structures tentent de fédérer des acteurs de la fleur coupée autour de ce mouvement : aux États-Unis (Slow Flowers Community, Floret’s Farmer-Florist Collective), au Royaume-Uni (Flowers From the Farm), aux Pays-Bas (Slow Flowers Nederland), en Belgique (Belgium Slow Flowers), en Italie (SlowFlowers Italy). Leur création est souvent le fruit de producteurs, de journalistes, ou les deux.

En France, c’est l’association de loi 1901 le Collectif de la fleur française qui tient ce rôle depuis janvier 2017. Sans pour autant faire l’unanimité, elle fédère un grand nombre d’acteurs français.

Ainsi, elle compte parmi ses membres des producteurs (fleurs coupées fraîches, séchées, comestibles et médicinales), des fleuristes, des entreprises de vente de fleurs en ligne, d’autres organisatrices d’évènements (mariages, enterrements) ou encore animatrices d’ateliers autour des fleurs.

Ces différentes structures ont deux points communs : elles sont françaises, et elles produisent et/ou commercialisent au moins 50 % de fleurs françaises. Sans cela, elles n’auraient pas pu adhérer à l’association. Ces critères sont importants car ils permettent au Collectif de la fleur française de proposer une définition concrète du Slow Flowers – tout en laissant aux adhérents la liberté de préférer une définition plus « stricte ».

Relocaliser la production française

En se regroupant, ces structures partagent des connaissances et des idées qu’elles diffusent auprès des citoyens et des pouvoirs publics. Les membres de l’association se sont en effet donné pour mission de fédérer, recenser, s’entraider, promouvoir, sensibiliser, et être force de proposition.

Toutes ces actions sont menées de manière collective par l’intermédiaire du Collectif de la fleur française ou individuellement par ses adhérents. Elles participent à la relocalisation de la production française de fleurs coupées.

Ce sont surtout des petites structures qui appartiennent au Collectif. Elles étaient jusqu’ici plutôt isolées dans leurs actions. À travers l’association, elles ont trouvé un espace d’échange nationalement, et plus localement via des antennes régionales.

De plus, de nouvelles structures de production et de nouveaux fleuristes s’installent et adhèrent à la fois au Collectif de la fleur française et au mouvement Slow Flowers. À l’inverse, des acteurs apparemment non adeptes du mouvement (grossistes, entreprises de vente en ligne) tentent de s’y associer, preuve supplémentaire de l’engouement pour le mouvement.

L’émergence du concept Slow Flowers pourrait donc aller de pair avec une relocalisation de la production.

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