Le laboratoire créatif

Un monde de possibilités… au bout des doigts

ian schneider unsplash.

Cette chronique est dans la droite ligne et se nourrit des recherches et rencontres publiées sur mon site Les cahiers de l’imaginaire.

Avant de commencer cette première chronique de l’année, je voudrais vous remercier, chers lecteurs. Vous avez été plus de 300 000 à vous plonger dans l’univers, parfois étonnant, du Laboratoire créatif en 2018.

Vous avez été 300 000 à me suivre sur les chemins de traverse, parfois sérieux, parfois plus fous, mais toujours créatifs. Cela fait plaisir !

Quel cadeau pourrais-je vous offrir pour que 2019 vous apporte ce qui vous rendrait le plus heureux, pour que votre année soit une mer de possibilités ?

Je cherchais… lorsqu’un membre de la tribu créative de La Nouvelle École de Créativité, Julie Desmarais, a partagé ses récentes lectures. Je venais de trouver ma réponse ! Parmi ces livres, un m’avait fait une forte impression lorsque je l’ai lu en 2015, The Art of Possibility.

Ce sera le thème des trois premières chroniques de 2019. J’espère que vous aimerez et que cela vous aidera.

C’est parti !

12 PRATIQUES POUR RÉUSSIR VOTRE VIE. PROMIS !

Chacun de nous, n’est-il pas à la recherche de cette force créatrice, cette muse intérieure, qui nous permet d’offrir le meilleur de nous-mêmes et de nos capacités ?

Si les circonstances de la vie nous placent dans un milieu où l’on est peu encouragé à rechercher ce qui est enfoui en nous et qui fera notre originalité, si nous sommes plutôt forcés à imiter les autres pour être aimés, acceptés et considérés selon les critères d’un monde de mesure où chacun est jaugé et comparé par rapport à la réussite des uns et des autres, ce chemin peut nous mener à une vie misérable.

ET SI ON ARRÊTAIT DE SE COMPARER AUX AUTRES !

Malgré la réussite, l’anxiété provoquée par un esprit compétitif dans un monde de mesure mène — même ceux qui atteignent les sommets — à un sentiment d’inquiétude où les moments de bonheur se raréfient. Car, dans un monde de mesure, il y a toujours plus riche, plus puissant et plus talentueux que soi !

Pour sortir du cercle infernal, Rosamund Stone Zander (spécialiste en thérapie familiale) et Benjamin Zander (chef d’orchestre du Philarmonique de Boston) suggèrent dans leur ouvrage, The Art of Possibility, douze pratiques écrites comme douze variations d’une longue phrase musicale. Les auteurs utilisent la musique comme principale métaphore et ça marche !

Bien que les pratiques énoncées soient claires, elles ne sont pas faciles à mettre en pratique au quotidien. Elles représentent, d’une part, un véritable exercice d’imagination. Il faut apprendre à redessiner un tout nouveau cadre de notre vie, dans les mêmes circonstances.

REDESSINONS LE CADRE !

Une fois le cadre redessiné, nous entrons de plain-pied dans un nouveau paradigme qui permet de voir autrement et de découvrir des sentiers qu’on n’aurait jamais pu entrevoir auparavant.

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LES 12 PRATIQUES DE L’ART DU POSSIBLE

Les 12 variations exigent une pratique assidue et une présence d’esprit incomparable. On ne devient pas un grand musicien sans de nombreuses heures de pratique. Il en va de même pour les douze pratiques de l’Art du possible.

Pour moi, ce livre est précieux. La transformation de soi (et du monde) ne peut venir que par l’expression créatrice de chacun. Toutes les formes d’art sont au cœur de ce mouvement. Le livre présente une vision (que je partage depuis longtemps) qui permet d’éliminer les luttes entre désirs individuels et collectifs, les luttes entre les hommes. Cela vous semble utopique ?

Il n’en est rien. Les auteurs le prouvent avec une multitude d’exemples. Tout est une question d’imagination et de pratique. Prêts pour un petit stretch d’évolution ?

Je commence avec les trois premières, chacune est suivie de petits exercices. Je poursuis dans la prochaine chronique pour les neuf manquantes.

Première pratique — Tout est inventé

C’est la plus importante. Toutes les autres variations en découlent. Elle consiste à comprendre comment notre cerveau fonctionne. Les neurosciences nous enseignent que notre cerveau construit le monde.

La limitation de nos sens ne nous permet pas de voir la réalité. Ce que nous voyons, ce qui rejoint notre conscience, est une cartographie de la vision du monde que notre cerveau construit à l’aide de tous nos sens. Même si on s’imagine avoir des sens très développés, plusieurs choses nous échappent.

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Les auteurs illustrent cela avec l’exemple de la grenouille qui ne peut voir ni les couleurs ni les formes. Elle peut voir clairement des lignes contrastées, des changements soudains d’éclairage, des grandes lignes en mouvement, les courbes de petits objets foncés qui se déplacent, mais elle ne verra jamais le visage de sa mère ni un coucher de soleil. Elle n’en a pas besoin pour survivre.

Les yeux humains voient évidemment beaucoup plus de choses, mais ne voient pas, par exemple, les configurations que dessinent les abeilles en lumière ultraviolette au-dessus des fleurs. Même chose pour les sons. Les chiens ont une ouïe beaucoup plus développée que celle des humains.

Notre carte mentale

Nous percevons seulement les choses pour lesquelles notre espèce est programmée. On ne reconnaît que ce qui apparaît sur notre carte mentale développée avec nos propres sensations, stimulations et expériences selon les milieux naturels et culturels dans lesquels nous évoluons.

Le monde se manifeste donc à notre conscience sous la forme d’une carte mentale pré-dessinée, une histoire déjà écrite, une hypothèse de vie et une construction de nos accomplissements à venir. Les récentes recherches sur le cerveau humain sont encourageantes. En constante évolution, c’est un organe qui ne vieillit pas. Il se renouvelle constamment grâce aux multiples connexions entre nos cellules. C’est un mouvement perpétuel entre cellules qui meurent et d’autres qui naissent.

Plus nous nous lançons des défis d’apprentissage, plus nous tentons de nouvelles expériences, plus nous sommes conscients de notre potentiel créatif, plus notre cerveau se développe et construit de nouveaux mondes.

Une histoire incroyable

Pour illustrer notre capacité d’évoluer et l’importance de nos milieux culturels, les auteurs racontent l’histoire d’une tribu d’Éthiopie, tenue à l’écart du monde, à qui on a présenté des photographies représentant des personnes et des animaux. Ce peuple était incapable de voir des images en deux dimensions. Ils ont touché le papier, l’ont froissé, l’ont même goûté. Notre cerveau et notre carte mentale évoluent avec nos pratiques et nos inventions.

Les grandes mutations

Dans un monde newtonien, les courbes de l’espace et du temps de la théorie de la relativité d’Einstein étaient encore invisibles dans les cartographies mentales de l’époque. Einstein ne fait pas mentir Newton. Il rend simplement visible un nouveau paradigme. La théorie de Newton reste toujours exacte selon certains paramètres. Les auteurs constatent que souvent les théories font, d’une certaine manière, évoluer les pratiques en ouvrant un nouveau sentier possible où l’on ose s’aventurer.

L’histoire des grandes mutations comme Internet, par exemple, ou un changement de paradigme en science ou le développement d’une nouvelle religion montre que c’est davantage par des pratiques continues que les choses se transforment plutôt que suite à de longues discussions.

À partir du moment, où l’on prend conscience que tout est inventé, cela ouvre de nouvelles perspectives. Le monde de mesure est un monde que nous avons inventé. Il est donc possible d’en inventer un autre.

— No.1 Tout est inventé

1) Quelles sont les hypothèses que je fais (souvent à mon insu) par rapport à ce que je vois ?

2) Qu’est-ce que je pourrais inventer — que je n’ai pas encore inventé — et qui me donnerait d’autres choix ?

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Deuxième pratique — Marcher dans l’univers des possibles.

Pour illustrer cette pratique, les auteurs décrivent le monde de la mesure dans lequel nous vivons. Un monde où les ressources se font de plus en plus rares. Un monde où la peur du manque encourage certains à accumuler des richesses plus que nécessaire. Un monde où pour réussir et survivre, il faut du pouvoir et de l’argent. Un monde où l’on doit cultiver un esprit alerte pour percevoir les dangers qui peuvent nous conduire à notre perte, une intelligence stratégique pour cumuler toujours plus de pouvoir et de richesse, entretenir de bonnes relations avec les personnes fortunées et puissantes ou celles qui peuvent nous aider à gravir les échelons.

Un monde hiérarchique dans lequel on doit être capable d’évaluer les forces et les faiblesses des autres et acquérir la connaissance nécessaire pour prendre possession des ressources. Un monde où l’on doit être sur nos gardes, toujours méfiants. Un monde où l’on doit être le premier. Un jeu de compétition où l’échec est mal vu.

Une grande tarte

Pour représenter le monde de la mesure, les auteurs nous proposent d’imaginer une grande tarte. Si l’on prend une pointe, elle n’est plus disponible pour les autres. Le monde de la mesure est un monde de rareté. Un monde où on marche sur un champ de mines qui peut exploser à tout moment.

Pour survivre dans un monde de mesure, il faut être en contrôle avec un bon GPS et de bons indicateurs pour prévoir et anticiper les dangers. Nous sommes éduqués ainsi en comparant et en mesurant ce que les autres ont ou n’ont pas. Nous accordons de la valeur à ceux qui ont le plus de richesse. Dans ce monde hiérarchique, plus nous sommes en haut de la pyramide, plus nous avons de la valeur. C’est un monde dans lequel même les plus fortunés et les plus puissants sont angoissés, car il risque toujours de perdre leur place.

Mais on peut aussi décider de marcher, écrivent Rosamund et Benjamin Zander, dans l’univers des possibles où tout est infini et abondant. Un monde où l’on acquiert notre connaissance grâce à l’invention. Un monde qui engendre la vie, crée des idées nouvelles, participe consciemment à une tarte qui, même si on en prend un morceau, redevient entière, se renouvelant constamment.

Un monde de contribution

C’est un monde de contribution, de joie, de passion et de compassion. Un monde où ce ne sont plus les personnes ou les objets qui sont importants, mais la qualité des relations entre les personnes et les objets. Un monde dynamique et vivant qui a dépassé l’instinct de survie pour une joie de vivre, de créer et de contribuer ensemble.

Selon Rosamund et Benjamin Zander, pour marcher dans l’univers des possibles, il faut d’abord percevoir les contours de ce monde de mesure dans lequel on s’enferme afin de pouvoir dessiner un nouveau cadre ouvert comme dans le jeu des neuf points.

Rosamund et Benjamin Zander illustrent cela par l’exercice des neuf points. Si vous le ne connaissez pas, vous pouvez essayer. La règle du jeu : Vous devrez relier les points par quatre traits sans déposer votre crayon.

Screen Shot at PM.

La plupart d’entre nous, formons un carré. Eh oui, c’est de là que vient l’expression populaire : Penser _Out of the box _ !

— No. 2 Marcher dans l’univers des possibles

En quoi mes pensées et mes actions du moment reflètent-elles le monde de la mesure ?

Illustration de l’artiste Pierre Guité (Extraite du livre-PiraterSaVie avec Sylvie Gendreau.

Troisième pratique — Attribuer des A

Après plus de 25 ans d’enseignement, Benjamin Zander constatait toujours le même état anxieux de ses élèves le jour de l’examen. Malgré ses tentatives pour les rassurer en leur disant qu’en appliquant ce qu’ils avaient appris et pratiqué pendant l’année, tout se passerait bien le jour de l’examen, rien n’y faisait.

Et c’est bien connu, anxieux, on n’écoute plus ses intuitions ni son cœur, on joue donc moins bien ! Un musicien obsédé par la compétition ne prendra pas les risques nécessaires qui transformeraient sa performance régulière en performance exceptionnelle.

Avec Rosamund, comme ils ont toujours l’habitude de le faire, ils ont ré-examiné le problème en dessinant un cadre qui ouvrirait une nouvelle porte de possibles aux élèves. Qu’est-ce qui pourrait les libérer et leur permettre d’améliorer leur performance ?

N’accorder aucune note (même si le conservatoire acceptait la proposition) dans le monde de la mesure dans lequel ils évoluent, dévaloriserait probablement le cours à leurs yeux.

L’idée qu’ils ont eue ?

Attribuer un A à tous dès la rentrée, moyennant une condition : ils doivent écrire une lettre : _Cher M. Zander, j’ai reçu mon A parce que… _

En écrivant leur lettre, ils doivent s’imaginer à la fin de l’année, comme s’il constatait le chemin parcouru. Il est interdit d’utiliser des mots comme j’espère, je souhaite, j’ai l’intention de… Les verbes doivent tous être au passé. Et leur enseignant ajoute qu’il s’intéresse particulièrement à leurs attitudes, les émotions qu’ils ont ressenties et leur vision de la personne qu’ils sont devenues après avoir accompli tout ce qu’il souhaitait accomplir. Il leur dit qu’il veut qu’il tombe passionnément amoureux de cette personne !

Benjamin Zander partage quelques lettres très touchantes de ses élèves, montrant à quel point cet exercice est un levier pour avancer dans la bonne direction. L’autre élément qu’il suggère et que je trouve formidable, c’est concernant les erreurs.

Il demande à ses élèves lorsqu’ils commettent une erreur de lever leur bras et de dire : Comme c’est fascinant !

Au lieu de se sentir coupable d’avoir commis une erreur et d’essayer de la camoufler, on l’accueille au grand jour et on en tire déjà une première leçon.

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Pour une performance extraordinaire

Cette approche permet à l’enseignant et à l’élève de faire équipe pour une performance extraordinaire et rapproche les élèves entre eux qui partagent leurs visions. Ils se focalisent sur les défis à relever et s’encouragent les uns les autres au lieu de nourrir un esprit féroce de compétition. Sans visions, nous sommes régis par nos agendas et nous retombons dans un monde de mesure. On se juge soi-même et on juge les autres avec un esprit calculateur.

Benjamin Zander prévient toutefois ses élèves du danger qu’il appelle les seconds violons. Certains peuvent se dire que puisqu’ils ont leur A, ils sont trop occupés pour assister à tous les cours, ils ont autres choses à faire de plus urgent ou de plus important et que, de toute façon, leur absence passera inaperçue.

Le vrai leader dans un quatuor, explique le chef d’orchestre, est le second violon. Sa partie contient le rythme interne et les harmonies qui solidifient et apportent la clarté à l’ensemble. Tous les joueurs participent simultanément à cette harmonie. Tout est une question d’invention. Chacun a un rôle tout aussi important. Chaque musicien, dans un concert, a un rôle primordial et il doit en être convaincu.

Vous avez probablement deviné en quoi consiste la troisième pratique ?

Nous devrions tous nous attribuer des A et en attribuer à toutes les personnes qui nous entourent pour leur permettre de développer le plus pleinement possible leur potentiel.

— No. 3 Attribuer des A

À soi-même et aux autres.

Écrire une lettre au temps passé, décrivant nos émotions et nos attitudes lors de l’accomplissement de ce que nous souhaitions accomplir. Soyons amoureux de cette personne. Inviter ceux qui nous entourent à faire le même exercice.

Voilà, déjà avec ça nous avons du pain sur la planche. Je poursuis dans ma prochaine chronique pour que 2019 soit notre année de possibilités !

Bien sûr, vous avez compris que je vous ai déjà tous attribué des A.

Si vous avez manqué les exercices les plus populaires de 2018 de mon Cahier d’exercices, je les ai regroupés ici.