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Violences sexuelles : l’importance du soutien dit « informel »

Manifestation contre les violences faites aux femmes le 23 novembre 2019 à Marseille. Clément Mahoudeau / AFP

Les violences sexuelles, qu’il s’agisse d’infractions à caractère sexuel (dont l’agression sexuelle et le viol) ou de faits non judiciarisés, constituent un problème social majeur dont les conséquences, notamment humaines, sont considérables. Souvent, c’est à des proches que les victimes se confient en premier lieu, ce qui interroge sur la manière dont ceux-ci peuvent y répondre de manière adaptée.

Bien qu’il soit acquis que la prévalence des violences reste largement sous-estimée dans les données officielles, les études et enquêtes permettent de mieux en saisir l’ampleur. Les données internationales indiquent ainsi qu’une femme sur cinq à une femme sur trois serait victime de violences sexuelles au cours de sa vie.

Par ailleurs, les études disponibles indiquent que si les hommes sont moins touchés (ou déclarent être moins touchés), ces derniers peuvent également être victimes de violences sexuelles.

Conséquences à très long terme

En plus de problèmes importants sur le plan de la santé, physique et mentale (dont des symptômes de stress post-traumatique ou des manifestations cliniques apparentées), les conséquences des violences sexuelles peuvent se manifester dans différentes sphères de vie : dans le champ familial, social, et/ou dans celui de l’intimité.

Ainsi, peuvent intervenir un isolement ou un désengagement des relations sociales, mais aussi professionnelles et économiques (notamment au travers d’un retour difficile à l’emploi ou d’une perte de productivité).

Par ailleurs, des études soulignent l’impact des violences sexuelles sur la parentalité, suggérant de possibles conséquences à long, et très long terme, voire « transgénérationnelles », c’est-à-dire sur plusieurs générations. D’où la nécessité de considérer les violences sexuelles comme un problème de santé publique.

La reconstruction des victimes, aussi bien sur le plan physique que mental, est un processus long, difficile et qui peut rarement être mené seul·e. La révélation ou divulgation, c’est-à-dire le fait de pouvoir parler des violences subies, constitue généralement une étape importante de ce processus de reconstruction dans la mesure où elle facilite le fait de solliciter une aide ou un soutien.

Moins de 10 % des victimes portent plainte

À cet égard, certains rapports suggèrent que si la plupart des victimes – de l’ordre de 60 à 70 % [selon l’enquête sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire menée auprès de 6 universités québécoises]- révèlent les violences subies, elles le font très peu – du moins dans un premier temps – auprès d’acteurs « formels » ou « officiels » tels que la police ou la gendarmerie, les professionnels de santé, ou encore les membres du personnel ou des représentants institutionnels.

À titre d’illustration, et sur la seule infraction de viol (sans inclure les autres formes de violences sexuelles), le dernier rapport publié par le Haut Conseil à l’Égalité entre les hommes et les femmes rapporte qu’en France, moins de 10 % des 84 000 femmes se déclarant victimes de viol ou de tentative de viol déposent plainte.

Dans la grande majorité des situations, les personnes victimes privilégient donc un soutien dit « informel », notamment les ami·e·s et la famille, pour parler des violences subies.

Elles anticipent généralement davantage de réactions d’empathie de la part de ces proches, alors que le dépôt de plainte (ou le signalement institutionnel) est perçu comme pouvant avoir des effets néfastes : crainte de ne pas être cru·e, ou du moins de voir la véracité des faits rapportés questionnée.

Écoute bienveillante

Outre une réflexion nécessaire quant à la crainte, voire la méfiance, des victimes à l’égard des autorités judiciaires et institutionnelles, la préférence portée aux soutiens « informels » pose la question de la capacité de tout un chacun de pouvoir recevoir la parole des personnes victimes de violences et y répondre de manière adaptée.

En effet, si la révélation des violences subies constitue une étape importante dans le processus de reconstruction, la manière dont la parole des victimes est reçue est un élément déterminant.

Lorsque les réactions et comportements ne rencontrent pas les attentes des personnes victimes, voire sont négatifs (par exemple, une forme d’attribution du blâme à la victime, de déresponsabilisation de l’auteur, ou de manque général d’empathie), les effets peuvent être extrêmement délétères.

Parmi les conséquences possibles, les symptômes cliniques et problèmes de santé peuvent être exacerbés, les victimes peuvent être amenées à se « murer » dans le silence pour plusieurs années et par là, à faire face seules au traumatisme des violences subies.

À l’inverse, des réactions positives, marquées par une écoute bienveillante, une absence de jugement ou simplement une non-remise en question des faits rapportés, sont susceptibles de soutenir le processus de reconstruction, aussi bien sur le plan mental que physique.

Ces réactions positives encouragent la recherche d’aide auprès de professionnels de santé, et peuvent favoriser un dépôt de plainte et/ou un signalement institutionnel ultérieur lorsque les personnes victimes souhaitent le faire.

Quelles implications ?

Aussi, l’accompagnement ne passe pas que par un développement des ressources institutionnelles, mais implique également de former, ou du moins de sensibiliser tout un chacun sur la réalité des violences sexuelles.

En effet, les quelques études disponibles indiquent que si les personnes qui reçoivent la parole des victimes sont – dans la très grande majorité des situations – fondamentalement bien intentionnées elles peuvent ne pas toujours savoir comment réagir, quoi dire ou comment le dire.

Dans ces situations, il peut arriver que les réactions se basent sur des représentations erronées quant aux violences sexuelles. Certain·e·s interrogent par exemple la relation entre l’auteur·e. et la victime, la manière dont la victime se comportait à son égard. D’autres demandent si l’agresseur était armé·e ou a utilisé la force physique, ou bien encore minimisent la gravité des faits rapportés.

Il est crucial de rappeler les effets négatifs de ces réactions, du type « ce n’est pas si grave », ou « essaie d’oublier et passe à autre chose ». Au regard des attentes de la majorité des personnes victimes, une écoute proactive – « je suis là pour toi, je t’écoute », ou simplement une écoute bienveillante – « je te crois », doivent être privilégiées.

Créer des conditions propices

Alors que les violences sexuelles constituent un problème social majeur, il est nécessaire de créer des conditions propices pour que des victimes, lorsqu’elles le souhaitent, puissent parler des violences subies. Sans nier l’importance que peut représenter le dépôt de plainte ou le signalement institutionnel, il faut :

  • Pouvoir entendre, et accepter que pour certaines victimes, le processus de reconstruction ne passe pas par ces actions ;

  • Être conscient du fait que dans la majorité des situations, la révélation est d’abord faite auprès d’ami·e·s et/ou de membres de la famille.

  • Parce que leur réaction est fondamentale dans le processus de reconstruction des victimes, mais également parce qu’il ne peut pas être attendu que cela « va de soi » ou qu’il soit facile d’entendre la réalité des violences sexuelles, des efforts doivent également être consacrés à la sensibilisation des personnes quant à la manière d’entendre la parole et accompagner les victimes.

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