Witchy, le robot au secours de la citoyenneté à l’école

Witchy peut reproduire des émotions. Fabien Dworczak, Author provided

La robotique, aujourd’hui, propose un micro-monde d’apprentissage tangible, motivant, avec de multiples implications, extensions… En liant le monde numérique et le monde physique, en initiant à une technologie nouvelle, elle est, aussi, un champ privilégié d’application de l’algorithmique et de la programmation.

Dans le processus de construction des « identités » de tout individu, la socialisation a pour but l’acquisition d’un certain nombre de codes symboliques, de normes ou de conduites, qui permettront à cet individu de développer des relations sociales et de former des groupes sociaux. Il importera alors de fournir aux enfants, aux élèves déroutés parfois, des valeurs qui dynamiseront et réguleront leur action.

En ce sens, un programme clair et explicite d’éducation civique et morale et d’éducation à la laïcité pourra aider à recomposer un tissu social déchiré, dans la mesure où une réflexion informée et exigeante, sans concession mais sans raideur, ferme sur les principes mais ouverte au pluralisme, en sera une condition. Et, dans ce contexte, même si cela n’est pas forcément une évidence, la robotique pourrait aider…

Robotique et jugement moral

Un projet recherche-développement a pu se concrétiser dans une école lyonnaise et une problématique nouvelle s’est exprimée : comment une recherche-développement en robotique et numérique, avec les élèves, pourrait-elle aider à intégrer le principe de laïcité ?

L’objectif serait, aussi, de s’inspirer de la méthode et de l’éthique de la recherche comme paradigme des apprentissages en adoptant une démarche d’investigation, mettant les élèves en situation de recherche.

En prenant modèle sur la recherche, la culture scolaire renoue avec la rigueur de la démarche, le développement de l’esprit critique, la volonté d’explorer l’inconnu et d’innover, la créativité et la collaboration.

Le robot, de par ses « émotions », ses « attitudes », « personnage » attentif aux autres, mais en situation fictive, peut conduire le groupe à traiter de questions et de dilemmes qui donnent à chacun la possibilité de construire son « jugement moral ».

Pratiques participatives

Le projet « recherche et développement », avec son objectif de numérisation des « conduites » d’un robot, est un projet coopératif (entreprise-école) qui pourrait donc susciter la démocratie, la prise de responsabilité et l’engagement personnel et collectif dans les pratiques participatives en mobilisant l’empathie, la coopération et l’entraide.

Comment ? Grâce principalement à un robot, baptisé du doux nom de « Witchy ». Witchy est un robot open source, ce qui signifie que tous ses plans et logiciels sont disponibles sur Internet et modifiables. Conçu à la base pour être utilisé dans le recrutement, ses développeurs cherchent maintenant à le faire « entrer » dans les établissements scolaires.

Quelles fonctions pourrait avoir Witchy dans une classe ? Il pourrait, par exemple, servir d’assistant d’éducation pour accompagner les élèves dans leurs journées comme « les reconnaître le matin ». En second cycle, le robot peut avoir une mission d’éducation plus spécifique pour apprendre les multiplications ou toute autre chose.

Robot laïc

L’équipe qui travaille sur ce projet pense notamment utiliser Witchy pour les transmissions des valeurs de la laïcité et un travail sur la Charte de la laïcité à l’école. Tentons, donc, de traiter de la laïcité par la robotique et la « construction », la recherche-développement d’un « robot-laïc »…

Si « la Nation confie à l’École la mission de faire partager aux élèves les valeurs de la République », comme le précise le Livret laïcité d’octobre 2015, quelle pourrait-être l’implication de Witchy dans la transmission de ces valeurs ?

D’ores et déjà, les équipes se sont fixé plusieurs objectifs de travail. Comme la détection et le suivi de visage notamment, avec la mise au point d’une solution qui permettra à terme de faire bouger la tête du robot pour suivre les personnes qui se déplacent devant lui. Cela permet de faire du robot un personnage « attentif » aux autres.

L’équipe pédagogique pourra, ainsi, discuter avec les élèves de ce que sont les signes d’attention qui montrent que l’on écoute quelqu’un (hochement de tête, expression de concentration, regarder quelqu’un, se rapprocher…). Introduire les notions de respect des autres peut aussi déclencher les réflexions sur le fait de ne pas couper la parole. Le robot pourrait ainsi être capable de sourire si la personne en face de lui sourit.

Reconnaissance d’émotions

À partir des retours des enfants sur les expressions du visage, il sera possible également de projeter différentes émotions sur le robot pour voir si elles sont reconnues (ex. : la colère, la tristesse). Cela permettra d’entraîner une réflexion sur les situations qui ont suscité telle ou telle réaction chez le robot (ex : si les enfants font trop de bruit, alors le robot pourrait avoir l’air triste, ou surpris).

Un autre objectif est de faire en sorte que le robot soit capable de reconnaître son prénom et de réagir avec une phrase. Ainsi, Witchy, ni sexe, ni religion, ni opinion, ni croyances, pourrait être l’acteur-clé de saynètes mettant en situation les articles de la Charte destinés aux élèves : jeux de rôle, théâtralisation de débats autour de la laïcité…

Mots-clés

Les ingénieurs-concepteurs de Witchy, travaillent actuellement sur la reconnaissance vocale afin que le robot puisse reconnaître des mots. Des mots-clés capables de déclencher des émotions : « liberté », « égalité », « fraternité », « croyance », « opinion », « racisme », « tolérance »… De la même façon, on pourrait s’interroger sur la couleur de « peau » de Witchy et ce dernier pourrait changer de couleur… !

Les possibles utilisations de Witchy ne manquent pas. On pourrait s’interroger sur le fait de savoir s’il porte des signes distinctifs ? Ou de savoir s’il a des opinions ? Lesquelles ?

« Aux inégalités sociales, territoriales, scolaires, qui frappent les enfants de classes populaires, de cultures différentes, à la suspicion en loyauté, portée depuis trop longtemps sur les Français d’origine étrangère, au motif à peine refoulé qu’une appartenance plurielle se traduit forcément par un déficit du sentiment d’être français », dit encore le Livret laïcité.

Witchy, aux appartenances multiples, aux identités interpénétrées, pourrait-il nous aider à avoir le courage d’affronter ces vraies problématiques pour bâtir l’école du futur ?

Nous le pensons…