Ce que l'histoire du christianisme révèle sur le célibat des prêtres

Ordinations sacerdotales et diaconalesk, 28 juin 2015, Bordeaux. Catho Bordeaux/Flickr, CC BY-NC-SA

La révélation récente de violences sexuelles endémiques par des prêtres en Pennsylvanie a embourbé l’Église catholique dans un cercle de scandales. En juillet, le cardinal Theodore McCarrick, ex-archevêque de Washington, a démissionné suite à des accusations prononcées à son encontre.

Les détracteurs du pape François l’enjoignent à abdiquer en raison d’allégations selon lesquelles il aurait été informé des actes du cardinal.

Alors que la culture du secret fait rage et que l’étouffement des scandales, qui semble systématiques, donne naissance à une crise de conscience, certains comme l’écrivain Nancy Huston dans une tribune parue danse journal Le Monde le 20 août, ont appelé François à réagir face au célibat sacerdotal perçu comme la source du problème.

La question du célibat dans les Écritures pose en effet problème à l’Église depuis longtemps : il n’est en fait devenu obligatoire qu’au XIIe siècle.

Fondements religieux du célibat

Au milieu du premier siècle, Paul, le plus influent des apôtres du mouvement chrétien primitif, écrit une lettre à une congrégation de disciples de Jésus à Corinthe, en Grèce. Celle-ci constitue l’archive la plus ancienne d’un débat autour du célibat et du mariage parmi les « croyants », comme on appelait les Chrétiens à l’époque.

‘Saint Paul écrivant ses épîtres.’. Valentin de Boulogne

Les membres de l’Église avaient écrit à Paul ce qui semble être un argumentaire simple et spécifique en faveur du célibat : « Il est bon pour l’homme de ne point toucher la femme ». Nous ignorons toutefois l’identité de celui qui a adressé ces mots à Paul, et la raison d’une telle déclaration.

Mais la réponse de Paul constitue le fondement du point de vue chrétien sur le mariage et le célibat, le sexe et la maîtrise de soi, l’éthique et l’immoralité.

Il écrit :

« Étant donné les occasions de débauche, que chacun ait sa femme à lui, et que chacune ait son propre mari. Que le mari remplisse son devoir d’époux envers sa femme et, de même, la femme envers son mari. […] Ne vous refusez pas l’un à l’autre, si ce n’est d’un commun accord et temporairement, pour prendre le temps de prier et pour vous retrouver ensuite ; autrement, Satan vous tenterait, profitant de votre incapacité à vous maîtriser. Ce que je dis là est une concession et non un ordre ».

Pour Paul, le mariage est solution de repli. Il semble le considérer, à contrecœur, comme un choix tout juste acceptable pour ceux qui sont incapables de se maîtriser. « Je voudrais bien que tout le monde soit comme moi-même », poursuit-il, laissant entendre qu’il n’est pas marié. Ce qu’il confirme dans le passage suivant :

« À ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je déclare qu’il est bon pour eux de rester comme je suis. Mais s’ils ne peuvent pas se maîtriser, qu’ils se marient, car mieux vaut se marier que de brûler de désir ».

Bien que ce soit difficile, ne pas se marier et faire le choix du célibat apparaît comme l’idéal absolu.

Les interprétations de Paul

En tant que spécialiste du Christianisme primitif, je sais que l’interprétation des Écritures est un processus dynamique. Elles sont lues et comprises par différents chrétiens à différentes périodes et dans différents lieux. Il n’est donc pas étonnant que, peu de temps après, les écrits de Paul aient trouvé un sens nouveau dans l’ascétisme – c’est-à-dire la pratique de la maîtrise de soi par le jeûne, le célibat et la solitude – et se soient répandus dans les cercles chrétiens.

Au IIe siècle, un ajout à l’histoire de Paul, les Actes de Paul et Thècle, un récit largement fictif des efforts de missionnaire menés par Paul dans l’actuelle Turquie, fait de l’apôtre un prêcheur de la maîtrise de soi et du célibat. Dans cette histoire, Paul bénit « ceux qui ont des femmes comme s’ils n’en avaient pas ».

Une telle phrase peut sembler étrange aux lecteurs modernes. Mais à l’heure de la croissance du monachisme au sein de la Chrétienté, certains couples chrétiens font face à un dilemme : ils ne veulent pas demander de divorce, critiqué par les Écritures. Néanmoins, ils veulent suivre la voie du célibat. Ces chrétiens choisissent donc de vivre « comme frère et sœur », ou « d’avoir une femme comme s’ils n’en avaient pas ».

À la même époque, les récits de rupture de vœux de célibat abondent : des histoires de moines et de nonnes qui vivent ensemble et procréent, de moines qui prennent des maîtresses, et de comportements qu’on qualifierait aujourd’hui de violences sexuelles.

Ces récits ont mis l’accent sur le fait que la tentation est toujours un obstacle pour ceux qui choisissent le célibat.

Le célibat en crise

Au Moyen-Âge, le célibat sacerdotal devient une source de conflit parmi les chrétiens. Au XIe siècle, il aboutit au schisme formel entre le catholicisme romain et l’orthodoxie d’Orient.

Mais le problème est loin d’être résolu. Les opinions divergentes sur le célibat sacerdotal obligatoire contribuent aux mouvements de réformes du XVIe siècle. Pour Martin Luther, meneur de la réforme protestante, permettre aux prêtres de se marier évite les cas d’immoralité sexuelle. Pour soutenir son point de vue, il s’appuie sur les lettres de Paul.

Néanmoins, les chefs de file de la « contre-réforme » de l’Église catholique, un mouvement de renouveau lancé avant Martin Luther, ne militent pas en faveur du mariage mais cherchent à mettre fin à la corruption au sein du clergé.

Érasme, (représenté ici par Quentin Metsys, 1517) s’est élevé contre la corruption au sein de l’Église catholique. Wikimedia

Desiderius Erasmus connu sous le nom d’Érasme, intellectuel catholique du XVIe siècle, écrit une critique puissante de la corruption au sein de l’Église catholique, une opinion sans doute influencée par le fait qu’il est lui-même fils illégitime d’un prêtre catholique.

L’un des évènements les plus importants de l’époque est la création de la Compagnie de Jésus, également connue sous le nom de Jésuites, qui cherche à réformer le clergé, accusé de luxure et de corruption, en commençant par améliorer l’éducation des prêtres. Dans les règles fondatrices de cet ordre, l’accent est mis sur l’importance du célibat, de la formation et de la préparation à la tâche de missionnaire, afin de servir les directives du pape.

Le pape François, lui-même jésuite, peut donc puiser dans une longue tradition religieuse. La question est de savoir s’il sait montre le chemin du renouveau et de la réforme.


Traduit de l’anglais par Lison Hasse pour Fast for Word.

This article was originally published in English