Classement de Shanghaï : les solutions au retard français

La promo Marketing - Université Paris Dauphine 2010. Pierre Metivier, CC BY-NC

Depuis 1980, la France a décroché 25 prix Nobel et médailles Fields – le Royaume-Uni 26, l’Allemagne et le Japon 17. Pourtant, le classement de Shanghaï offre depuis des années une réalité tout autre à la communauté internationale. Si, en 2014, le Royaume-Uni affiche 9 établissements dans les 100 premières places, dont deux aux dix premières, la France, elle, n’en affiche que 4, le premier pointant à la 36e place : elle fait à ce titre moins bien que le Japon et l’Allemagne qui en inscrivent autant, mais à de meilleurs rangs.

Du côté du dépôt des brevets d’invention, la France accuse un même retard : avec 7 500 dépôts en 2011, elle est loin derrière le Japon et l’Allemagne – qui en affichent respectivement 39 000 et 18 500. Notre premier cycle français, scindé entre classes préparatoires et université, accuse de même certaines faiblesses : 70 % des étudiants de premier cycle abandonnent leurs études en cours de première année et seuls 28 % d’entre eux décrochent une licence. Il est inutile de rappeler le coût économique et social de tels taux d’échec : le désespoir des jeunes générations nourrit le sentiment, légitime, que l’ascenseur social est en panne et que le système profite à une petite élite : 13 % des étudiants de licence proviennent de milieux modestes, contre 9 % en master et seuls 5 % en doctorat. On aura beau arguer ici des limites de tels classements, là incriminer les filières d’excellence en souhaitant une uniformisation qui serait désastreuse, un seul constat s’impose : la France ne tire pas le meilleur parti de ses remarquables atouts.

Réagir

Il est grand temps pour elle de réagir, faute de quoi elle disparaîtra progressivement dans la concurrence internationale. L’université de recherche Paris Sciences & Lettres (PSL Research University) offre, parmi d’autres, des solutions à ce défi. Les établissements français ont besoin de structures adaptées, qui leur offrent l’échelle, la force de frappe et la diversité dont aucun ne dispose isolément. A cette fin, un nouveau modèle institutionnel doit être établi.

D’aucuns, comme Strasbourg, ont opté pour la fusion. Il n’est pas certain que cette solution soit généralisable à l’ensemble, en particulier lorsque les établissements jouissent de statuts juridiques différents et qu’ils relèvent de tutelles multiples. Au sein de regroupements comme PSL, les établissements jouent un rôle moteur : ce sont autant d’écosystèmes experts dans la fabrique de l’excellence. Il importe donc de promouvoir une configuration qui combine les avantages d’une intégration forte et d’un projet commun à ceux d’une large autonomie et d’une identité affirmée des composantes.

Le rôle de l’université comme structure centrale est de fonctionner comme une plateforme les aidant à créer des synergies, à exploiter tout leur potentiel. C’est selon un modèle comparable que sont organisées les plus grandes universités mondiales autour de l’autonomie des membres. Reste à établir les conditions permettant à l’innovation de surgir au sein de ces regroupements. La tentation est forte de vouloir rationaliser en regroupant dans chaque secteur les principaux acteurs : c’est le sens du rapport Attali et son projet de grande École Polytechnique de Paris. Néanmoins, si l’excellence est disciplinaire, l’innovation, elle, surgit bien souvent aux confins des disciplines.

Ensemble pluridisciplinaire

Les établissements de PSL l’ont compris, qui ont décidé de se réunir au sein d’un ensemble très pluridisciplinaire qui les dépasse. Forte de ses 25 membres, de ses 146 laboratoires de recherche (dont 12 laboratoires d’excellence et 8 équipes), de ses 3 200 chercheurs et 18 500 étudiants (dont 70 % en master et doctorat), PSL allie ainsi arts, sciences, sciences humaines et sociales pour créer un mouvement inédit de convergences : possibilité de créer de nouveaux parcours diversifiés conciliant spécialisation et pluridisciplinarité qui offrent aux étudiants une formation complète, qui soient attractifs auprès de nouveaux profils nationaux et internationaux, possibilité d’amplifier et intensifier les programmes de recherche déjà existants, d’en créer de nouveaux en misant sur les coopérations internes entre établissements, possibilité de valoriser et diffuser les savoirs…

Les bénéfices tirés de cette confrontation à la diversité sont multiples. À titre d’exemple, le cycle pluridisciplinaire d’études supérieures (CyPES), formation de Bac + 1 à Bac + 3 lancée en 2012, offre à 70 bacheliers, dont 40 % de boursiers, la meilleure des deux filières de l’enseignement supérieur français en premier cycle : l’intensité et la qualité des cours, l’encadrement et le suivi pédagogique, les effectifs limités dans des groupes-classes, caractéristiques des classes préparatoires aux grandes écoles ; l’apprentissage de l’autonomie, la diversité des choix de spécialisation, la formation par la recherche propre aux universités.

Bilan

Le bilan de la première promotion est révélateur du succès de la formule : de l’ENS à Polytechnique, en passant par Sciences Po ou de grandes universités étrangères, les étudiants du CyPES intègrent les meilleurs masters nationaux et internationaux. Le modèle élaboré par le lycée Henri IV et les membres de PSL ne demande désormais qu’à être repris dans le reste du pays. Il s’agit là d’un exemple parmi d’autres, mais révélateur de notre potentiel.

La société civile, et en particulier les entreprises, restent trop largement indifférentes à notre enseignement supérieur, dont elles doutent de la capacité à se réformer et à répondre à leurs attentes. Que de tels regroupements permettent à notre pays d’afficher sous peu deux établissements dans le top 30 du classement de Shanghai – 25e pour PSL, 26e pour Paris Saclay – devrait permettre de restaurer la confiance et vaincre par le même coup les réticences résiduelles de la puissance publique.