Un fléau de cuisines partout, Drosophila melanogaster - la mouche commune des fruits - fixe le microscope électronique qui a capturé son image. Shutterstock

Comment tuer les mouches à fruit, selon un scientifique

En tant que chercheur qui étudie les mouches à fruit, on me demande souvent comment s’en débarrasser dans la cuisine.

Cette question est posée si souvent aux experts qui se consacrent à l'étude des mouches qu’ils s’en plaignent régulièrement lors de conférences sur les mouches (oui, oui…ces conférences existent vraiment).

Et au lieu d’essayer de débattre des questions fondamentales liées à notre recherche, nous finissons par passer notre soirée à regarder les mouches tournoyer autour de nos bières.

Je compatis avec vous : les mouches à fruit sont fatigantes. Donc, voici comment nous nous en débarrassons dans notre laboratoire : nous fabriquons un piège. Il ne s’agit pas une solution miracle, mais c’est efficace.

Prenez un petit pot (nous utilisons des pots à conserve) et versez-y environ deux centimètres de vinaigre de cidre.

  1. « Fermez » le pot avec un entonnoir. Vous pouvez en utiliser un en plastique, mais un entonnoir fabriqué en papier fonctionne tout aussi bien.

  2. Utilisez du ruban adhésif pour sceller les espaces et empêcher les mouches de sortir.

  3. Ainsi, les mouches à fruit ne réussiront pas à s'échapper du pot. À tous les jours ou aux deux jours, remplacez le vinaigre.

Thomas Merritt, qui fait des recherches sur les mouches à fruits, vous montre comment les tuer. (Thomas Merritt), Author provided

Vous pouvez également utiliser de la bière ou du vin au lieu du vinaigre, mais personnellement, j’aime mieux consommer ces boissons que de les utiliser dans un piège à mouches.

Mais connaissez-vous la science derrière ces pièges?

Les mouches à fruit - particulièrement les Drosophila melanogaster que l’on retrouve couramment près des bananes - sont attirées par les fruits mûrs et plus particulièrement ceux qui sont en décomposition. Elles y pondent leurs oeufs et les larves y éclosent et se nourrissent de la chair trop mûre.

Les mouches à fruit utilisent leur odorat, plus précisément, leur système olfactif. Elles sentent l’acide acétique - la même molécule qui donne au vinaigre son odeur âcre. Vous pourriez, en fait leurrer les mouches avec des fruits, mais le vinaigre permet de sauter une étape et attirent les insectes plus rapidement.

D'où viennent les mouches et pourquoi les étudier?

Les mouches qui envahissent votre cuisine proviennent fort probablement de l'extérieur. Les Drosophila melanogaster sont une espèce originaire d’Afrique, mais elles se sont propagées à travers le monde. Nous les appelons des espèces « cosmopolites » puisqu’on les retrouve partout où l’on retrouve des humains.

D'où viennent les mouches et pourquoi nous les recherchons

L’histoire derrière l’adaptation des mouches à une multitude d’environnements (par exemple à l'extrémité de la Floride ou au nord de l’Ontario, où j’habite) est fascinante et est le sujet chaud dans le monde de la recherche. J’ai d’ailleurs étudié des mouches collectées du bac de compostage dans ma cour.

Les mouches qui se rassemblent près de mon bol de fruits, surtout en été et à l’automne, proviennent fort probablement d’une population locale.

Fait intéressant, la combinaison d’espèces tropicales, d’une journée fraîche et d’une maison où il fait chaud semble expliquer pourquoi il y a plus de mouches à l’automne. Lorsque la température à l'extérieur baisse (lors de nuits fraîches d’été par exemple), les mouches entrent dans les maisons, où il fait chaud.

Et l’hiver, où vont-elles? Nous ne sommes pas certains. Nous savons qu’elles ne peuvent pas survivre sous le point de congélation, donc notre meilleure hypothèse est que les mouches se cachent dans nos sous-sols en attendant les journées plus clémentes. Il existe même un nom pour cette théorie : «la théorie de la cave».

Un piège Thomas Merritt fait d'un gobelet en plastique, d'une feuille de papier d'imprimante et d'environ un quart de tasse de vinaigre de cidre. (Thomas Merritt), Author provided

La deuxième question qu’on me pose régulièrement est : pourquoi étudier les mouches? Bonne question. Ma première réponse est parce qu’elles sont petites; si petites.

L’ensemble de ma recherche consiste à analyser comment des individus ou de petits groupes d’individus sont si différents ou si semblables. Trouver la réponse à cette question nécessite des milliers d’individus. En fait, une expérience dans mon laboratoire peut inclure des dizaines de milliers de mouches. Imaginez faire une étude de cette ampleur sur des zèbres. Ça serait une quantité phénoménale de zèbres! Le fait que les mouches se reproduisent rapidement et sont faciles à conserver dans un laboratoire m’aide beaucoup dans mon travail.

La deuxième raison qui explique mon champ de recherche est que les mouches et les humains sont remarquablement semblables. Toute forme de vie sur Terre partage une ascendance commune, puisque nous avons tous évolué à partir d’un ancêtre commun. Nous partageons beaucoup de notre génétique et presque toute notre biochimie.

Entre 60 et 80 pour cent des gènes chez les humains se trouvent également dans les mouches et pratiquement toute notre biochimie et notre métabolisme sont identiques. Donc, lorsque nous soulevons des questions concernant les mouches, nous soulevons aussi des questions qui touchent les humains.

C’est donc cette facilité à travailler avec des mouches en laboratoire et les liens communs avec les humains qui ont mené à des études avec des mouches qui ont abouti à pas moins de quatre prix Nobel.

Ironiquement, au moment même que j'écris ce texte, il y a une mouche à fruit, une Drosophila melanogaster, qui se balade sur le bord de ma tasse de café. Ces petites pestes sont partout.

This article was originally published in English