Condition des LGBT à l’échelle mondiale : où en sommes-nous ?

La première gay pride LGBT namibienne, dans les rues de Windhoek, le 29 juillet dernier. Hildegard Titus/AFP

L’accueil des réfugiés homosexuels tchétchènes en France et dans d’autres pays démocratiques doit nous ouvrir les yeux sur la condition des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) à l’échelle mondiale.

Tandis qu’une trentaine d’homosexuels tchétchènes viennent de trouver refuge au Canada, il convient de rappeler que le Président tchétchène Ramzan Kadyrov organise dans son pays, et dans une relative indifférence internationale, la traque des minorités sexuelles. Arrestations massives, détentions, tortures, crimes d’honneur…

Un contraste saisissant au moment où, dans les pays démocratiques, les gay prides dépolitisées s’achèvent en musique et aux couleurs du rainbow flag, où le film 120 battements par minute nous rappelle que les trithérapies contre le VIH sont infiniment plus efficaces aujourd’hui qu’il y a vingt ans, où six nouveaux pays européens reconnaissent le mariage entre personnes de même sexe depuis 2013, et où les témoignages de plus en plus nombreux de jeunes adultes ayant grandi dans des familles homoparentales posent les jalons d’une reconnaissance de ces filiations non traditionnelles.

Le sort des homosexuels en Russie ne préoccupe guère davantage. Depuis 2013, une loi de censure contre la « propagande homosexuelle », c’est-à-dire contre toute expression publique favorable aux droits des homosexuels, alimente une homophobie endémique. Encourageant la répression de l’avortement, Elena Mizoulina est l’auteure de cette loi écrite au nom des « valeurs familiales », celles-là mêmes pour lesquelles La Manif pour tous s’est mobilisée en France contre l’ouverture du mariage civil et de l’adoption aux couples de même sexe. Le tropisme poutinien de Marine Le Pen ou de François Fillon, hostile à la dépénalisation de l’homosexualité en 1982 ainsi qu’au « mariage pour tous » en 2013, n’a d’ailleurs pas échappé à cette marge obscurantiste et réactionnaire de l’électorat pour qui les droits des homosexuels n’incluent pas l’engendrement.

En terres d’islam, des violences inouïes

En Iran, la pendaison de Hassan Afshar, dix-neuf ans, nous plonge dans la dure réalité en terres d’islam. Dans un pays avancé comme la Tunisie, doté d’une Constitution qui favorise l’égalité des sexes, le code pénal punit l’homosexualité de trois ans de prison et les arrestations discriminatoires sont loin d’avoir disparu.

De Fès à Béni Mellal, nombre de lynchages ignobles ont été relatés ces dernières années au Maroc, où les minorités sexuelles peuvent être poursuivies en justice. À l’occasion de la parution de son essai Sexe et mensonges : la vie sexuelle au Maroc (éd. Les Arènes), Leïla Slimani, prix Goncourt 2016, déclarait au micro de France Inter :

« Tout le monde nous condamne au silence. Chez vous, vous pouvez être homosexuel, avoir des relations sexuelles hors mariage ou commettre l’adultère même si c’est interdit par la loi. Tout cela opère une espèce de glissement. Une fois que vous êtes dans l’illégalité, vous pouvez aussi faire n’importe quoi. Après, comment luttez-vous contre l’inceste ou la pédophilie ? Sont illégaux un certain nombre de comportements sexuels qu’on ne peut évidemment pas mettre sur le même plan. On vous demande simplement de vous taire, de vous cacher, d’être le plus hypocrite possible. »

En décembre 2015, une trentaine d’Égyptiens étaient arrêtés pour « débauche » dans un sauna du Caire. Humiliés mais acquittés par la justice, ces derniers peuvent s’estimer chanceux dans un pays où sévit une police des mœurs implacable. En Arabie saoudite, les homosexuels risquaient jadis la décapitation. Cherchant à redorer son image, le royaume wahhabite se « contente » désormais de les flageller.

Ces dernières années, Daech a torturé, lapidé ou défenestré plusieurs dizaines d’homosexuels syriens et irakiens sous les yeux de hordes exaltées.

Harcèlement et torture

Considérée comme un acte contre-nature, l’homosexualité est condamnée par trente-six États africains. Le Nigéria, le Soudan, la Somalie et la Mauritanie prévoient la peine de mort. Introduit au milieu du XIXe siècle sous la colonisation britannique, l’article 377 du code pénal indien punit de dix ans de prison les relations homosexuelles. Bien que les condamnations soient inhabituelles, le harcèlement policier demeure inaltérable.

En Chine, les thérapies de conversion se multiplient où les homosexuels subissent douches glacées, électrochocs et lavages de cerveau dignes du film Orange mécanique. Prônés par les fondamentalistes chrétiens, thérapies de conversion et exorcismes ont également cours sur le sol américain alors que plusieurs États ont décidé de les interdire. En début d’année, plusieurs milliers d’homosexuels avaient manifesté autour de Stonewall Park, afin de s’opposer au discours nationaliste et à la politique xénophobe de Donald Trump, craignant, à tort ou à raison, que la stigmatisation des minorités sexuelles ne supplante celle des minorités ethniques et religieuses.

Et en France ?

En France, les discours avilissants contre les homosexuels polluent sans difficulté la démocratie. Ulcérée par le désir de nombreux homosexuels de fonder une famille, fustigeant l’homoparentalité, la France réactionnaire de La Manif pour tous, viscéralement hostile à l’égalité des droits, réhabilite par son discours rétrograde la figure de l’homosexuel pervers, habité par le désir contre-nature d’avoir des enfants avec une personne du même sexe. Houria Bouteldja, égérie des « Indigènes de la République », dénonce vigoureusement « l’impérialisme gay », celui-là même contre lequel entendaient probablement lutter Redouane Dabi et Ayoub Sedki, deux Marocains extradés il y a un an, et qui projetaient des attentats dans une boîte homosexuelle de Metz. En outre, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, nous apprenait il y a quelques jours qu’un projet d’attentats visant des « établissements gays » avait été déjoué le 22 août dernier.

Alors que l’Assemblée nationale venait d’adopter l’inéligibilité pour dix ans des personnes versant dans la provocation à la haine raciale, sexiste ou homophobe, le Conseil Constitutionnel a jugé que cette disposition était une atteinte insupportable à la liberté d’expression. Les humiliations publiques orchestrées par Cyril Hanouna recueillent des ovations populaires déconcertantes. Quant à Marine Le Pen, qui voyait dans l’ouverture du mariage aux couples de même sexe une étape supplémentaire vers la reconnaissance de la polygamie, favorable à ce que des élus refusent de marier des couples au nom de leurs convictions religieuses, elle fut qualifiée pour le second tour de l’élection présidentielle.

Nous n’avons aucune raison de nous accoutumer à une aussi sordide et scandaleuse réalité. Partout, les droits fondamentaux doivent être continuellement et courageusement défendus. L’intégrisme religieux, les poncifs extrémistes et l’intolérance, qui précèdent les violences, saccagent toutes formes d’horizon, d’espoir et de liberté. Il n’est que temps d’y mettre un terme.

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