Des impuretés dans les cosmétiques, broutilles ?

Noir et blanc. samuel zeller/Unsplash

Des impuretés dans les cosmétiques, broutilles ?

On s’est toujours posé beaucoup de questions sur la qualité des cosmétiques que nous appliquons au quotidien sur notre peau, nos cheveux, nos ongles. Qu’est-ce qu’un bon cosmétique ? Tout d’abord, un produit qui ne nuit pas à la santé : c’est la moindre des choses ! Également, un produit qui tient ses promesses… Pour assurer une totale innocuité au consommateur, les ingrédients incorporés devront donc répondre à des critères précis de qualité.

« Traces de substances interdites »

La réglementation cosmétique apporte des précisions en ce qui concerne la qualité des matières premières pouvant entrer dans la composition des produits. L’article 17 intitulé « traces de substances interdites » du chapitre I du Règlement (CE) n° 1223/2009 du Parlement Européen et du Conseil du 30 novembre 2009 relatif aux produits cosmétiques indique que : La présence non intentionnelle d’une petite quantité d’une substance interdite, provenant d’impuretés issues des ingrédients naturels ou synthétiques, du processus de fabrication, du stockage, de la migration de l’emballage, qui est techniquement inévitable dans de bonnes pratiques de fabrication, est permise à condition qu’elle soit conforme à l’article 3.

De quoi donc traite l’article 3 ? De la sécurité d’emploi : Un produit cosmétique mis à disposition sur le marché est sûr pour la santé humaine lorsqu’il est utilisé dans des conditions d’utilisation normales ou normalement prévisibles […]. Autrement dit, une substance interdite (substance répertoriée dans l’Annexe II du Règlement n°1223/2009 et des Règlements suivants) peut se retrouver dans un cosmétique, mais ne doit pas être incorporée volontairement. Ceci a de quoi surprendre… La petite quantité tolérée (mais ce terme est loin d’être précis) ne l’est que si elle n’engendre pas de toxicité pour l’utilisateur du cosmétique. Afin de laisser une relative liberté à l’industriel, le législateur botte en touche lorsqu’il s’agit d’évoquer des limites de concentrations acceptables.

Dérivés de la chimie des pétroles

Après avoir été utilisés massivement, pendant plus d’un siècle, les dérivés de la chimie des pétroles, de qualité parfois douteuse ont acquis une légitimité du fait de la mise en place de la réglementation cosmétique et de la définition de critères de qualité.

Publicité dans L’illustration. Wikimedia

Les huiles (dites) minérales et les cires sont composées d’hydrocarbures saturés à chaînes linéaires, ramifiées ou cycliques. La longueur de la chaîne carbonée principale est généralement de plus de 16 atomes de carbone. Ces hydrocarbures saturés sont appelés MOSH (Mineral oil satured hydrocarbons). Les dérivés incorporés dans les produits cosmétiques sont obtenus à partir des huiles brutes et subissent différentes étapes de raffinage (distillation, extraction, cristallisation) et de purification (traitement acide et/ou hydrogénation catalytique). Le but de ce processus est d’éliminer les substances possédant un potentiel carcinogène. Il conviendra de réduire au maximum la teneur en hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et plus généralement en composés aromatiques dénommés MOAH (Mineral oil aromatic hydrocarbons).

Dénommés dans les cosmétiques sous diverses appellations INCI (paraffinum liquidum, C18-70 isoparaffin, paraffin, synthetic wax, mycrocristallina wax, cera microcristallina, petrolatum, ozokerite, ceresin…), les dérivés de la chimie des pétroles présentent des compositions complexes. Les hydrocarbures concernés possèdent des chaînes principales comportant jusqu’à une centaine d’atomes de carbone. Afin de garantir la sécurité d’emploi des cosmétiques contenant ces ingrédients, la vigilance s’impose en ce qui concerne leur qualité. Il faut avoir recours à des matières premières de qualité pharmaceutique, qu’il s’agisse de paraffine liquide, paraffine, vaseline…. Cela correspond aux exigences de la réglementation européenne et permet d’éviter tout risque pour le consommateur.

Paraffine, paraffine liquide et vaseline blanche sont des matières premières présentant une monographie à la Pharmacopée Européenne (7e édition). Concernant les critères de qualité, ceux-ci correspondent à la recherche d’équivalent naphtalène et plus généralement de toute molécule absorbant entre 260 et 420 nm. Les critères de pureté concernant le naphtalène correspondent à 2,33 ppm (parties par million) dans le cas de la paraffine liquide et de la paraffine solide et à 6 ppm dans le cas de la vaseline blanche.

Inertes chimiquement, sans risque de rancissement, dotés de propriétés qui favorisent la protection de la peau et son hydratation, les dérivés de la chimie des pétroles sont de bons ingrédients cosmétiques. Une seule contrainte pour le formulateur : utiliser des matières premières de bonne qualité, ce qui, tout le monde en conviendra, est la moindre des choses !

De l’iode interdit… un argument marketing

Le cas de l’iode (substance interdite n°213) est très différent. Contrairement aux dérivés de pétrole, cette substance est interdite dans les cosmétiques. Mais rappelez-vous l’article 3 : on peut en trouver quand même dans les produits. Il n’empêche… Il est étonnant de constater que certains fournisseurs d’algues et que certaines sociétés de produits finis mettent en avant la présence d’iode dans les produits qu’ils commercialisent. L’iode apporté par les algues ne peut nullement être présenté comme un atout, puisqu’une substance interdite ne peut pas être incorporée « volontairement » dans un produit cosmétique. Si on en tolère « une petite quantité » dans le produit fini, la décence serait de ne pas en faire un atout marketing !

Ingrédient cosmétique. rgerber/Pixabay

Des ingrédients présents à l’insu de l’industriel… mais de son plein gré. Dans le cas des substances interdites par la réglementation, mais revendiquées par les laboratoires cosmétiques, les impuretés sont promues au rang d’ingrédients nobles et ces arguments nous titillent régulièrement. Le sélénium (substance interdite n°297) apporté par certaines eaux thermales (en la matière, l’eau de La Roche-Posay se présente comme l’eau la plus riche en sélénium) s’inscrit dans cette logique, parfaitement… illogique !