« École et République » : quelques enjeux critiques (7)

Il faut repenser le modèle scolaire français. Pascal Pavani/AFP

Ce texte est issu du colloque conclusif « Scénarios pour une nouvelle école » organisé le 23 juin 2016, suite à deux années de réflexion du séminaire « École et République » du Collège des Bernardins qui se proposait d’analyser la relation entre l’école et la République. Le colloque était organisé par Bernard Hugonnier et de Gemma Serrano, co directeurs du séminaire. Nous allons publier une série de huit articles sur le sujet.

Par Alain Michel, IGEN honoraire, conseiller scientifique de Futuribles international et de l’Institut Éuropéen d’Éducation et de Politique Sociale (IEEPS) ; membre du séminaire de recherche « École et République » du Collège des Bernardins


Il est nécessaire de réviser les objectifs d’une réelle école républicaine dans le contexte du 21e siècle.

Il existe encore aujourd’hui un large consensus sur les finalités de l’éducation lorsqu’elles sont définies de manière générale. Il s’agit de faire acquérir à tous les élèves des connaissances ainsi qu’une culture historique (lien avec le passé), de faire acquérir des compétences pour préparer à une vie sociale et professionnelle satisfaisante (préparer l’avenir), d’aider chaque élève à s’épanouir en tant qu’individu et en tant que citoyen, et contribuer à une volonté de vivre ensemble, et enfin de garantir autant que possible une égalité des chances.

Mais on peut noter toutefois deux limites essentielles. La première est qu’il n’existe pas un consensus aussi large sur l’importance relative à donner à ces quatre finalités. La seconde est que ces finalités ne suffisent pas : elles doivent se traduire en objectifs opérationnels et si possible mesurables, au niveau national et même européen, tout en laissant une large marge de manœuvre aux écoles et établissements scolaires pour les atteindre.

Un constat alarmant

Si le système scolaire français a longtemps été perçu comme un modèle d’efficacité et de bonne intégration par les experts internationaux, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

En particulier, les évaluations internationales des acquis des élèves ont non seulement montré un déclin constant de la place relative de la France, mais surtout un accroissement des inégalités de résultats entre les meilleurs élèves et les moins bons, surtout du fait de l’origine sociale des élèves.

Aujourd’hui, la France est championne des inégalités entre élèves issus de milieux sociaux différents. Cela confirme le constat déjà ancien de la crise du modèle de l’élitisme républicain.

L’objectif d’équité ou d’égalité réelle des chances est donc largement un leurre.

Les enquêtes internationales soulignent aussi le très fort taux de non-réponse des élèves français aux questions posées, ce qui montre une inquiétude des élèves et la crainte excessive de faire une erreur.

Ce constat est cohérent avec les réponses des élèves aux questionnaires qui concernent leur sentiment d’appartenance à leur établissement scolaire et leur motivation à apprendre.

La France est l’un des pays où le pourcentage des élèves n’ayant pas une opinion positive de la vie scolaire est le plus fort.

Impératif

Il est un impératif fondamental : réduire l’échec scolaire et permettre à tout élève d’acquérir un socle commun minimum de connaissances, compétences et culture avant de quitter l’école et faciliter ainsi un apprentissage tout au long de la vie.

Pour y parvenir, il faut entreprendre un processus de changement, soutenu et soutenable, qui se substitue à une succession de réformes de court terme décourageant les meilleures volontés.

Dans cette perspective, il serait opportun de s’inspirer de processus de changement, tels que ceux entrepris dans la durée par exemple en Écosse, en Irlande ou en Finlande.

À cet égard, l’accent mis partout en Europe sur les compétences, notamment les compétences transversales (soft skills), et sur les travaux interdisciplinaires en groupe, est pertinent car il permet de développer des capacités de plus en plus requises dans un monde en mutation rapide et plus complexe.

Une autre priorité est de s’inspirer aussi des pays scandinaves et des pays anglo-saxons qui ont adopté des approches pédagogiques prenant davantage en compte les spécificités de chaque élève, tant dans une dimension cognitive qu’affective.

Questions majeures

Deux questions majeures méritent donc d’être posées :

  • Quel est le scénario le plus souhaitable et le plus réaliste pour réduire en France l’impact de l’origine sociale des élèves sur leurs acquis scolaires ?

  • Quel est le scénario le plus souhaitable et le plus réaliste pour accroître la motivation à apprendre, le bien-être des élèves et leur créativité ?

Ces deux scénarios ont une même exigence commune : donner plus d’autonomie aux établissements scolaires et une plus grande marge d’initiative aux équipes pédagogiques, afin de leur permettre de mieux prendre en compte les spécificités de leurs élèves et de leur environnement économique, social et culturel.

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