« École et République » : régionalisation et autonomie (4)

Quelle autonomie pour les établissements scolaires ? Frederick Florin/AFP

Ce texte est issu du colloque conclusif « Scénarios pour une nouvelle école » organisé le 23 juin 2016, suite à deux années de réflexion du séminaire « École et République » du Collège des Bernardins qui se proposait d’analyser la relation entre l’école et la République. Le colloque était organisé par Bernard Hugonnier et de Gemma Serrano, co directeurs du séminaire. Nous allons publier une série de huit articles sur le sujet.

Par Bernard Toulemonde, inspecteur général honoraire de l’éducation nationale, membre du séminaire de recherche « École et République » du Collège des Bernardins


Le séminaire de recherche « École et République » du Collège des Bernardins s’est longuement penché sur la question de la décentralisation du système éducatif et de l’autonomie des établissements scolaires.

Les échanges avec les participants, français et étrangers, permettent de tirer un certain nombre de lignes directrices.

Cadre général

À peu près partout dans le monde, le gouvernement central se limite à fixer le cadre général (objectifs globaux, évaluations, allocation des moyens…) ; en revanche, la gestion des établissements est locale, par les collectivités locales et/ou les établissements, avec de larges marges de liberté en matière pédagogique (le curriculum) et de gestion des ressources humaines (recrutement des enseignants). Les exemples de Flandre, du Danemark et du Japon ont été plus particulièrement étudiés.

Le lien avec les résultats, bons ou en amélioration, est généralement établi, mais il a aussi été noté que ce type de gouvernance pouvait être décevant du point de vue des résultats des élèves (ex : Danemark).

De ce fait, le gouvernement central est parfois amené à rééquilibrer les choses, par un renforcement de certaines prescriptions communes dans le curriculum et par une évaluation externe des résultats des établissements (ex : Angleterre). Un équilibre est donc à trouver.

Par contraste, l’école française se distingue par son caractère « national », héritage napoléonien et jacobin censé assurer l’égalité entre les élèves. Et pourtant, il y a de bonnes raisons de douter de l’efficacité de ce système : résultats en berne, inégalités profondes, déni de la diversité.

D’ailleurs, un double mouvement se dessine depuis le début des années 1980 qui tend à déplacer le centre de gravité du système : d’une part vers les collectivités locales par leur implication croissante dans le fonctionnement des établissements, par une tendance à la régionalisation et au « co-pilotage » du système éducatif ; d’autre part vers les établissements avec des marges d’autonomie pédagogique.

Ces mouvements sont lents et se heurtent à une forte résistance.

Les points clés d’une évolution positive

L’analyse des modalités actuelles de décentralisation et d’autonomie de par le monde font apparaître une série de points clés susceptibles d’améliorer l’efficacité du système éducatif :

  • la question du chef d’établissement et de son leadership : le constat est unanime : l’autonomie dépend fortement de la personnalité du chef, de sa sélection, de sa formation, de sa capacité à mobiliser les enseignants, du soutien qu’il reçoit.

  • la question de la GRH (gestion des ressources humaines) : la constitution d’une équipe autour d’un projet est un élément essentiel de cohésion et d’efficacité : profilage des postes, modalités de recrutement et d’évaluation, formation continue. À cet égard, les établissements privés sous contrat ont en France un avantage sur ceux de l’enseignement public.

  • la question des marges de liberté pédagogique : « programmes » versus « curriculum » ? Le curriculum donne aux équipes pédagogiques plus de liberté pour s’adapter aux besoins des élèves, tout en préservant des objectifs communs à tous. Les nouveaux « programmes de cycle » (enseignement primaire et collège, les programmes du bac professionnel en trois ans) semblent aller dans ce sens.

  • la question de la contractualisation : le soutien aux établissements par les collectivités et les autorités académiques peut s’exprimer par la voie de contrats, destinés à aider l’établissement dans la réalisation de ses objectifs. Là aussi, cette possibilité est ouverte en France depuis peu.

  • la question de l’évaluation : il n’y a pas d’autonomie sans responsabilité : celle-ci s’exprime autour d’une évaluation des résultats (auto-évaluation et/ou évaluation externe), avec une série de problèmes (qui ? quelle procédure ? quelle publicité ? quelles suites ?) (cf : OFSTED en Angleterre).

Marges importantes

Les marges de progrès du système éducatif français sont, sur tous ces points clés, importantes. Deux autres questions ont été évoquées rapidement et méritent réflexion.

Dans un système décentralisé, comment offrir aux familles et aux élèves des formations de qualité équivalente sur l’ensemble du territoire (alors que tel n’est pas le cas actuellement) ?

L’autonomie doit- elle aller jusqu’au libre choix des élèves par l’établissement (au risque d’une ségrégation sociale, très présente actuellement) ?