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États-Unis : une année noire pour le charbon

Outre-Atlantique, le gaz naturel a détrôné le charbon. booleansplit/flickr, CC BY-NC

États-Unis : une année noire pour le charbon

Il s’agit bien de la pire année, et ce depuis des décennies, pour le charbon américain. Au cours des six premiers mois de 2016, la production du pays a en effet baissé de 28 %par rapport à 2015, et de 33 % par rapport à 2014.

Et, pour la toute première fois, le gaz naturel a doublé le charbon pour devenir, en 2015, la première source d’électricité du pays ; c’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui. Ces cinq dernières années, la production de charbon des Appalaches a été réduite de moitié et de nombreuses centrales thermiques ont été fermées.

Il s’agit là d’un recul inédit. Si l’on repart du pic de 2008, la production américaine a perdu quelque 500 millions de tonnes par an – ce qui représente plus de 1 360 kilos de charbon en moins pour chaque Américain. Sachant qu’un wagon standard chargeant du charbon en contient environ 100 tonnes, cela signifie que le recul équivaut à 5 millions de wagons en moins par année, soit assez pour faire deux fois le tour de la Terre.

Ce changement radical, qui s’est traduit par des dizaines de milliers d’emplois supprimés, a provoqué de graves problèmes sur le plan social et politique au sein des communautés dépendantes de ce secteur.

Mais il faut bien admettre qu’il s’agit là d’une excellente nouvelle pour l’environnement, tant au niveau local que mondial. La question est désormais de savoir si cette tendance va perdurer aux États-Unis et émerger dans les pays à croissance rapide.

Le déclin du charbon, un bon point pour la santé

Le charbon se compose pour moitié de carbone, ce qui signifie que brûler moins de charbon provoque moins d’émissions de CO2.

Plus de 90 % du charbon des États-Unis étant destiné à la production d’électricité, à mesure que le gaz naturel bon marché et la réglementation environnementale ont poussé le charbon vers la sortie, cela a contribué à faire baisser l’intensité carbone de la production d’électricité outre-Atlantique.

C’est également la raison pour laquelle les émissions de CO2 du pays ont baissé de 12 % comparativement à leur niveau de 2005.

Et, encore plus important : brûler moins de charbon signifie moins de pollution de l’air. Depuis 2010, les émissions de dioxyde de soufre ont chuté de 57 %, et celles d’oxyde d’azote de 19 %.

Ces chutes brutales indiquent que moins de charbon a été brûlé ; elles reflètent aussi la mise en place de contrôles de pollution plus stricts dans environ un quart des usines à charbon en activité, conformément à la nouvelle législation impulsée par l’Agence de protection de l’environnement américaine.

Dans le complexe minier d’Hobet (Virginie-Occidentale). Jonathan Ernst/Reuters

Ces baisses sont essentielles car la pollution atmosphérique constitue une menace sanitaire majeure. Accidents vasculaires cérébraux, maladies cardiaques, cancers du poumon, maladies respiratoires et asthme sont tous liés à la pollution de l’air.

Brûler du charbon est 18 fois pire que de brûler du gaz naturel au niveau de la pollution de l’air locale. Substituer le gaz naturel au charbon réduit donc considérablement les risques pour la santé.

Les économistes ont d’autre part évalué que les dommages en termes environnementaux s’élèvent à 28 dollars par mégawatt-heure concernant la pollution de l’air et 36 dollars pour le CO2. La production de charbon aux États-Unis a ainsi baissé de 700 millions de mégawatt-heure par an depuis son pic, ce qui équivaut à 45 millions de dollars de bénéfices environnementaux annuels.

Du côté de l’Inde et de la Chine

D’un point de vue plus global, l’enthousiasme est certainement à modérer. L’Inde a ainsi doublé sa consommation de charbon depuis 2005 et dépasse aujourd’hui celle des États-Unis. Et la consommation énergétique indienne ainsi que celle des autres pays émergents a dépassé de façon systématique toutes les prévisions ; il ne faut donc pas s’étonner si la consommation de charbon continue d’exploser dans les pays à faible revenu.

Dans les pays à revenu intermédiaire, on remarque toutefois que la consommation de charbon marque le pas. Les prix bas du gaz naturel ainsi que les préoccupations environnementales remettent en cause cette énergie aux États-Unis et dans le monde ; les prévisions de l’EIA et de BP prédisent ainsi un fort ralentissement de sa consommation pour les années à venir.

Il faut également s’intéresser de très près à la Chine, où la consommation de charbon à presque triplée entre 2000 et 2012, même si celle-ci s’est récemment considérablement ralentie.

Certains avancent même que la consommation de charbon chinoise aurait peut-être déjà atteint son pic, à l’heure où l’économie de l’empire du Milieu a commencé sa transition des industries lourdes vers des sources énergétiques plus propres. Si cela s’avère réel, ce serait un développement très étonnant, du fait que la Chine concentre 50 % de la consommation mondiale de charbon et que des prévisions antérieures prévoyaient, elles, un pic au plus tôt vers 2030.

Matin « brumeux » de pollution à Delhi. En Inde comme en Chine, l’usage du charbon contribue aux problèmes locaux de pollution de l’air ainsi qu’aux changements climatiques. Anindito Mukherjee/Reuters

Ce qui a actuellement cours en Inde et en Chine est analysé par les économistes spécialistes de l’environnement à la lumière de la courbe de Kuznets qui dessine un « U inversé » : selon cette courbe, les inégalités se réduiraient « mécaniquement » avec le développement économique du pays. L’Inde se situe sur la partie ascendante de la courbe, alors que la Chine a peut-être déjà atteint le sommet.

Les bénéfices globaux du recul du charbon

Une baisse mondiale de la consommation de charbon aurait des bénéfices environnementaux gigantesques. Si la plupart des usines à charbon sont équipées aux États-Unis d’épurateurs et d’autres équipements de contrôle de pollution, ceci n’est pas le cas dans bien des pays. Dès lors, s’éloigner du charbon pourrait permettre de réduire drastiquement les taux de dioxyde de soufre et d’oxyde d’azote ainsi que d’autres polluants.

Bien sûr, des pays comme la Chine pourraient également installer des épurateurs et poursuivre leur exploitation du charbon : ce serait une façon de gérer la pollution de l’air sans pour autant réduire les émissions de CO2. Mais il semble qu’il soit plus économique de partir directement de générations d’énergie propre, les équipements de réduction de la pollution étant généralement très coûteux.

Une baisse globale de la consommation de charbon contribuerait à atteindre les objectifs fixés en matière de lutte contre les changements climatiques. Nous utilisons globalement plus de 1,2 tonne de charbon par personne. 40 % des émissions de CO2 proviennent du charbon, ce qui fait de sa baisse une priorité bien identifiée concernant le climat.

Mais si le déclin récent du charbon aux États-Unis est un avant-signe de ce qui nous attend globalement, alors ce but ne semble pas si inatteignable ; et c’est là une excellente nouvelle pour la stabilité du climat.

This article was originally published in English