James Hansen : seule une « redevance » carbone pourra fonctionner

Perrot Thomas/Place to B, Author provided

James Hansen, que la plupart des observateurs considèrent comme le premier scientifique à avoir attiré l’attention des responsables politiques sur le problème du changement climatique, préconise une « redevance carbone » mondiale qui taxerait la production et l’importation de combustibles fossiles, plutôt que leur consommation. Son projet prévoit que chaque pays reverse à ses citoyens les sommes prélevées grâce à cette taxe, tout en imposant des droits de douane supplémentaires aux pays qui ne posséderaient pas de tel dispositif. Lors d’une réunion au sommet des Nations unies sur le climat, à laquelle il se rendait pour la première fois, cet ex-climatologue de la NASA a expliqué qu’il n’attendait pas grand-chose des objectifs climatiques et des quotas d’émissions qui font actuellement l’objet de négociations à Paris. Nous l’avons rencontré à l’occasion de sa participation à Place to B, grand événement participatif qui se tient à deux pas de la Gare du Nord pendant toute la durée de la COP21.


Quelle serait, selon vous, l’issue la plus heureuse de la COP21, compte tenu des engagements auxquels on peut s’attendre de la part des pays participants ?

La solution idéale aurait été que le président chinois, Xi Jinping, et le président américain, Barack Obama, affirment la nécessité d’une tarification du carbone. Tant qu’ils laissent les autres pays décider des règles que chacun appliquera chez soi, nous sommes foutus. Nos enfants paieront les frais.

Vous avez évoqué l’idée d’une redevance qui s’appliquerait sur les marchés mondiaux. Comment la concrétiser ?

Il suffit que deux des trois acteurs que sont les États-Unis, la Chine et l’Union européenne instaurent cette redevance et des droits de douane sur les produits provenant de pays qui n’ont pas adopté ce dispositif. Le troisième adopterait aussitôt ces mesures, tout comme la majorité des pays, qui préféreront collecter l’argent eux-mêmes.

Dans votre idée, l’argent ainsi prélevé serait reversé aux citoyens des pays concernés. En quoi ceci est-il crucial ?

À chacun d’en décider. En revanche, si l’objectif est d’augmenter régulièrement la redevance, avec l’adhésion et le soutien des contribuables, mieux vaut la leur redistribuer. Je comprends que l’on s’inquiète des risques de détournement dans certains États non démocratiques, mais c’est déjà une réalité dans de nombreux pays pillés par leurs dirigeants. Je pense qu’il y aura moins de chance que cela arrive si nos soutiens sont suffisamment haut placés. Le processus serait totalement transparent : on connaîtrait le montant exact des sommes recueillies, et leur affectation.

On dirait que vous ne faites pas vraiment confiance aux États pour déterminer leurs propres ambitions et objectifs climatiques…

C’est toujours mieux que rien, bien entendu. Mais cela ne permettra pas de résoudre le problème, ni même de réduire les émissions mondiales. Si le système fonctionne correctement, on diminuera peut-être la demande en carburant, mais d’autres pays en profiteront. Les combustibles fossiles ne coûtent pas cher. Dans certaines régions du globe, l’extraction du pétrole ne nécessite qu’un investissement de quelques dollars par baril.

Un accord parisien largement basé sur les engagements individuels de chaque pays serait donc un échec ?

Oui. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont prévu, histoire de donner le change. Ils annonceront qu’ils ont « fait des progrès ». Et c’est vrai dans une certaine mesure, puisque d’autres initiatives ont vu le jour, comme celle de Bill Gates, qui finance la recherche et le développement à hauteur de quelques milliards de dollars. Il faut reconnaître que des avancées ont été faites. Ce qui est certain, c’est qu’elles ne résoudront pas le problème à elles seules.


Traduit de l’anglais par Catherine Biros/Fast for Word

This article was originally published in English