La « boulimie télévisuelle » est responsable des difficultés d’apprentissage de nos enfants

image nbao. Shutterstock

Le mot de l’année du dictionnaire anglais Collins est un concept résolument moderne : le « binge-watching » ou « boulimie télévisuelle ». Elle se manifeste généralement quand une personne ou un groupe de personnes regardent des films ou des séries pendant des heures sur Netflix. Mais elle touche surtout à un problème plus fondamental : notre obsession actuelle pour la consommation de contenus.

Un rapport récent sur l’utilisation des médias révèle que les adolescents consacrent aujourd’hui plus de temps à cette consommation qu’à leur sommeil. Un adolescent américain moyen passe environ neuf heures par jour à lire, écouter ou regarder des contenus pour se distraire.

Ce problème est-il vraiment aussi conséquent qu’il y paraît ? Oui, du moins en partie : bien qu’ils soient exposés à une foule d’informations, les adolescents ne créent quasiment aucun contenu pendant ces neuf heures.

Cette passivité affecte également le cadre scolaire. Que faire, alors, pour que les élèves s’impliquent davantage dans leur éducation ?

Consommer au lieu de créer

En voyant leurs enfants collés devant leur écran, les parents ont trop souvent tendance à leur dire qu’ils perdent leur temps.

Dans certains cas, cela peut être vrai. Mais les appareils d’aujourd’hui n’ont rien en commun avec les radios et les télévisions qui ont bercé l’enfance des parents, et qui n’avaient d’autre fonction que de distraire.

Par le passé, un enfant qui passait beaucoup de temps devant la télé avait clairement un comportement passif. Les outils technologiques modernes, eux, proposent une très grande variété d’activités : consommation, conversation, création…

Un enfant assis devant la télévision peut être en train de discuter avec des amis, de jouer à un jeu vidéo, de regarder un film ou de créer son propre monde sur Minecraft.

Le problème se pose quand les neuf heures consacrées au divertissement sur écran n’incluent aucune de ces activités. Des études montrent qu’environ 40 % de ce temps est consacré à la « consommation passive », et seulement 3 % à la création de contenus.

Il serait tentant de prendre cela à la légère si le problème ne se posait qu’à la maison, dans le temps libre des enfants. Mais quand cette tendance s’applique aussi au milieu scolaire, il y a de quoi s’inquiéter. Malheureusement, c’est exactement ce qui se produit.

Nouvelles technologies, anciennes méthodes

Les établissements scolaires sont lancés dans une course à la digitalisation de l’apprentissage. On ne compte plus les articles et reportages sur la distribution de tablettes, l’installation de tableaux interactifs ou la mise en place de cours sur YouTube. Tous ces outils ont un énorme potentiel, mais leur principe repose sur la consommation. Ils ont donc bien du mal à impliquer l’élève de façon active.

De telles mesures alimentent les habitudes des élèves en matière de « boulimie télévisuelle » et de consommation passive, et génèrent de plus en plus d’études suggérant que l’usage des nouvelles technologies ne fonctionne pas en milieu éducatif.

Le problème ne concerne peut-être pas les technologies, mais l’utilisation que nous en faisons. Il est indéniable que notre système éducatif a besoin d’une révolution, mais nous ne pourrons pas nous contenter d’assaisonner les vieilles méthodes à la sauce numérique. Une vraie révolution implique de formuler une nouvelle approche de l’enseignement et de l’apprentissage, centrée sur les comportements actifs.

Les classes actives, c’est possible

Ce qui est passionnant, c’est que les bases d’un milieu scolaire actif sont déjà présentes dans les habitudes de nos enfants en matière de médias.

Les professeurs et les parents doivent simplement trouver le moyen de les canaliser. Détailler les comportements actifs que nos enfants font des médias permet de porter un autre regard sur l’étude de l’organisation américaine Common Sense Media.

Indépendamment des 40 % de consommation passive, les enfants consacrent en effet 3 % de leur temps à créer des contenus, 25 % à la « consommation interactive », et 26 % à la communication. Cela signifie qu’ils passent plus de la moitié du temps à interagir avec les médias. Et ce sont ces activités qui sont source d’espoir pour l’école du futur.

Les professeurs doivent encourager leurs élèves à délaisser la consommation passive de contenus au profit d’une interaction avec les différents médias en milieu scolaire. Plutôt que de leur proposer des cours préparés à l’avance, on peut ainsi les aider à faire des recherches et à organiser eux-mêmes leur apprentissage grâce à des outils tels que Flipboard. Au lieu de regarder passivement des vidéos, ils peuvent créer leurs propres contenus audiovisuels sur les sujets étudiés.

Des élèves créent une vidéo pour en apprendre davantage sur la chimie.

Au lieu de se contenter de lire des livres ou des e-books, ils peuvent en discuter grâce à des outils comme les Hangouts de Google.

Utilisation de Google Hangouts pour les conversations.

Vers une école active

Bien que la boulimie télévisuelle soit symptomatique d’une tendance inquiétante à la consommation, des études montrent que les méthodes d’enseignement et d’apprentissage qui s’articulent autour de l’activité et de l’échange sont bénéfiques pour les élèves.

L’avenir de nos écoles dépend de la capacité des enseignants à tirer parti de cette énergie, en l’associant aux avantages de la technologie afin d’encourager l’apprentissage actif. En faisant des élèves des créateurs et des organisateurs actifs (et non des lecteurs et spectateurs passifs), le corps enseignant pourra influer de manière significative sur leur motivation et leur capacité d’apprentissage.

Traduit de l’anglais par Guillemette Allard-Bares/Fast for Word

This article was originally published in English