La dernière chose dont les îles Marshall ont besoin, c’est d’une cryptomonnaie

Les îles Marshall, la plage Laura. Stefan Lins/Flickr, CC BY

La dernière chose dont les îles Marshall ont besoin, c’est d’une cryptomonnaie

La République micronésienne des Îles Marshall est sur le point de devenir le premier pays à fonder sa monnaie nationale sur une cryptomonnaie. La société israélienne Neema fournira la technologie et le soutien nécessaires au lancement d’une initial coin offering (ICO) qui devrait permettre de lever 30 millions de dollars US, dont la moitié sera conservée par Neema.

Le parlement des Îles Marshall a adopté ce mois-ci la loi qui créera la cryptomonnaie, connue sous le nom de « sovereign ». La loi lui donnera un statut juridique complet en tant que monnaie à utiliser aux côtés du dollar américain. Contrairement à bitcoin, les 24 millions de pièces souveraines seront émises en une seule fois, dont 6 millions seront vendues à des investisseurs étrangers et 2,4 millions à des résidents marshallais. L’argent recueilli servira à financer le système, en plus de financer des projets de lutte contre le réchauffement climatique et de soutenir les citoyens qui sont encore touchés par les bombes nucléaires que l’armée américaine a testées dans la région entre 1946 et 1958.

ICO douteuses ou politiques

La nouvelle de la ICO des Îles Marshall survient à un moment où l’on s’inquiète de plus en plus du fait que les ICO sont des escroqueries à peine déguisées. Google cette semaine a annoncé qu’il refuserait désormais toute publicité faisant la promotion des cryptomonnaies ou des ICO, une décision qui fait suite à une celle, similaire, prise en janvier par Facebook. Les autorités européennes et américaines ont également mis en garde contre les risques liés à l’investissement dans les ICO. Les ICO sont interdites en Chine et en Corée du Sud.

La plus controversée des récentes ICO a peut-être été celle de la cryptomonnaie « petro » du gouvernement vénézuélien ; le président Nicholas Maduro a déclaré avoir levé 5 milliards de dollars US. Si c’était vrai, cela aurait représenté une victoire significative pour le pays en contournant les sanctions américaines qui sont actuellement en place. Toutefois, jusqu’à ce que la monnaie commence à se négocier sur les marchés boursiers, il sera impossible de vérifier si les affirmations du gouvernement vénézuélien sont vraies. Pour l’instant, cela semble très improbable et l’ICO semble avoir surtout été utilisée à des fins de propagande.

Le cas des Îles Marshall

Dans le cas des Îles Marshall, il n’est absolument pas clair à quoi servirait une monnaie numérique. Le pays souffre d’un taux de chômage élevé, d’un taux élevé de maladies chroniques et la plus grande partie de son revenu national provient de l’aide étrangère.

L’accès à Internet (à faible vitesse) est certes disponible, mais au-dessus des moyens de la plupart des résidents des îles. Seuls 19 % de la population utilisent l’Internet et 30 % ont un téléphone portable, le réseau cellulaire étant toujours principalement en 2G.

Il est difficile de voir ce qui maintiendrait la valeur du sovereign une fois qu’il est émis, problème auquel sont confrontées la plupart des nouvelles cryptomonnaies. De plus, même si le sovereign est techniquement une cryptomonnaie, le fait qu’elle soit contrôlée par un gouvernement central, que toutes les pièces soient émises en une seule fois et qu’elle exige que toutes les parties à une transaction soient identifiées, est totalement contraire à l’idée originale de bitcoin. L’utilisation de l’identification, éventuellement par reconnaissance faciale, fait partie d’un protocole d’autorisation « Yokwe » qui a été ajouté à la cryptomonnaie pour la rendre non-anonyme.

Cryptomonnaie et réchauffement climatique

La plus grande ironie de l’utilisation d’une cryptomonnaie par ce pays menacé de destruction en raison du réchauffement climatique et de l’élévation du niveau de la mer, est que la technologie choisie consomme justement des quantités massives d’électricité… et contribue à de grandes quantités d’émissions de CO2 !

On estime que le bitcoin consomme 42 TWh d’électricité par an, ce qui est plus que la consommation annuelle de la Nouvelle-Zélande et serait responsable de 20 mégatonnes d’émissions de CO2. Le bitcoin et l’ethereum combinés n’utilisent qu’un peu moins d’énergie chaque année que le Venezuela.

La raison pour laquelle les cryptomonnaies utilisent cette quantité d’énergie est liée à la manière dont les transactions sont enregistrées sur la blockchain. Afin de prévenir la fraude et de vérifier que la monnaie a été envoyée d’une partie à l’autre, beaucoup de travail informatique intensif est effectué qui utilise une grande quantité d’électricité. Même si l’Ethereum utilise moins d’énergie que le bitcoin, son utilisation reste importante, tout comme les émissions de CO2 qui en résultent.

Le débat au Parlement des Îles Marshall sur l’adoption de la cryptomonnaies s’est concentré sur les coûts et les avantages financiers de cet argent pour le pays. Le gouvernement prévoit même d’allouer 10 % des recettes de l’ICO à un Fonds vert pour le climat.

Le meilleur scénario pour l’ICO est peut-être qu’elle réussisse et fournisse aux Îles Marshall les fonds nécessaires… mais que la cryptomonnaie elle-même ne soit jamais utilisée pour ne pas précipiter la disparition des nations sous la mer.

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