La financiarisation – et les subprimes – sont-elles de retour ?

L'acteur Ryan Gosling dans le film The Big Short : explication du système des subprimes et des CDO… un échafaudage branlant. Paramount Pictures

La financiarisation et à la titrisation de l’économie reviennent. Et le monde se trouve à nouveau face à un dilemme.

Schématiquement, les deux propositions du dilemme sont les suivantes :

  1. Il faut des marchés de capitaux importants et liquides capables de soutenir la croissance économique…

  2. … Mais il faut aussi un secteur financier bien réglementé et transparent qui puisse bénéficier à l’ensemble de la société, et pas seulement… aux rendements du même secteur financier.

Le problème fondamental au cœur de ce dilemme est que la poussée du phénomène de titrisation a créé des instruments financiers d’une grande complexité qui n’ont pas bénéficié à la société en général.

Pour comprendre la crise de 2008…

A-t-on tiré les conséquences de la crise de 2008 ?

Bien au contraire, puisque ces instruments financiers complexes, loin d’être utiles à la société, ont nourri – on le sait- d’énormes bulles comme celle de 2008. Des instruments tels que les Credit Default Swaps (swaps sur défaillance de crédit), Mortgage-Backed Securities (titres adossés aux hypothèques), et d’autres Asset-Backed Securities (titres adossés à d’autres actifs) ont fait des dégâts économiques et sociaux colossaux parce qu’ils étaient émis dans un contexte de faible surveillance réglementaire, de pratiques commerciales contestables ou frauduleuses – voire de corruption -, et en tout cas d’un total manque de rigueur économique.

Aux États-Unis, ce dilemme a été présenté comme une confrontation entre Wall Street et Main Street. L’argument principal est que Wall Street a transféré les risques de catastrophe financière au public (et aux contribuables), mais ne lui a guère transféré ses gains !

La prise de conscience populaire de cette transaction asymétrique a conduit à l’indignation publique partout dans le monde, mais n’a entraîné que très peu de véritables réformes.

La financiarisation de l’économie est de retour

Dans la période qui a immédiatement suivi l’effondrement de 2008, la tendance en faveur de la financiarisation et titrisation de l’économie s’était ralentie. Mais depuis trois ans, on remarque une forte résurgence de la tendance, surtout dans des pays comme l’Australie et les États-Unis.

Cette nouvelle (effrayante) devrait faire la une des journaux, car en effet ces derniers temps, beaucoup des mêmes signes des dysfonctionnements financiers qui se multipliaient avant 2008 sont de retour. Et une grande partie de la rage populaire contre « l’hégémonie » du secteur financier, tant à gauche qu’à droite, ne s’est pas calmée.

…et les subprimes reviennent

Pour prendre la mesure de ce qui se passe, observez par exemple qu’aux États-Unis actuellement, les prêts « subprime » sont de retour. Même si c’est sous un nom différent. Les sociétés financières se mêlent de macro-économie et s’infiltrent dans le secteur politique ; les profits bancaires atteignent des sommets ; et les grandes banques continuent de constituer de graves menaces systémiques à la stabilité financière en raison de leurs bilans alourdis.

La Réserve fédérale elle-même a mis en garde face à cette nouvelle « bombe à retardement » des prêts subprime. Est-ce le retour d’une dynamique « prédatrice » ? Et comment y échapper ?

Il faut surveiller et responsabiliser la finance

Chacun le sait : le secteur financier, pour remplir sa fonction, doit être rendu plus responsable. Comment ? Par une approche multiforme suivant quatre principes :

  1. les organismes de réglementation financière doivent utiliser vraiment leur indépendance et être clairs dans leur mise en garde face à des pratiques financières risquées.

  2. les institutions de surveillance doivent pouvoir disposer d’équipes suffisamment nombreuses et de ressources à la hauteur de leur tâche. Tout en étant elles-mêmes irréprochables.

  3. un encadrement plus strict des « transferts » de responsables, cadres et dirigeants entre secteur politique et secteur financier est urgente.

  4. on doit veiller à ce qu’aucune institution financière ne devienne « too big to fail ». Il est grand temps de se demander si de tels « monstres » sont nécessaires et à partir de quel niveau leur pouvoir démesuré devient nuisible à la société dans son ensemble.

Si l’on ne met pas en place ces quatre règles simples de responsabilisation et de surveillance, nous pourrions voir revenir très vite les dérives d’un passé très récent. On sait avec quelle facilité les leçons d’une génération précédente peuvent être oubliées. Mais que la même crise se reproduise dix ans après la dernière serait une véritable catastrophe pour la finance contemporaine.

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