La rubrique Santé + Médecine est réalisée grâce au soutien de MGEN

Éric Chenut, MGEN, vice-président aux questions de santé, sanitaires et sociales. Hervé Touroude/MGEN, Author provided

Estelle Saget : Pourquoi MGEN s’investit-elle dans l’information indépendante sur les questions de santé ?

Éric Chenut : Les citoyens ont les capacités de se forger leur opinion dans le domaine de la santé, pour peu qu’on les éclaire. Ce ne sont pas des questions d’experts. Chacun doit pouvoir être acteur de son parcours en tant que patient, et non pas sujet ou objet de soins. Et The Conversation y contribue.

À l’approche des élections présidentielles, en 2017, nous souhaitons notamment ouvrir le débat sur la santé et le système de soins en France. Le sujet a été totalement absent des trois dernières élections en 2002, 2007 et 2012. Or la santé est la deuxième préoccupation des Français, après le chômage. Il faut amener les citoyens à se prononcer sur la prise en charge collective des soins, sur ceux qui doivent être remboursés et ceux qui ne doivent pas l’être. Ces discussions ont lieu actuellement hors du cadre démocratique et je pense que c’est un problème.

ES : La démocratie sanitaire, voilà un concept un peu abstrait…

EC : C’est parce que j’ai bien expérimenté le système de santé en tant qu’usager que je suis particulièrement sensibilisé aux enjeux de la démocratie sanitaire. Derrière ce qui peut paraître de grands mots, il y a une réalité à laquelle j’ai été confronté très tôt. J’ai beaucoup fréquenté les hôpitaux car j’ai souffert dès mes premières années d’un glaucome, une maladie des yeux qui endommage le nerf optique.

Enfant, j’aurais aimé qu’on m’en dise davantage sur l’évolution de la maladie. L’ophtalmologue qui me suivait ne m’a pas averti de ce qui m’attendait, avec le souci, sans doute, de me ménager. J’avais 15 ans quand j’ai consulté, avec ma mère, un autre spécialiste. J’étais assis sur le tabouret d’examen, tandis qu’il vérifiait l’état de mon œil. Il s’est tourné vers ma mère et a dit : « votre fils sera aveugle avant 20 ans ». Ce médecin ne s’est pas beaucoup trompé, je suis devenu aveugle à 23 ans.

Ces deux spécialistes ont géré de deux manières différentes l’information sur mon cas, et les deux étaient mauvaises. Annoncer brutalement un pronostic sévère, sans empathie et sans s’adresser à l’intéressé – fut-il un gamin élève en seconde, c’est dévastateur. Ne rien dire, c’est empêcher l’individu de se préparer à la suite, de réfléchir aux options possibles. Le médecin doit expliquer et mesurer jusqu’où il peut aller, à l’aune de la personnalité du patient.

ES : Faudrait-il demander leur avis aux enfants, selon vous ?

EC : Oui, à l’évidence. Il faut prendre le temps de leur expliquer les soins et de gagner leur confiance. J’ai gardé un souvenir traumatisant de l’anesthésie générale qui précédait les contrôles de ma vue, à l’âge de 5 ou 6 ans. On endort généralement les enfants en leur posant un masque sur le visage. La première fois, j’avais trouvé ça très angoissant, ce masque plaqué, l’odeur désagréable du gaz et le fait de me sentir partir. La fois suivante, le médecin avait accepté de remplacer le masque par une piqûre. Il n’a pas tenu parole. Quand j’ai vu arriver le masque, je me suis débattu. Ce dispositif d’anesthésie m’a été imposé malgré moi. Comme beaucoup d’enfants ayant vécu une telle expérience, j’ai connu par la suite, pendant plusieurs années, des difficultés d’endormissement. Aujourd’hui, on a compris que l’enfant est un patient à part entière. Son avis doit être pris en compte, aussi bien que celui de l’adulte.

ES : En quoi les objectifs de MGEN rejoignent-ils ceux de The Conversation ?

EC : Le site The Conversation contribue à objectiver l’information médicale, à donner des points de repère aux citoyens comme la revue Prescrire le fait, par exemple, pour les médecins généralistes. Les auteurs de votre plate-forme déclarent systématiquement leurs liens d’intérêt : on sait d’où ils parlent en fonction de qui ils sont, de l’endroit où ils travaillent, des financements qu’ils reçoivent. Moi-même, tout en cherchant à rester un esprit libre, je suis nourri et d’une certaine façon formaté par le mouvement mutualiste.

La prévention des maladies, l’un des thèmes majeurs abordés dans la rubrique Santé + Médecine dont nous sommes partenaires, est aussi l’un des objectifs que poursuit MGEN. C’est dans ce but que nous avons lancé notre plate-forme « Mmmieux connecté à ma santé », dont les contenus sont validés par des professionnels de santé.

ES : Mais les citoyens n’ont pas (tous) fait médecine…

EC : Ces dernières années, les patients ont radicalement changé. Le niveau moyen d’éducation et de culture de la population a progressé. Surtout, le savoir médical est désormais partagé entre le soigné et le soignant, grâce à Internet – certains diront « à cause » d’Internet… Pour moi c’est un progrès, à partir du moment où les citoyens peuvent trouver des sources d’information fiables. The Conversation en fait partie. On assiste à l’émergence de patients experts. Quand on est porteur d’une maladie chronique depuis des années, on se connaît, on sait comment on réagit aux traitements. Nous réfléchissons d’ailleurs à encourager davantage les communautés solidaires de patients, qui permettent de partager le savoir.

ES : Quelles sont les actions menées par MGEN en faveur de la santé publique ?

EC : Le premier principe qui guide notre action, c’est la réduction des inégalités économiques, territoriales et sociales. Nous sommes des assureurs paradoxaux, en ce que nous ne souhaitons pas voir augmenter notre marché. Nous sommes des militants de la sécurité sociale. L’assiette de cotisations est très large, nous couvrons toute la population, avec l’objectif de laisser le moins de monde possible au bord de la route.

Deuxième principe, nous voulons participer à l’efficience du système de santé. Celui-ci est bien souvent perçu comme trop complexe par les citoyens. Il y a des hospitalisations inadéquates, des pertes de chance pour certaines personnes. Au lieu d’ajouter des dépenses aux dépenses, nous souhaitons que la question soit posée régulièrement : est-ce que telle ou telle dépense est utile ? Si cette réflexion n’est pas menée systématiquement, on va donner raison à ceux qui plaident pour un « bouclier sanitaire », allusion au « bouclier fiscal », c’est-à-dire un plafonnement des sommes restant à la charge des patients. Nous restons fidèles à la philosophie de la sécurité sociale, celle d’une redistribution en fonction des besoins, et non pas des revenus.

Troisième principe, cher à MGEN : la démocratie sanitaire, dont nous avons déjà parlé. En quatrième, vient la volonté d’accompagner nos adhérents toutes les situations de la vie, heureuses ou malheureuses, du berceau au tombeau. Cela peut concerner aussi bien une naissance, qu’une mutation professionnelle ou la promotion de la qualité de la vie au travail.

Enfin, la cinquième valeur qui fonde notre identité consiste à favoriser l’innovation, la recherche en santé et la qualité des soins.

ES : Quels sont les projets de recherche auxquels vous apportez votre soutien ?

EC : Nous participons à des travaux internationaux sur les facteurs de risque dans le cancer du sein, via l’étude E3N. Cette étude épidémiologique auprès de femmes de l’Éducation nationale s’appuie sur une cohorte d’environ 100 000 femmes volontaires françaises, adhérentes à la MGEN, nées entre 1925 et 1950 et suivies depuis 1990.

Via la fondation MGEN, nous travaillons, entre autres, sur la santé au travail, le vieillissement et la recherche interventionnelle, qui s’intéresse à l’impact des prestations des mutuelles sur le comportement de leurs adhérents. Nous préparons actuellement le plan quinquennal 2017-2022. Il nous permettra notamment de mesurer si les politiques de prévention que nous menons auprès de nos adhérents permettent de réduire les inégalités en termes d’espérance de vie.

Le groupe MGEN

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Avec près de 4 millions de personnes protégées, MGEN est un acteur majeur de la protection sociale. Créée en 1946, la Mutuelle gère le régime obligatoire d’assurance maladie des professionnels de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Culture et de la Communication, de la Jeunesse et des Sports et des personnels de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer.

MGEN propose une gamme d’offres élargie associant santé, prévoyance, action sociale et services, adaptée aux évolutions de la vie personnelle et professionnelle de ses adhérents et de leurs proches.

Acteur global de santé, le groupe est doté d’une offre de soins diversifiée, à travers ses 33 établissements sanitaires et médico-sociaux et centres médicaux et dentaires, les trois établissements mutualistes de la région parisienne.

https://www.mgen.fr

La Fondation d’Entreprise MGEN pour la Santé Publique

La Fondation d’Entreprise MGEN pour la Santé Publique contribue à apporter une meilleure connaissance de la santé des populations, et notamment des assurés MGEN. Depuis sa création, elle a abordé des thèmes de recherche variés : le vieillissement, la santé mentale, la consommation de soins et son coût, les comportements de santé, les risques psychosociaux, les troubles de la voix…

https://www.fondationmgen.fr

MMMieux… Un site prévention santé

Les actualités e-santé de MMMieux vous aident à mieux comprendre les enjeux liés à l’émergence de l’e-santé, mesurer ses opportunités comme ses dangers. Elles sont complétées par des actualités en lien avec la saisonnalité et/ou les actions mises en œuvre par le réseau MGEN et ses partenaires sur l’ensemble du territoire.

MMMieux vous informe et vous conseille pour rester en forme : Mieux dans mon corps… Activités physiques, alimentation, rythme et sommeil, soins et beauté… Le bien-être du corps est la base de toute santé durable.

… dans ma tête Bien-être psychique, émotionnel et cognitif, équilibre et épanouissement, performances intellectuelles… La santé de l’esprit est un luxe nécessaire pour piloter son existence. … et dans ma vie Avec notre entourage, nos amis, en société comme au travail… la santé est aussi – et peut-être d’abord – un bien commun à entretenir et épanouir.

https://www.mmmieux.fr