Le « Brexit », ou comment détourner les étudiants européens du Royaume-Uni

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Il est difficile d’évaluer la conséquence qu’aurait le Brexit sur les étudiants et la main d’œuvre diplômée. Le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne provoquerait une période de grande incertitude durant laquelle le pays pourrait devenir une destination universitaire moins attrayante.

De même, un vote en faveur de la sortie de l’UE pourrait avoir une incidence sur le niveau de qualification de la main d’œuvre en Grande-Bretagne.

Selon nos estimations, basées sur une enquête menée en 2014 auprès de la population active (Labour Force Survey), quelque 23 % des diplômés universitaires résidant au Royaume-Uni sont nés à l’étranger, dont un tiers dans un pays de l’Union européenne. S’ils sont nombreux à être arrivés leur diplôme en poche, une part non négligeable a poursuivi ses études : 16 % des immigrés en âge de travailler sont initialement venus au Royaume-Uni pour étudier, et plus de la moitié ont au moins un diplôme britannique.

À partir des réponses recueillies par l’Agence britannique des statistiques sur l’enseignement supérieur entre avril 2003 et décembre 2011 auprès de ceux qui avaient suivi un cursus universitaire, notre nouvelle enquête s’est penchée sur le sort de deux millions de diplômés six mois après la fin de leurs études. Il apparaît que les étudiants d’origine européenne domiciliés au Royaume-Uni représentent 8 % des inscrits en troisième cycle, 13 % des chercheurs et 5 % de tous les diplômés de premier cycle.

Parmi les étudiants en troisième cycle (principalement des doctorants), deux tiers des Européens étaient inscrits dans les domaines hautement prisés que sont la science, la technologie, l’ingénierie ou les maths (STEM). Au cours de la seule année scolaire 2011-2012, 5 446 étudiants européens de premier cycle et 6 941 de troisième cycle ont obtenu un diplôme STEM au Royaume-Uni.

Les diplômés européens dans la population active

Outre le fait qu’ils constituent une part importante de diplômés, les étudiants européens contribuent à l’économie britannique : six mois après l’obtention de leur diplôme, plus de la moitié demeurent dans le pays.

Ceux qui restent se débrouillent très bien. Le taux de réussite au diplôme STEM des étudiants européens de premier cycle est de six points supérieur à celui de leurs camarades britanniques (neuf points pour un diplôme hors STEM).

À sujet d’étude et niveau de compétence identiques au sein d’un même établissement, il apparaît que la probabilité de poursuivre ses études est de 26 à 30 points supérieure chez les étudiants de premier cycle européens, qui sont en outre moins exposés au chômage. Ceux qui restent au Royaume-Uni sont également plus susceptibles de trouver un travail adapté à leur formation.

Les étudiants de troisième cycle réussissent tout aussi bien, si ce n’est mieux, que leurs homologues britanniques sur le marché du travail, malgré la nécessaire adaptation aux caractéristiques de l’université et au sujet d’étude.

Ils sont aussi plus susceptibles de poursuivre des études à plein temps. Quant à ceux qui suivent des programmes de recherche, la probabilité d’occuper un poste correspondant à leur formation plutôt qu’un emploi pour lequel ils sont surqualifiés est aussi de neuf à douze points supérieure à leurs homologues britanniques.

Dans les universités britanniques, les étudiants européens sont incontestablement les meilleurs et les plus brillants. Ils réussissent globalement mieux que leurs camarades britanniques et, dans la mesure où ils constituent une population de travailleurs diplômés hautement qualifiés, il y a fort à parier qu’ils jouent un rôle particulièrement positif dans l’industrie britannique.

Si les électeurs britanniques décidaient de quitter l’UE, l’incertitude qui régnerait alors – notamment durant la brève période de transition – pourrait dissuader les étudiants européens de poursuivre leurs études au Royaume-Uni et d’y rester pour travailler, une fois leur diplôme obtenu.

Traduit de l’anglais par Catherine Biros pour Fast for Word.

This article was originally published in English