Les « lab schools » : une voie pour rapprocher enseignement et recherche ?

Une école en recherche. Pascale Haag/Lab School Paris

Une « école laboratoire » (laboratory school) est une école adossée à un département d’université ou à une institution qui forme des enseignants. Trois activités complémentaires y sont associées : l’enseignement, la formation et la recherche (Wilcox-Herzog & McLaren, 2012). Du fait de cette structuration, un lien organique se tisse entre éducation et recherche, qui permet de « développer et de tester de nouvelles approches, en modélisant les meilleures pratiques » (Cucchiara, 2010).

Le développement des lab schools

De telles écoles existent de longue date sur les campus universitaires (Cassidy & Sanders, 2010). Les lab schools ont connu un développement considérable aux États-Unis entre le milieu du XIXe et du XXe siècle et ont joué un rôle majeur dans le champ de la recherche en éducation. L’une des plus célèbres a été fondée en 1894 à Chicago par le psychologue et philosophe John Dewey (1959-1952) dans le courant de la progressive education.

La multiplication des lab schools au cours de la première moitié du XXe siècle a permis de mener à bien nombre d’expérimentations pédagogique ; elles ont notamment beaucoup apporté à notre connaissance sur le développement de l’enfant (Wilcox-Herzog & McLaren, 2012). Les lab schools sont le plus souvent privées, mais rien ne s’oppose à ce qu’une _lab school _soit un établissement public. Simple question de volonté politique.

Il en existe au moins une aux États-Unis (Pennsylvania Gazette), qui bénéficie d’un soutien considérable de la part de l’université (700 000 dollars par an, soit 1 000 dollars par élève), une aide destinée à permettre le recrutement d’enseignants supplémentaires pour diminuer le nombre d’élèves par classe et améliorer ainsi le taux d’encadrement (le problème des classes surchargées n’est pas, on le sait, propre à la France).

Khan Lab School et la Khan Academy.

Un réseau international

Dans un environnement de plus en plus international, des liens commencent à se tisser entre les lab schools du monde entier. Nombre d’entre elles sont aujourd’hui affiliées à l’International Association of Laboratory and University Affiliated Schools (IALS). Ainsi que l’indique le site de l’IALS, la définition retenue pour désigner une lab school est large, de façon à accueillir des configurations diverses : une lab school peut être un établissement intégré à un département d’université ou une école qui s’adjoint les compétences de chercheurs afin de proposer une pédagogie inspirée par la recherche scientifique. C’est notamment le cas de la Labyrinth School de Brno, en République tchèque, qui a ouvert ses portes en 2016.

Au-delà de l’hétérogénéité des dispositifs, une lab school se caractérise par une participation à la construction des savoirs et par l’application à l’éducation d’une approche scientifique ou « éducation fondée sur les preuves » (evidence-based), défendue par nombre de chercheurs. L’idée est de promouvoir les pratiques éducatives basées sur des recherches, par opposition aux pratiques fondées sur de simples représentations ou sur des philosophies. Cette approche tarde à se développer en France, où éducation et recherche font figure de « couple improbable ».

Cependant, des voix s’élèvent en faveur de l’accroissement des liens entre recherche et éducation et différentes initiatives sont de nature à les renforcer (Lieux d’éducation associés, Institut Carnot de l’éducation, Main à la pâte, Savanturiers, Syn Lab, Lab School Network, etc.). Le nombre d’enseignants et, par conséquent, d’élèves qui bénéficient de cette évolution reste limité. Pour permettre le passage à l’échelle, il faut améliorer la formation initiale et continue des enseignants, ainsi que le préconisent différents rapports (Rapport sur les inégalités à l’école du CNESCO, étude TIMSS enquête PISA, etc.).

Adapter le concept de lab school en France ?

Co construction LS. Pascale Haag/Lab School

Dans le contexte hexagonal, il est nécessaire de réfléchir à l’adaptation d’un tel dispositif, de façon à le concilier avec les structures existantes, les laboratoires de recherche universitaires n’étant pas associés à des établissements scolaires. En s’inspirant de ce qui se fait au-delà de nos frontières, le Lab School Network s’est engagé dans un projet de création de la première lab school en France, dont l’ouverture est prévue à la rentrée 2017 dans le IIe arrondissement de Paris : la Lab School de Paris.

Dans cette perspective, des contacts ont été noués avec différentes écoles ayant fait le choix d’appliquer une pédagogie evidence based – qu’elles se désignent ou non comme labs schools (Geelong Grammar School, Gateway School of Mumbai, Labyrinth School, lab schools de UCLA et Toronto). La Lab School de Paris est affiliée à l’IALS, l’équipe pédagogique est constituée d’enseignants en disponibilité de l’Éducation nationale et l’école sera accompagnée par des chercheurs du Lab School Network.

Une lab school ne se définit pas uniquement par un dialogue constant entre recherche et applications pédagogiques, certaines d’entres elles inscrivent dans leur mission l’accueil de la diversité culturelle, sociale et économique ou la prise en charge d’enfants à besoins spécifiques, en impliquant les familles.

Ce ne sont donc pas des établissements réservés à des personnes socialement privilégiées, mais des lieux de mixité sociale, de partage, d’échange et de dissémination. Le projet de la Lab School de Paris est de faciliter autant que possible la circulation des savoirs et des pratiques par une politique d’Open Education, en concertation avec les pouvoirs publics, en particulier l’Éducation nationale, qui a été tenue informée au fur et à mesure des avancées du projet.

Dans un contexte où le nombre d’écoles alternatives créées chaque année est en pleine expansion, la Lab School de Paris constitue un projet pionnier. Cette école souhaite contribuer à promouvoir l’innovation éducative à travers des recherches-actions associant l’ensemble des acteurs, en soumettant les pratiques pédagogiques à une évaluation rigoureuse, et en tissant des liens avec d’autres écoles. Par la force des choses, cette lab school sera, à l’ouverture, un établissement privé hors contrat (une association avec l’État ne peut être demandée qu’au bout de cinq ans d’exercice).

Il est à espérer que cette initiative suscite une dynamique qui permette de renforcer les liens entre recherche et pédagogie, en particulier à travers la création de lab schools dans le public.